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– Le parking! s'écrie l'une des fillettes.

Tous reco

Navet apparaît sur l'écran, sanglé dans son casque de pompier, en grande conversation avec le sous-préfet, lors du vin d'ho

– S'il avait su ce qui allait lui arriver, déplore Pommier.

– T'en fais pas pour lui, rétorque Gérard.

Le soir tombe, il fait bon. L'odeur du mouton se mêle aux parfums de la lande, puis а la graisse des motos brûlantes qui s'approchent а nouveau de lа table. Les garçons coupent leur moteur et rejoignent les convives. Une conversation joyeuse se répand, axée sur des plaisanteries sexuelles. Quelqu'un lance l'idée d'installer un distributeur de préservatifs au village, en face de l'ancien presbytère. On rit. Patrick, par instants, a l'impression d'entendre un mouton bêler. Il se retourne, cherche autour de lui, puis songe qu'il s'agit probablement d'un effet de l'alcool. Il préfère piquer, dans son assiette, un morceau de côtelette.

Sitôt rassasiés, les jeunes remontent sur leurs motos, pour de nouvelles cabrioles nocturnes. Marceline recommande а son fils d'être prudent; le gérant la rassure; il entre dans son local et enclenche un puissant projecteur, accroché au pylône, vingt mètres au-dessus du sol. Une lumière blanche inonde les dunes et la table de camping, tandis que les motards chevauchent leurs selles pour attaquer la piste dans un grondement de moteurs.

Le film est terminé; les fillettes jouent avec la télécommande, passant d'un jeu d'argent aux multiples usages d'un hachoir électrique.

A onze heures et demie, deux portières de voiture claquent et l'on voit s'avancer, dans la pénombre, le maire du village accompagné de Navet, tout sourire, une bouteille de gnôle а la main. Son arrivée jette une émotion dans l'assistance. Tel un héros revenant des enfers, le directeur de l'usine s'assoit dans un silence sole

Redoutant d'être désigné comme un représentant du camp écolo, Patrick s'indigne plus fort que les autres. Il pose des questions, boit des verres, approuve systématiquement les propos de Navet. Soulagé d'avoir échappé а une mise en examen, le maire joue l'homme raiso

Navet reprend la parole et parle de la diversification de son entreprise. Le procès achevé, il lancera de nouveaux chantiers pour faire oublier la catastrophe. Idée maîtresse: un circuit routier а travers les dunes; une chaussée а deux voies longeant le littoral, ponctuée de points de vue et de points de vente. Les automobilistes, sans quitter leur véhicule, pourront arpenter les plus beaux paysages de la côte.

– Nous avançons lentement mais sûrement, dit le maire. Il faut agir étape par étape.

Une moto passe dans le ciel. Patrick, complètement ivre, a de nouveau l'impression d'entendre un mouton bêler. Mais tous les visages se tournent vers l’écran, pour admirer un reportage sur les landes sauvages d’Irlande et leurs troupeaux de brebis.

– C’est beau! s’exclame Joseph.

– Si j’avais les moyens, approuve Gérard, j’irais en vacances là-bas, à la pêche au saumon!

5. Scènes de vie-2

(SORTIE DE CLASSE)

Gare de Lyon, huit heures du matin. Au milieu de la foule des employés, étudiants, ouvriers, cadres moyens et supérieurs, un homme à cheveux gris agite un petit pa

– Par ici les écrivains.

Alors, tous s’engagent derrière lui sur le quai – tel un groupe de collégiens en sortie de fin d’a

Nous sommes un groupe de littérateurs levés de bon matin, douchés, peignés, parfumés, habillés, rassemblés par le sympathique organisateur qui doit nous conduire à notre but: un salon du livre en province. A l’intérieur du wagon, la plupart des écrivains s’assemblent par dux et commencent à bavarder, tandis qu’une jeune fille distribue du café. L’ambiance est bo

Arrivés à la destination, nous grimpons l’un derrière l’autre dans un autocar statio

Cette fête figure parmi les principales animations de la saison. Le livre est à la mode; mais les clients, sceptiques, considèrent les visages autant que les ouvrages. Les travaux de dédicace s’avèrent parfois pénibles. La vente est difficile. Chaque volume acheté par un lecteur est une aubaine. Assis derrière ma table, trônant sur mon oeuvre à trois cents francs le kilo, je recours aux techniques du petit commerce, souris aux dames, vante ma marchandise en ironisant, ce qui me vaut parfois d’honorables résultats.

L’après-midi est chaud. Une foule compacte de parents, d’enfants, de vieillards, se presse dans les allées, mêlée à une poignée d’intellectuels locaux. Quelques écrivains régionaux vendent des récits du terroir et feignent d’ignorer les écrivains parisiens. Amplifié par les enceintes acoustiques, un animateur lit des poèmes, diffuse des interviews d’écrivains. Assis derrière leurs tables, légèrement moqueurs, les romanciers d’avant-garde, les membres de jurys littéraires s’affichent comme les autres devant un public sévère. Face à la clientèle, ils se rapprochent dans des actes de fraternité, ironisent en aparté tels les membres d’une tribu égarés dans une autre tribu. Mais ils comptent secrètement leurs exemplaires vendus, chacun espérant battre son voisin. Seuls ceux qui ne vendent absolument rien s’autorisent à mépriser définitivement tous les autres.