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Mademoiselle Préfère, de bleu vêtue, avançait, reculait, sautillait, trottinait, s’écriait, soupirait, baissait les yeux, levait les yeux, se confondait en politesses, n’osait pas, osait, n’osait plus, osait encore, faisait la révérence, bref, un manège.

– Que de livres! s’écria-t-elle. Et vous les avez tous lus, monsieur Bo

– Hélas! oui, répondis-je, et c’est pour cela que je ne sais rien du tout, car il n’y a pas un de ces livres qui n’en démente un autre, en sorte que, quand on les co

Là-dessus, elle appela Jea

– Que c’est beau! nous dit-elle. J’aime voir couler la rivière. Cela fait penser à tant de choses!

Mademoiselle Préfère ayant ôté son chapeau et découvert un front orné de boucles blondes, ma gouvernante empoigna fortement le chapeau en disant qu’il lui déplaisait de voir traîner les hardes sur les meubles. Puis elle s’approcha de Jea

– Vous regardez la Seine, lui dis-je; elle étincelle au soleil.

– Oui, répondit-elle, accoudée à la barre d’appui. On dirait une flamme qui coule. Mais voyez là-bas comme elle semble fraîche sous les saules de la berge qu’elle reflète. Ce petit coin-là me plaît encore mieux que tout le reste.

– Allons! répondis-je, je vois que la rivière vous tente. Que diriez-vous si, avec l’agrément de mademoiselle Préfère, nous allions à Saint-Cloud par le bateau à vapeur que nous ne manquerons pas de trouver en aval du Pont-Royal?

Jea

– Monsieur, me dit-elle quand nous fûmes seuls, vous ne pensez jamais à rien et il faut que ce soit moi qui songe à tout. Heureusement que j’ai bo

Je ne jugeai pas opportun d’ébranler cette illusion téméraire. Elle poursuivit:

– Ainsi! vous vous en alliez sans me dire ce qui plaît à la petite demoiselle? Vous êtes bien difficile à contenter, vous, monsieur, mais au moins vous savez ce qui est bon. Ce n’est pas comme ces jeunesses. Elles ne se co

– Ma bo

Thérèse reprit sèchement:

– Monsieur, je vous parle de la petite demoiselle; il ne faut pas qu’elle s’en aille de la maison sans avoir un peu profité. Quant à la vieille frisée, si mon dîner ne lui convient pas, elle pourra bien se sucer les pouces. Je m’en moque.

Je retournai, l’âme en repos, dans la cité des livres, où mademoiselle Préfère travaillait au crochet si tranquillement, qu’on eût dit qu’elle était chez elle. Je faillis le croire moi-même. Elle tenait peu de place, il est vrai, au coin de la fenêtre. Mais elle avait si bien choisi sa chaise et son tabouret, que ces meubles semblaient faits pour elle.

Jea

– Tenez, lui dis-je; amusez-vous à feuilleter ce livre, qui ne peut manquer de vous plaire, car il contient de belles gravures.

Et j’ouvris devant elle le recueil des costumes de Vecellio; non pas, s’il vous plaît, la banale copie maigrement exécutée par des artistes modernes, mais bien un magnifique et vénérable exemplaire de l’édition princeps, laquelle est noble à l’égal des nobles dames qui figurent sur ses feuillets jaunis et embellis par le temps.

En feuilletant les gravures avec une naïve curiosité, Jea

– Nous parlions de promenade, mais c’est un voyage que vous me faites faire. Un grand voyage.

– Eh bien! mademoiselle, lui dis-je, il faut s’arranger commodément pour voyager. Vous êtes assise sur un coin de votre chaise que vous faites tenir sur un seul pied, et le Vecellio doit vous fatiguer les genoux… Asseyez-vous pour de bon, mettez votre chaise d’aplomb et posez votre livre sur la table.

Elle m’obéit en souriant et me dit:

– Regardez, monsieur, le beau costume (C’était celui d’une dogaresse). Que c’est noble et quelles magnifiques idées cela do

– Il ne faut pas exprimer de semblables pensées, mademoiselle, dit la maîtresse de pension, en levant de dessus son ouvrage un petit nez imparfait.

– C’est bien i

Le petit nez imparfait se rabattit aussitôt.

– Mademoiselle Préfère aime le luxe aussi, dit Jea

Retournés à Venise, nous faisions la co

La porte de la cité des livres s’ouvrit et un beau jeune homme parut, introduit par Thérèse. Cette vieille âme simple ne sait qu’ouvrir ou fermer la porte aux gens; elle n’entend rien aux finesses de l’antichambre et du salon. Il n’est dans ses mœurs ni d’a

Voilà donc le beau jeune homme tout amené et je ne puis vraiment pas l’aller enfermer tout de suite, comme un animal dangereux, dans la pièce voisine. J’attends qu’il s’explique; il le fait sans embarras, mais il me semble qu’il a remarqué la jeune fille qui, penchée sur la table, feuillette le Vecellio. Je le regarde; ou je me trompe fort, ou je l’ai déjà vu quelque part. Il se nomme Gélis. C’est là un nom que j’ai entendu je ne sais où. En fait, M. Gélis (puisque Gélis il y a) est fort bien tourné. Il me dit qu’il est en troisième a

M’ayant édifié sur ces points, il me remet une lettre de recommandation signée du nom du plus illustre de mes confrères.

À la bo

«Ah! ah! malheureux, tu es bien loin de soupço

Ayant ainsi gourmandé le vieux lion, je l’exhortai à se montrer clément; il ne se fit pas trop tirer l’oreille et devint bientôt si gai qu’il se retint pour ne pas éclater en joyeux rugissements.

À la manière dont je lisais la lettre de mon collègue, je pouvais passer pour ne pas savoir mes lettres. Ce fut long, et M. Gélis aurait pu s’e

– Monsieur, dis-je, en pliant la lettre, je suis heureux de pouvoir vous être utile. Vous vous occupez de recherches qui m’ont, pour ma part, bien vivement intéressé. J’ai fait ce que j’ai pu. Je sais comme vous – et mieux encore que vous – combien il reste à faire. Le manuscrit que vous me demandez est à votre disposition; vous pouvez l’emporter, mais il n’est pas des plus petits, et je crains…