Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 45 из 162

Pénétrons maintenant dans l’hôtel de Montmorency. Là se trouvent cinq perso

D’abord, nos deux héros d’amour: le chevalier de Pardaillan et Loïse de Pie

Depuis qu’ils se sont dit leur amour, ils se parlent à peine. Et qu’est-il besoin de paroles? Il n’est pas une pensée du chevalier qui n’aille à Loïse: il n’est pas un battement du cœur de Loïse qui ne soit pour le chevalier. Ils le savent. Leurs attitudes, l’accent de leur voix lorsqu’ils se disent les choses les plus insignifiantes, tout proclame leur amour. Ni l’un ni l’autre ne semble croire à l’effroyable orage qui s’amasse sur leurs têtes. Pour Loïse, c’est bien simple: elle mourrait en ce moment sans s’apercevoir qu’elle meurt, pourvu que lui fût près d’elle! Et quel danger est possible quand le chevalier est là? Elle n’a pas confiance: elle est la confiance même.

Quant au chevalier, sûr de l’amour de Loïse, il croit n’avoir plus rien à redouter de la fortune adverse. Pourtant, il ne se croit pas certain d’être uni un jour à Loïse. Le maréchal de Montmorency a déclaré que sa fille est destinée au comte de Margency. Le chevalier de Pardaillan ne co

En attendant, il vit dans une sorte d’engourdissement du cœur, tandis que son esprit alerte demeure actif. Quand il y songe, il trouve tout naturel que Loïse l’aime; les choses devaient s’arranger ainsi… à d’autres moments, au contraire, il éprouve de cet amour un prodigieux éto

Cela ne l’empêche pas de rechercher activement deux choses. La première, c’est le moyen de sauver définitivement Loïse, c’est-à-dire de sortir de Paris; la deuxième, c’est de savoir qui est le comte de Margency que le maréchal a choisi pour fiancé à Loïse.

Pendant ce temps, le vieux Pardaillan demeure à l’affût. Il fait manœuvrer son Gillot et échafaude un plan que nous ne tarderons pas à voir se développer sous nos yeux. Le vieux renard est inquiet. Il flaire, il ne sait trop quel immense danger. Au fond, il a confiance, et son esprit de ruse devient de l’esprit d’audacieuse entreprise; nous allons le voir à l’œuvre.

La pauvre Jea

Le maréchal de Montmorency, tenu à l’écart par les chefs huguenots parce qu’il a refusé de s’associer à l’entreprise d’Henri de Béarn, alors que la paix n’était pas déclarée, est d’autre part, haï de la Cour, parce qu’on l’accuse de bienveillance pour les huguenots: les partis politiques ne compre

Mais François de Montmorency ne cherche pas l’estime et l’admiration de ces concitoyens, pour la raison bien simple qu’il ne les estime ni ne les admire. Il a vu trop d’ambitions déchaînées autour du trône; il a vu trop de pensées criminelles, trop d’hypocrisies, trop de férocité: il ne rêve plus que la retraite au fond de son manoir… C’est un homme brisé par les douleurs qu’il a subies et qui s’imagine avoir trouvé un bonheur relatif dans cette retraite parmi les siens.

Voilà donc, d’une façon générale, la position de tous nos perso

Il plane sur cette situation un calme d’orage.

C’est ainsi que dans les minutes tragiques qui précèdent la tempête, les arbres de la forêt demeurent immobiles; pas un souffle ne traverse l’espace; l’Océan semble s’aplatir dans une torpeur qui peut ressembler à du repos; le ciel, sans être pur, n’offre rien de menaçant, et les buées grises dont il se couvre paraissent devoir se dissiper bientôt sous l’effort d’un soleil qu’on aperçoit livide et sans rayons.

Tout à coup ce ciel devient noir; une rafale énorme balaye les airs, la tempête bat les horizons, saute, bondit, mugit; les arbres hurlent d’effroi; l’Océan se cabre d’épouvante…

XI ENTREVUE DE DAMVILLE ET DE PARDAILLAN

Nous transporterons maintenant nos lecteurs à l’hôtel de Montmorency, par une chaude soirée des premiers jours d’août. Dans la chambre qu’il occupait à l’hôtel, le vieux Pardaillan achevait de s’habiller en guerre, en sifflotant une fanfare de chasse.

C’est-à-dire qu’il endossait la casaque de cuir et ceignait sa longue rapière, non sans s’être assuré que la pointe n’en était pas émoussée. En outre, il se munissait d’une courte dague, présent de Montmorency, portant la marque des fabriques de Milan.

– Par Pilate, grogna-t-il, j’étouffe dans cette cuirasse; mais j’espère que sous peu, je pourrai m’en débarrasser.

Il était à ce moment neuf heures du soir et le lourd crépuscule d’été commençait à voiler Paris.

Lorsqu’il fut prêt, le vieux routier se jeta dans un fauteuil, les jambes croisées, la rapière en travers des genoux, et se mit à réfléchir.

– Dois-je prévenir le chevalier? Non, par la mordieu! Il voudrait me suivre, car il n’en fait qu’à sa tête. Or, je veux être seul à traiter cette petite affaire. En effet, de deux choses l’une: ou mon ancien maître se trouvera seul, comme me l’a affirmé cet animal de Gillot, et alors, je n’ai pas besoin d’aide. Ou je tombe dans un traquenard, et il est inutile que le chevalier soit tué en même temps que moi… Oui, mais si je suis tué!… Hum! Je voudrais bien voir mon fils avant. Et puis, au fait, à quoi bon?

Pardaillan continua sa rêverie jusqu’au moment où il entendit so

Alors, il descendit sans bruit, se fit reco

Le Suisse demeura tout mélancolique des suites de cette confidence.

– Je n’aurais jamais cru qu’un homme pareil eût une maîtresse! songea-t-il. Fiez-vous aux apparences!

Cependant, Pardaillan s’était éloigné. Il descendit sans hâte jusqu’à la Seine et, comme le passeur était couché, s’en alla traverser le fleuve au Grand Pont, qui porte aujourd’hui le nom de Pont au Change parce que des boutiques de changeurs étaient établies sur ce pont.