Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 5 из 24

Travaillant а ce projet révolutio

Mais, comme la réalité tranche parfois sur le rêve, ce concept sanitaire – présent а l'esprit de François – s'opposait sous ses yeux а la sanisette visible: dégradée, et même dégueulasse. Après quelque temps d'utilisation, l'intérieur Decaux, délaissant son idéal aseptisé, s'était affreusement corrompu. La matière plastique de la cuvette а bascule s'érodait sous l'action répétée des détergents. Les vernis rongés, les angles inégaux servaient d'abris а d'infimes salissures. Les automatismes s'étaient déréglés jusqu'а l'incohérence; les jets d'eau désorientés aspergeaient les murs; la paroi, а hauteur des épaules, semblait bombardée par des projectiles de papier-toilette imbibés d'eau de Javel dont les fragments éclatés composaient une galaxie rosé. Sur le sol pisseux se décomposaient toutes sortes de détritus hachés en morceaux: serviettes hygiéniques, capotes usagées, vieilles seringues… Seule la musique d'ambiance assurait а cet intérieur la pureté immuable du non-temps, tandis que chacun des autres éléments était entré dans un cycle accéléré de délabrement qui justifierait bientôt le lancement sur le marché de sanisettes plus modernes, perfectio

Ayant inspecté les lieux avec un haur-le-coeur, François débouto

Depuis, les ingénieurs Decaux prétendaient avoir vaincu les imperfections du mécanisme. Les portes de sanisettes portaient, en outre, une mention interdisant l'accès aux enfants non accompagnés… François considérait néanmoins avec suspicion les différents éléments mobiles, dont les ressorts articulés semblaient prêts а s'animer quand bon leur semblerait. Il appuya fortement sur ses pieds, tout en libérant un jet trop longtemps contenu.

Moment de béatitude. Les yeux fermés, l'esprit flottant loin du monde, François découvrait, dans cette étuve, une forme nouvelle de poésie. Voguant dans la navette, bercé par la musique douce, il s'épanchait seul, totalement seul, protégé des regards. Il jouissait pleinement de cet espace loué, payé, telle une propriété de plein droit. Jusqu'а l'exécution de son besoin («durée d'utilisation limitée а un quart d'heure», précisait un écriteau accroché sur le côté). Il songeait а la belle affaire qu'il signerait dans moins d'une heure, puis aux huit jours de vacances qui suivraient: une rando

Les grandes eaux se tarirent. Tout en refermant ses boutons de braguette, François considéra au-dessus de la cuvette, а hauteur de sa poitrine, les trois cases offertes а l'utilisateur: celle de gauche portait la mention: «Papier hygiénique»; il n'en avait aucun besoin et, d'ailleurs, elle était vide; celle à droite indiquait: «Corbeille hygiénique»; mais ce mot «hygiénique» do

La porte ne s'ouvrit pas.

François appuya plus fort. En vain. Sans doute s'y prenait-il mal. Il était peu habile et, peut-être cette histoire d'enfant broyé, rampant dans son inconscient, rendait-elle ses gestes maladroits. Il sourit de sa poltro

François maudissait ce J.-C. Decaux et ceux qui lui permettaient de sévir: le droit qu'ils s'arrogent d'enlaidir Paris et de faire leur beurre de nos vies, quand l'administration municipale devrait se contenter d'entretenir son patrimoine de pissotières, en les renouvelant avec soin, orgueil et désintéressement. Où étaient passés les urinoirs d'antan, disposés dans la cité comme autant de bijoux ouvragés, alliant l'élégance aux usages les plus concrets: kiosques de fer forgé, pavillons ornés de toits Japonais, refuges de chasse harmonisés avec les parcs, boulevards et jardins, enduits d'une peinture sombre et inaltérable? Où était passé le Paris léger, où l'on ne concevait pas un «Rambuteau» sans style? А l'issue de quelle décadence osait-on, cent ans plus tard, meubler la cité d`objets misérables, pas même fonctio

Soudain, dans un accès de fureur, François se releva, se précipita sur la porte; il saisit la poignée de métal, tenta de l'agiter en tous sens; puis, comme ses gestes demeuraient vains, il poussa un cri en lançant un violent coup de pied dans le pa