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Une handicapée apparaît dans l’allée centrale. Poussée par un homme, affalée sur sa chaise roulante, cette paralytique obèse trace son sillage, en repoussant brutalement la foule. Monstre moustachu, mi-femme mi-bête, elle porte sur ses genoux un roquet qui jette aux écrivains des aboiements furieux. Trônant dans sa voiture à deux roues, la malade glisse, arrogante, parmi les représentants de l’élite littéraire. Elle passe comme une reine, accorde ici ou là un oeil à ceux qui l’intéressent. Elle ordo

A sa suite bondissent, dans les allées, les enfants des écoles. Entraînés par leurs instituteurs, des écoliers envahissent le salon, piaillant, souriant, questio

Au fil de la journée, les espoirs diminuent. Après quelques heures d’attente derrière leur table, les gloires de Saint-Germain-des-Prés se résignent, se relâchent, sortent fumer des cigarettes, abando

De rares teenagers passent en groupes, désinvoltes, pressés de retourner à leurs mobylettes. Les amateurs de littérature sont plus souvent des femmes mûres, professeurs, infirmières, à la recherche de récits tristes. J’ai un certain succès avec les femmes légères; malheureusement, c’est une grosse fille de mon âge qui vient à présent se poster devant moi. Elle est laide, bouto

Soudain, elle me fixe dans les yeux. Son regard d’égal à égal me glace. Moi qui regnais derrière ma table de jeune écrivain, je me sens ridicule. La fille m’observe comme un prétentieux et prononce soudain:

– Comment t’as fait pour te faire éditer?

Un peu honteux, je jure que j’ai do

– Paraît qu’il faut être pisto

C’est la rentrée des classes. Je suis dans une cour d’école plantée de marroniers. Nous ne nous co

Elle se penche vers le sol, disparaît un instant derrière la table, fouille dans une sacoche puis resurgit, munie d’un manuscrit, et m’informe qu’il a été refusé par douze maisons d’éditions. Elle semble m’en vouloir perso

(HIVER)

Manger des petits pois en écoutant les ondes courtes. Jeter une bûche dans le fourneau. Regarder les flocons tomber par la fenêtre.

Depuis quelques jours, le sol a blanchi autour de la maison. Le paysage s’est arrondi en vagues douces et silencieuses d’où émerge le manteau de sapins. J’entrouvre la porte et m’avance sur la terrasse, dans l’air glacé; je regarde les arcs des montagnes qui s’entrecoupent au lointain, la forêt bleue plantée dans une mer d’ouate; j’entends les cris rares de quelques oiseaux. Je retourne m’asseoir près du fourneau.

Hier, à la nuit tombante, j’ai traversé le cimetière où les croix surgissaient de la neige comme des spectres silencieux, bercés par les grelots du torrent. A l’entrée du presbytère, j’ai tiré la pognée rouillée d’une so

Quelques chaussettes mouillées, accrochées а des pinces а linge, pendaient au-dessus du réchaud de la cuisine. Un missel, un calice et un ostensoir étaient posés sur une petite table, près de l'évier. Faute de paroissiens, le curé dit la messe chez lui, les jours de semaine. Un oeil sur la casserole en train de mijoter, il accomplit ses invocations; il répète un sermon, répond au téléphone au milieu du Sanctus; puis, saisi par une légère culpabilité, il achève l'eucharistie avec une vraie dévotion.

Nous avons pris la direction de l'auberge, en traversant de nouveau le cimetière. «Un emplacement recherché», précise le curé. Sa paroisse fait fureur pour les mariages et les enterrements. Les dimanches de printemps, on accourt des villes voisines pour s'épouser dans un décor d'autrefois. А l'approche de la mort, beaucoup de citadins et de banlieusards rêvent d'une tombe au creux des montagnes. Les concessions sont prises d'assaut. Le marché des caveaux flambe. Le maire doit prendre des mesures, refuser les corps étrangers.

Il faisait nuit. Nos pas crissaient dans la neige glacée. Des congères s'étaient formées sur la chaussée. Les véhicules de l'Equipement n'avaient pas encore déversé des to

Nous avancions vers le village, éclairés par la pleine lune. Un instant, je me persuadai que cet homme, а cause de sa barbe blanche, possédait un profond savoir. Je lui posais des questions; il me répondait des histoires de clochers, mêlées de banalités télévisuelles sur le chômage, le tiers-monde, le droit des femmes. Au milieu de la route, coupée par la neige, nos voix réso

(DIGESTION)

А moitié ivre, je pousse la porte de l'établissement.

Un employé, derrière la caisse, me tend une clef, une serviette blanche et une assiette en carton. Le dimanche après-midi, une collation est comprise dans le prix du ticket:

– On vous appellera tout а l'heure, pour la pizza, précise-t-il.

Je m'avance dans un couloir sombre. De part et d'autre s'alignent des cabines minuscules. Le numéro de ma clef correspond а l'une des portes. Chaque cellule est éclairée par un tube au néon, meublée d'un matelas étroit, d'un portemanteau et d'une tablette, où sont disposés un préservatif gratuit et des essuie-tout.