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Le système de nettoyage demeurait, par chance, immobile. Prostré sur la cuvette, François se sentit gagné par une vague de fatigue et il attendait les sauveteurs ou la mort, quand il entendit un déclic. А l'instant voulu par elle, la porte commença а glisser lentement. Paris, enfin, Paris allait apparaître. François, sauvé, se précipitait déjа vers son vieux boulevard…
Mais non.
Paris n'était pas lа. Derrière la porte automatique grande ouverte, François n'aperçut d'abord qu'un profond brouillard dans la pénombre du jour tombant. Comme si, réellement, il revenait d'un voyage en capsule spatiale; comme s'il sortait d'une machine а remonter le temps; comme s'il venait d'atterrir au milieu d'un nuage de fumée, dans un paysage inco
Stupéfait par cette mutation, François demeurait inerte sur la fosse d'aisance. Son regard s'habituait а l'obscurité; le trouble se dissipa peu а peu et il distingua enfin quelques lueurs puis des formes plus nettes. D'abord, avec un bref soulagement, il reco
Le brouillard s'estompa encore.
De part et d'autre de la chaussée, sous les façades d’immeubles en pierre sculptée, s'alignaient, en quantité affolante, des variétés infinies de sanisettes. Non pas seulement des toilettes comme celle où il s’abritait, hébété; mais une gamme complète de lieux d'aisance, dessinés par des stylistes et des designers de talent. Sur le trottoir de droite, devant les vitrines de magasins déserts, des dizaines de sanisettes futuristes (cubiques, pyramidales, ovoïdes…) alternaient avec des sanisettes gadgets (trompe-l'њil, fruits, voitures…). Sur le trottoir de gauche s'étendait, sous les marro
Tous ces petits bâtiments étaient surmontés d'enseignes qui invitaient les passants а se soulager. Certaines représentaient des silhouettes d'enfants, d'autres des silhouettes de vieillards appuyés sur une ca
Ce n'était pas tout.
Entre les sanisettes se dressaient des pa
Decaux, un milliard
d'utilisateurs dans le monde
François ne se sentait plus ni gai ni triste mais égaré dans un rêve, ni bon ni mauvais; un rêve immensément calme, bouleversant de simplicité. Quelques larmes coulaient doucement sur ses joues. Devait-il refermer la porte, tenter de rentrer chez lui? Ou s'avancer plus loin dans ce paysage?
Avant qu'il ne parvie
– Je suis Jean-Claude Decaux. Pourquoi avez-vous douté de moi?
La voix était suave. Tandis que François reniflait, bredouillait des excuses et tâchait de sécher ses larmes, l'homme tendit fraternellement la main et l'entraîna avec lui, dans le brouillard.
3. La plage du Havre
Les fossés qu'on creusait, autour des châteaux de sable, s'emplissaient aussitôt d'une eau jaunâtre. Un liquide mousseux suintait des murailles de nos forteresses qui s'affaissaient lentement dans le sol boueux. Le sable d'ici n'était pas une poudre dorée mais un limon graisseux, comme une pâte imbibée de fuel. Sur l'immense plaine de vase où riaient les enfants, des vagues étalaient, heure après heure, leur sélection d'hydrocarbures. Les navires pétroliers dégazaient au loin dans la baie de Seine. Nous grandissions dans l'optimisme de la croissance. L'eau de mer où nous pataugions, en ces «a
A quelques kilomètres de la plage du Havre, les usines de la «zone industrielle» – dont on apercevait les cheminées а l'horizon – raffinaient jour et nuit l'essence, le benzène et d'i
A nos jeux d'enfants participaient également les eaux usées d'un quartier voisin. Au milieu de la plage, elles sourdaient du sol par une bouche d'égout. Jaillies de cette caverne, elles poursuivaient leur cours а l'air libre, dans un ruisseau pavé qui glissait parmi les baigneurs. Un liquide poisseux charriait jusqu'au rivage le trop-plein des caniveaux et les rejets de l'activité ménagère. Découvert а marée basse, cet antique système d'assainissement disparaissait sous la mer а marée haute. On en reco