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Je suis peut-être chargé de certaines missions, mais j’ignore lesquelles et pour le compte de qui. Je me balade, je butine, je m’éto

2. Dans la sanisette

А l'embranchement du boulevard Montmartre et du boulevard des Italiens, François tourna nerveusement la tête. Trente-cinq ans, costume sport, cravate, il se dirigeait, ce matin-là, vers un rendez-vous professio

Il aurait pu s'épancher contre un arbre, а un angle de rues discret; mais trop de pudeur lui interdisait un tel procédé. Entrer dans la brasserie voisine pour utiliser clandestinement les toilettes? L'établissement, pour l'heure, était presque désert et la tentative risquait de lui attirer d'humiliantes remarques: «Hep! Il faut consommer pour utiliser les toilettes!» Soudain, François aperçut dans la lumière hivernale, de l'autre côté du carrefour, une sorte de blockhaus ovoпde de couleur brunâtre, appartenant а cette nouvelle génération de pissotières qui, depuis les a

La sanisette était plantée sous les arbres, entre deux rangées d'immeubles en pierre de taille. Ce bloc de matière inerte, au milieu du trottoir, évoquait une météorite tombée dans Paris ou, peut-être, un transformateur industriel. Sa texture granuleuse rappelait celle du béton. Les parois, striées comme des gaufres, dégageaient а distance une odeur piquante, due а des utilisateurs malsains (ou а leurs chiens) qui avaient uriné sur les murs extérieurs de la sanisette, souillée de traînées humides. Cette rotonde s'accordait assez harmonieusement, cependant, avec l'incessant trafic de petites voitures modernes qui circulaient bruyamment de tous côtés. Leur harmonie fonctio

Une plaque jaune, scellée а l'arrière de la sanisette, figurait un éclair, signalant le danger d'une machinerie électrique. De l'autre côté, sur la porte d'entrée, un autocollant publicitaire recouvert de drapeaux de tous les pays invitait le consommateur а rejoindre une nouvelle famille:

Sanisette Decaux

Plus de cent millions d'utilisateurs

dans le monde

L'ouverture des toilettes – un pa

L'heure du rendez-vous approchait; l'envie devenait intolérable. Trompé par cette machine а perdre son temps, François passait sans mesure de la gratitude pro-Decaux а une bouffée de haine anti-J.-C. Decaux, puis а une révolte plus générale: une soudaine remise en question de la porte automatique, du distributeur automatique, de la vie automatique… Combien de codes, de cartes а puce et de petite mo

Simultanément une volonté d'être positif opposait sa voix, en soulignant:

1°) La bo

2°) L'avantage de la sanisetre hygiénique et moderne, а laquelle il serait bien pervers de préférer la mare sordide des antiques lieux d'aisance.

3°) Le souvenir des monstrueuses dames pipi d'autrefois, auxquelles il fallait également payer son dû… mais contre lesquelles, du moins, on avait le plaisir d'exercer sa méchanceté, tandis qu'а présent, l'utilisateur ne pouvait déverser sa bile que sur une

porte automatique! Il lança un coup de pied rageur dans la sanisette. Comme une passante l'observait, inquiète, François l'interpella, espérant s'en faire une alliée:

– Mes pièces ne passent pas. C'est agaçant… Auriez-vous un peu de mo

Le fait de mendier devant cet édifice, en avouant son désir frustré d'entrer, manquait de dignité. Le pouvoir exercé par la pissotière Decaux émut toutefois la dame qui, soit par solidarité, soit par compassion, fouilla dans son porte-mo

Son aide fut inutile car, au même moment, ils entendirent derrière eux un déclic. Les deux têtes se retournèrent vers la porte qui s'ouvrait toute seule, coulissant vers la gauche, dévoilant l'intérieur de la sanisette où trônait, au centre, la cuvette hygiénique. Au moment choisi par son mécanisme, Decaux invitait son client а entrer… Avant de franchir le sas, François remercia la femme et lui rendit sa pièce. Elle lui souhaita bo

L'habitacle baignait dans une lumière jaunâtre. Il faisair bon. Dissimulé dans la paroi, un haut-parleur diffusait une musique d'ambiance, rappelant les fonds sonores d'aéroports avec leurs batteries molles, leurs saxos suaves. Cette ballade relaxante semblait insinuer а l'oreille du client: «Maintenant, détendez-vous…»

La santsette J.-C. Decaux – faut-il le rappeler? – s'est imposée а la société comme un instrument de la propreté. Elle devait effacer des grandes villes toute trace de déjection en offrant а l'homme moderne un système hygiénique automatisé, compatible avec l'exploitation du marché: «J'i