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Et il allait à Madeleine en lui disant:

– Madame la meunière, ayez pitié de moi. Dites à ma mère de me garder. Je n’irai plus jamais chez vous puisqu’on ne le veut pas, et quand vous voudrez me do

Et le pauvre François regardait la rivière en s’approchant si près qu’on voyait bien que sa vie ne tenait qu’à un fil et qu’il n’eût fallu qu’un mot de refus pour le faire noyer. Madeleine parlait pour l’enfant et la Zabelle mourait d’envie de l’écouter; mais elle se voyait près du moulin et ce n’était plus comme lorsqu’elle était auprès de la route.

– Va, méchant enfant, disait-elle, je te garderai; mais tu seras cause que demain je serai sur les chemins demandant mon pain. Toi, tu es trop bête pour comprendre que c’est par ta faute que j’en serai réduite là, et voilà à quoi m’aura servi de me mettre sur le corps l’embarras d’un enfant qui ne m’est rien et qui ne me rapporte pas le pain qu’il mange.

– En voilà assez, Zabelle, dit la meunière en prenant le champi dans ses bras et en l’enlevant de terre pour l’emporter, quoiqu’il fût déjà bien lourd. Tenez, voilà dix écus pour payer votre ferme ou pour emménager ailleurs si on s’obstine à vous chasser de chez nous. C’est de l’argent à moi, de l’argent que j’ai gagné; je sais bien qu’on me le redemandera, mais ça m’est égal. On me tuera si l’on veut, j’achète cet enfant-là, il est à moi, il n’est plus à vous. Vous ne méritez pas de garder un enfant d’un aussi grand cœur et qui vous aimait tant. C’est moi qui serai sa mère et il faudra bien qu’on me le souffre. On peut tout souffrir pour ses enfants. Je me ferais couper par morceaux pour mon Jea

Madeleine disait ces paroles-là sans trop savoir ce qu’elle disait. Elle qui était la tranquillité même, elle avait dans ce moment la tête tout en feu. Son bon cœur s’était regimbé et elle était vraiment en colère contre la Zabelle. François avait jeté ses deux bras autour du cou de la meunière et il la serrait si fort qu’elle en perdit la respiration, en même temps qu’il remplissait de sang sa coiffe et son mouchoir car il s’était fait plusieurs trous à la tête.

Tout cela fit un tel effet sur Madeleine, elle eut à la fois tant de pitié, tant d’effroi, tant de chagrin et tant de résolution, qu’elle se mit à marcher vers le moulin avec autant de courage qu’un soldat qui va au feu. Et, sans songer que l’enfant était lourd et qu’elle était si faible qu’à peine pouvait-elle porter son petit Jea

Quand elle fut au milieu elle s’arrêta. L’enfant devenait si pesant qu’elle fléchissait et que la sueur lui coulait du front. Elle se sentit comme si elle allait tomber en faiblesse, et tout d’un coup il lui revint à l’esprit une belle et merveilleuse histoire qu’elle avait lue, la veille, dans son vieux livre de la Vie des Saints; c’était l’histoire de saint Christophe portant l’enfant Jésus pour lui faire traverser la rivière et le trouvant si lourd que la crainte l’arrêtait. Elle se retourna pour regarder le champi. Il avait les yeux tout retournés. Il ne la serrait plus avec ses bras; il avait eu trop de chagrin ou il avait perdu trop de sang. Le pauvre enfant s’était pâmé.

IV

Quand la Zabelle le vit ainsi, elle le crut mort. Son amitié lui revint dans le cœur et, ne songeant plus ni au meunier, ni à la méchante vieille, elle reprit l’enfant à Madeleine et se mit à l’embrasser en criant et en pleurant. Elles le couchèrent sur leurs genoux, au bord de l’eau, lavèrent ses blessures et en arrêtèrent le sang avec leurs mouchoirs; mais elles n’avaient rien pour le faire revenir. Madeleine, réchauffant sa tête contre son cœur, lui soufflait sur le visage et dans la bouche comme on fait aux noyés. Cela le réconforta et, dès qu’il ouvrit les yeux et qu’il vit le soin qu’on prenait de lui, il embrassa Madeleine et la Zabelle l’une après l’autre, avec tant de cœur qu’elles furent obligées de l’arrêter, craignant qu’il ne retombât en pâmoison.

– Allons, allons, dit la Zabelle, il faut retourner chez nous. Non, jamais, jamais je ne pourrai quitter cet enfant-là, je le vois bien et je n’y veux plus songer. Je garde vos dix écus, Madeleine, pour payer ce soir si on m’y force. Mais n’en dites rien; j’irai trouver demain la bourgeoise de Presles pour qu’elle ne nous démente pas et elle dira, au besoin, qu’elle ne vous a pas encore payé le prix de votre filage; ça nous fera gagner du temps et je ferai si bien, quand je devrais mendier, que je m’acquitterai envers vous pour que vous ne soyez pas molestée à cause de moi. Vous ne pouvez pas prendre cet enfant au moulin, votre mari le tuerait. Laissez-le-moi, je jure d’en avoir autant de soin qu’à l’ordinaire, et si on nous tourmente encore, nous aviserons.

Le sort voulut que la rentrée du champi se fît sans bruit et sans que perso

Ce coup du sort abattit pendant quelque temps l’humeur malplaisante du meunier. Il aimait sa mère autant qu’il pouvait aimer et il mit de l’amour-propre à la faire enterrer selon ses moyens. Il oublia sa maîtresse pendant le temps voulu et il s’avisa même de faire le généreux en do

Si bien que Cadet Blanchet avait à peu près oublié sa rancœur et que perso

À partir de la mort de sa mère, le caractère de Blanchet changea peu à peu, sans pourtant s’amender. Il s’e