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Pendant qu’il menait cette vilaine vie, sa femme, toujours sage et douce, gardait la maison et élevait avec amour leur unique enfant. Mais elle se regardait comme doublement mère, car elle avait pris pour le champi une amitié très grande et veillait sur lui presque autant que sur son propre fils. À mesure que son mari devenait plus débauché, elle devenait moins servante et moins malheureuse. Dans les premiers temps de son libertinage il se montra encore très rude parce qu’il craignait les reproches et voulait tenir sa femme en état de peur et de soumission. Quand il vit que, par nature, elle haïssait les querelles et qu’elle ne montrait pas de jalousie, il prit le parti de la laisser tranquille. Sa mère n’étant plus là pour l’exciter contre elle, force lui était bien de reco

Il fallait que Madeleine fût une femme bien chrétie

Quand il eut communié, comme il était en âge d’être loué, la Zabelle le vit de bon cœur entrer domestique au moulin, et maître Blanchet ne s’y opposa point car il était devenu clair pour tout le monde que le champi était bon sujet, très laborieux, très serviable, plus fort, plus dispos et plus raiso

Malheureusement, la pauvre Zabelle ne jouit pas longtemps de cette récompense. À l’entrée de l’hiver, elle fit une grosse maladie et, malgré tous les soins du champi et de Madeleine, elle mourut le jour de la Chandeleur, après avoir été si mieux qu’on la croyait guérie. Madeleine la regretta et la pleura beaucoup, mais elle tâcha de consoler le pauvre champi qui, sans elle, n’aurait jamais surmonté son chagrin.

Un an après, il y pensait encore tous les jours et quasi à chaque instant, et une fois il dit à la meunière:

– J’ai comme un repentir quand je prie pour l’âme de ma pauvre mère: c’est de ne l’avoir pas assez aimée. Je suis bien sûr d’avoir toujours fait mon possible pour la contenter, de ne lui avoir jamais dit que de bo

– Et quelles paroles est-ce que j’ai dites, mon pauvre enfant, pour que tu m’aies do

– Vous ne vous en souvenez pas? dit le champi en s’asseyant aux pieds de la Madeleine qui filait son rouet en l’écoutant. Eh bien vous avez dit en do

– C’est possible, et j’ai dit ce que je pensais, ce que je pense encore. Est-ce que tu trouves que je t’ai manqué de parole?

– Oh non! Seulement…

– Seulement, quoi?

– Non, je ne le dirai pas, car c’est mal de se plaindre,et je ne veux pas faire l’ingrat et le méco

– Je sais que tu ne peux pas être ingrat et je veux que tu dises ce que tu as sur le cœur. Voyons, qu’as-tu qui te manque pour n’être pas mon enfant? Dis, je te commande comme je commanderais à Jea

– Eh bien, c’est que… c’est que vous embrassez Jea

– Viens m’embrasser, François, dit la meunière en asseyant l’enfant sur ses genoux et en l’embrassant au front avec beaucoup de sentiment. J’ai eu tort, en effet, de ne jamais songer à cela, et tu méritais mieux de moi. Tiens, tu vois, je t’embrasse de grand cœur et tu es bien sûr à présent que tu n’es plus champi, n’est-ce pas?