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Ni le docteur ni Thérèse ne rient de ma plaisanterie. Il faut qu’ils ne l’aient pas comprise.

Le docteur s’en va, le jour tombe, et des ombres de toutes sortes se forment et se dissipent comme des nuages dans les plis de mes rideaux. Des ombres passent en foule devant moi; à travers elles je vois la face immobile de ma fidèle servante. Tout à coup un cri, un cri aigu, un cri de détresse me déchire les oreilles. Est-ce vous, Jea

Le jour est tombé, et les ombres s’installent à mon chevet pour toute la longue nuit.

À l’aube, je sens une paix, une paix immense m’envelopper tout entier. Est-ce votre sein que vous m’ouvrez, Seigneur mon Dieu?

Février 1876.

Le docteur est tout à fait jovial. Il paraît que je lui fais beaucoup d’ho

Ces maux, effroi de l’homme, ont des noms, effroi du philologue. Ce sont des noms hybrides, mi-grecs, mi-latins, avec des désinences en ite indiquant l’état inflammatoire, et en algie exprimant la douleur. Le docteur me les débite avec un nombre suffisant d’adjectifs en ique destinés à en caractériser la détestable qualité. Bref une bo

– Touchez là, docteur. Vous m’avez rendu à la vie, je vous pardo

Le docteur veut me prouver, à l’aide de grands mots grecs et latins, que je suis en bon état. Le français est trop clair pour une démonstration de ce genre. Toutefois je consens à être persuadé et je le reconduis jusqu’à ma porte.

– À la bo

– Eh bien, Thérèse, puisque je suis redevenu un si vaillant homme, ne me refusez plus mes lettres. Il y en a un bon paquet sans doute, et ce serait une méchanceté de m’empêcher plus longtemps de les lire.

Thérèse, après quelques façons, me do

Avril-juin.

L’affaire a été chaude.

– Attendez, monsieur, que j’aie mis mes nippes propres, m’a dit Thérèse, et cette fois encore, je sortirai avec vous; je prendrai votre pliant, comme j’ai fait ces derniers jours, et nous irons nous mettre au soleil.

En vérité, Thérèse me croit infirme. J’ai été malade, sans doute, mais il y a fin à tout. Madame la Maladie s’en est allée, il y a beau temps, et voilà bien trois mois que sa suivante au pâle et gracieux visage, dame Convalescence, m’a fait gentiment ses adieux. Si j’écoutais ma gouvernante, je serais M. Argan tout bo

– Thérèse, nous nous mettrons demain en espalier contre le mur de la petite Provence, tant qu’il vous fera plaisir. Mais aujourd’hui j’ai des affaires qui pressent.

Des affaires! Elle croit qu’il s’agit d’argent et m’explique que rien ne presse.

– Tant mieux! mais il y a d’autres affaires que celles-là, en ce monde.

Je supplie, je gronde, je m’échappe.

Il fait assez beau temps. Moye

Voici le mur qui porte en lettres bleues ces mots: Pensio

Quant à la petite porte bâtarde par laquelle je suis tant de fois entré et qui m’est désormais interdite, je la retrouve avec son judas grillé. Le degré de pierre qui y conduit est usé, et, sans avoir de trop bons yeux sous mes lunettes, je vois sur la pierre les petites lignes blanches qu’ont faites en passant les semelles ferrées des écolières. Ne puis-je donc y passer à mon tour? Il me semble que Jea

Et depuis, que de fois j’ai erré ainsi, sous ce mur, et passé devant la petite porte, honteux, désespéré d’être plus faible moi-même que l’enfant qui n’a en ce monde d’appui que le mien.

10 juin.

J’ai surmonté ma répugnance et suis allé voir maître Mouche. Je remarque tout d’abord que l’étude est plus poudreuse et plus moisie que l’an passé. Le notaire m’apparaît avec ses gestes étroits et ses prunelles agiles sous les lunettes. Je lui fais mes plaintes. Il me répond… Mais à quoi bon fixer, même dans un cahier qui doit être brûlé, le souvenir d’un plat coquin? Il do

Une magnifique lumière, la lumière d’un beau jour verse ses ondes incorruptibles dans ce lieu sordide et éclaire cet homme. Au-dehors, elle répand sa splendeur sur toutes les misères d’un quartier populeux.

Qu’elle est douce, cette lumière dont mes yeux s’emplissent depuis si longtemps, et dont je ne jouirai bientôt plus! Je m’en vais, songeur, les mains derrière le dos, le long des fortifications, et je me trouve, sans savoir comment, dans des faubourgs perdus, plantés de maigres jardins. Sur le bord d’un chemin poudreux, je rencontre une plante dont la fleur à la fois éclatante et sombre semble faite pour s’associer aux deuils les plus nobles et les plus purs. C’est une ancolie. Nos pères la nommaient le gant de Notre-Dame. Une Notre-Dame qui se ferait toute petite, pour apparaître à des enfants, pourrait seule glisser ses doigts mignons dans les étroites capsules de cette fleur.

Voici un gros bourdon qui s’y fourre brutalement; sa bouche ne peut atteindre au nectar et le gourmand s’efforce en vain. Il renonce enfin et sort tout barbouillé de pollen. Il a repris son vol lourd; mais les fleurs sont rares dans ce faubourg souillé par la suie des usines. Il revient à l’ancolie, et cette fois, il perce la corolle et suce le nectar à travers l’ouverture qu’il a faite; je n’aurais pas cru qu’un bourdon eût tant de sens. Cela est admirable. Les insectes et les fleurs m’émerveillent davantage à mesure que je les observe mieux. Je suis comme le bon Rollin, que les fleurs de ses pêchers ravissaient. Je voudrais bien avoir un beau jardin, et vivre à l’orée d’un bois.

Août – septembre.

J’eus l’idée de venir, un dimanche matin, épier le moment où les élèves de mademoiselle Préfère vont en file à la messe paroissiale. Je les vis passer deux par deux, les petites en tête, avec des mines sérieuses. Il y en avait trois, semblablement vêtues, courtes, rondes, importantes, que je reco