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Tandis que je parlais, les traits de Jea

Je la pris dans mes bras et la montai dans l’escalier de madame de Gabry comme un petit enfant endormi. Abîmé de fatigue et d’émotion, je m’affaissai avec elle sur la banquette du palier. Là, bientôt, elle se ranima:

– C’est vous! me dit-elle en rouvrant les yeux. Je suis contente.

Nous nous fîmes ouvrir en cet état la porte de notre amie. Huit heures so

– Madame, lui dis-je, nous venons nous mettre tous deux sous votre protection. Et, avant tout, nous venons vous demander à souper. Jea

– Il est ici, me dit-elle.

Et aussitôt elle le fit avertir de notre venue.

J’eus plaisir à voir sa face ouverte et à serrer sa main carrée. Nous passâmes tous quatre dans la salle à manger et pendant qu’on servait à Jea

– Sacrebleu! s’écria-t-il, vous vous êtes mis dans de jolis draps, monsieur Bo

Puis, remarquant Jea

– Venez donc, me dit-il.

Je le suivis dans son cabinet, où brillaient à la lueur des lampes, sur la tenture sombre, des carabines et des couteaux de chasse. Là, m’entraînant sur un canapé de cuir:

– Qu’avez-vous fait! me dit-il, qu’avez-vous fait, grand Dieu! Détournement de mineure, rapt, enlèvement! Vous vous êtes mis une belle affaire sur les bras. Vous êtes tout bo

– Miséricorde! m’écriai-je; dix ans de prison pour avoir sauvé une i

– C’est la loi! répondit M. de Gabry. Je co

Ayant ouvert sa bibliothèque, qui contenait des colliers à chien, des cravaches, des étriers, des éperons, des boîtes de cigares et quelques livres usuels, il prit un code et se mit à le feuilleter.

– Crimes et délits… séquestration de perso

– Parfaitement clair.

Continuons: ARTICLE 356. – Si le ravisseur n’avait pas encore vingt et un ans, il ne sera puni que d’un … Cela ne nous regarde pas. ARTICLE 357. – Dans le cas où le ravisseur aurait épousé la fille qu’il a enlevée, il ne pourra être poursuivi que sur la plainte des perso

– Ne croyez pas, répondis-je, que le rapt fût permis dans l’ancien droit. Vous trouverez dans Baluze un décret rendu par le roi Childebert à Cologne, en 593 ou 94, sur cette matière. Qui ne sait, d’ailleurs, que la fameuse ordo

» Je vous do

» Pour ce qui est du capitulaire de Charlemagne qui règle la compensation du rapt, si je ne vous en parle pas, c’est parce qu’il est assurément présent à votre mémoire. Vous voyez donc bien, mon cher monsieur de Gabry, que le rapt fut considéré comme un crime punissable sous les trois dynasties de la vieille France. On a bien tort si l’on croit que le Moyen Âge était un temps de chaos. Persuadez-vous, au contraire…

M. de Gabry m’interrompit:

– Vous co

Je lui répondis qu’en effet je n’avais jamais lu ce code, et il parut surpris.

– Comprenez-vous maintenant, ajouta-t-il, la gravité de l’action que vous avez commise?

En vérité, je ne la comprenais pas encore. Mais, peu à peu, par l’effet des représentations très sensées de M. Paul, j’arrivai à sentir que je serais jugé, non sur mes intentions, qui étaient i

– Que faire? m’écriai-je, que faire? Suis-je donc perdu sans ressource et ai-je donc perdu avec moi la pauvre enfant que je voulais sauver?

M. de Gabry bourra silencieusement sa pipe et l’alluma avec tant de lenteur que son bon et large visage resta trois ou quatre minutes rouge comme celui d’un forgeron au feu de sa forge. Puis:

– Vous me demandez que faire: ne faites rien, mon cher monsieur Bo

Pendant que nous parlions ainsi, madame de Gabry prenait des arrangements pour coucher sa pensio

– Voilà, dis-je, une ho

– Que voulez-vous? me répondit madame de Gabry. Nous sommes des paysans.

– Ah! lui répondis-je, puissé-je devenir aussi un paysan! puissé-je, un jour, comme vous à Lusance, respirer d’agrestes senteurs, sous un toit perdu dans le feuillage, et, si ce vœu est trop ambitieux pour un vieillard dont la vie s’achève, je désire du moins que mon linceul soit, comme ce linge, parfumé de lavande.

Nous convînmes que je viendrais déjeuner le lendemain. Mais on me défendit expressément de me présenter avant midi. Jea

Je trouvai sur mon palier Thérèse en proie à une inquiétude qui la rendait furieuse. Elle ne parla de rien de moins que de m’enfermer à l’avenir.

Quelle nuit je passai! Je ne fermai pas l’œil un seul instant. Tantôt, je riais comme un gamin du succès de mon aventure; tantôt, je me voyais, avec une angoisse inexprimable, traîné devant les magistrats et répondant sur le banc des accusés du crime que j’avais si naturellement commis. J’étais épouvanté, et pourtant je n’avais ni remords ni regrets. Le soleil, entré dans ma chambre, caressa gaiement le pied de mon lit, et je fis cette prière: