Страница 8 из 38
La Zabelle réveilla l’enfant, lui mit ses meilleurs habits, fit un paquet du reste de ses hardes et, le prenant par la main, elle partit avec lui au clair de lune.
Mais à mesure qu’elle marchait et que le jour montait, le cœur lui manquait; elle ne pouvait aller vite, elle ne pouvait parler, et quand elle arriva au bord de la route, elle s’assit sur la berge du fossé, plus morte que vive. La diligence approchait. Il n’était que temps de se trouver là.
Le champi n’avait coutume de se tourmenter, et jusque-là il avait suivi sa mère sans se douter de rien. Mais quand il vit, pour la première fois de sa vie, rouler vers lui une grosse voiture, il eut peur du bruit qu’elle faisait et se mit à tirer la Zabelle vers le pré d’où ils venaient de déboucher sur la route. La Zabelle crut qu’il comprenait son sort et lui dit:
– Allons, mon pauvre François, il le faut!
Ce mot fit encore plus de peur à François. Il crut que la diligence était un gros animal toujours courant qui allait l’avaler et le dévorer. Lui qui était si hardi dans les dangers qu’il co
III
Ils revinrent par où ils étaient venus, jusqu’à mi-chemin du moulin, et là, de fatigue, ils s’arrêtèrent. La Zabelle était inquiète de voir l’enfant trembler de la tête aux pieds et son cœur sauter si fort qu’il soulevait sa pauvre chemise. Elle le fit asseoir et tâcha de le consoler. Mais elle ne savait ce qu’elle disait, et François n’était pas en état de le deviner. Elle tira un morceau de pain de son panier et voulut lui persuader de manger; mais il n’en avait nulle envie et ils restèrent là longtemps sans se rien dire.
Enfin, la Zabeau, qui revenait toujours à ses raiso
Mais, tout en essayant de lui do
– Mère, tu veux me renvoyer d’avec toi! tu veux me conduire bien loin d’ici et me laisser.
Puis, le mot d’hospice, qu’on avait plus d’une fois lâché devant lui, lui revint à la mémoire. Il ne savait ce que c’était que l’hospice, mais cela lui parut encore plus épouvantant que la diligence, et il s’écria en frisso
– Tu veux me mettre dans l’hospice!
La Zabelle s’était portée trop avant pour reculer. Elle croyait l’enfant plus instruit de son sort qu’il ne l’était et, sans songer qu’il n’eût guère été malaisé de le tromper et de se débarrasser de lui par surprise, elle se mit à lui expliquer la vérité et à vouloir lui faire comprendre qu’il serait plus heureux à l’hospice qu’avec elle, qu’on y prendrait plus de soin de lui, qu’on lui enseignerait à travailler, qu’on le placerait pour un temps chez quelque femme moins pauvre qu’elle, qui lui servirait encore de mère.
Ces consolations achevèrent de désoler le champi. L’inco
Le bon Dieu voulut que, dans ce moment-là, Madeleine Blanchet vînt à passer. Elle ne savait rien du départ de la Zabelle et de l’enfant. Elle avait été chez la bourgeoise de Presles pour lui remettre de la laine qu’on lui avait do
– Madame Blanchet, madame Blanchet, sauvez-moi!
La Zabelle était grande et forte, et Madeleine était petite et mince comme un brin de jonc. Elle n’eut cependant pas peur et, dans l’idée que cette femme, devenue folle, voulait assassiner l’enfant, elle se mit au-devant de lui, bien déterminée à le défendre ou à se laisser tuer pendant qu’il se sauverait.
Mais il ne fallut pas beaucoup de paroles pour s’expliquer. La Zabelle, qui avait plus de chagrin que de colère, raconta les choses comme elles étaient. Cela fit que François comprit enfin tout le malheur de son état et, cette fois, il fit son profit de ce qu’il entendait avec plus de raison qu’on ne lui en eût jamais supposé. Quand la Zabelle eut tout dit, il commença à s’attacher aux jambes et aux jupons de la meunière, en disant:
– Ne me renvoyez pas, ne me laissez pas renvoyer!
Et il allait de la Zabeau qui pleurait, à la meunière qui pleurait encore plus fort, disant toutes sortes de mots et de prières qui n’avaient pas l’air de sortir de sa bouche, car c’était la première fois qu’il trouvait moyen de dire ce qu’il voulait.
– O ma mère, ma mère migno