Страница 26 из 38
J’ai trouvé Jea
Elle me dit en souriant:
– Je sais bien que c’est à vous que je dois tout cela.
Je lui parlai d’autre chose, mais je remarquai qu’elle ne m’écoutait pas aussi bien qu’elle aurait voulu.
– Je vois que quelque idée vous occupe, lui dis-je; parlez-moi de cela, ou nous ne dirons rien qui vaille, ce qui ne serait digne ni de vous ni de moi.
Elle me répondit:
– Oh! je vous écoutais bien, monsieur; mais il est vrai que je pensais à quelque chose. Vous me pardo
Et elle me regarda d’un air à la fois souriant et effaré qui me fit rire.
– Cela vous éto
– Beaucoup, me répondit-elle.
– Pourquoi, s’il vous plaît?
– Parce que je ne vois pas du tout de raisons pour que vous plaisiez à mademoiselle Préfère.
– Vous me croyez donc bien déplaisant, Jea
– Oh! non, mais vraiment je ne vois aucune raison pour que vous plaisiez à mademoiselle Préfère. Et pourtant vous lui plaisez beaucoup, beaucoup. Elle m’a fait appeler et m’a posé toutes sortes de questions sur vous.
– En vérité?
– Oui, elle voulait co
– Eh bien! lui dis-je, qu’en pensez-vous?
Elle garda longtemps les yeux fixés sur le drap usé de ses bottines et elle semblait absorbée par une méditation profonde. Enfin, relevant la tête:
– Je me défie, dit-elle. Il est bien naturel, n’est-ce pas, qu’on soit inquiète de ce qu’on ne comprend pas? Je sais bien que je suis une étourdie, mais j’espère que vous ne m’en voulez pas.
– Non, certes, Jea
J’avoue que sa surprise me gagnait et je remuais dans ma vieille tête cette pensée de la jeune fille: on est inquiet de ce qu’on ne comprend pas.
Mais Jea
– Elle m’a demandé… devinez!… Elle m’a demandé si vous aimiez la bo
– Et comment avez-vous reçu, Jea
– J’ai répondu: «Je ne sais pas, mademoiselle.» Et mademoiselle m’a dit: «Vous êtes une petite sotte. Les moindres détails de la vie d’un homme supérieur doivent être remarqués. Sachez, mademoiselle, que M. Sylvestre Bo
– Peste! m’écriai-je. Et qu’en pensez-vous, mademoiselle?
– Je pense que mademoiselle Préfère avait raison. Mais je ne tiens pas… (c’est mal, ce que je vais vous dire) je ne tiens pas du tout à ce que mademoiselle Préfère ait raison en quoi que ce soit.
– Eh bien! soyez satisfaite, Jea
– Si! si! elle avait bien raison. Mais je voulais aimer tous ceux qui vous aiment, tous sans exception, et je ne le peux plus, car il ne me sera jamais possible d’aimer mademoiselle Préfère.
– Jea
Elle répliqua d’un ton sec:
– Il est très facile à mademoiselle Préfère d’être bo
C’est en do
– Mon enfant, l’autorité des maîtres est sacrée. Votre maîtresse de pension représente auprès de vous la mère que vous avez perdue.
À peine avais-je dit cette sole
– Oh! monsieur! s’écria-t-elle, comment pouvez-vous dire une chose pareille, vous?
Oui, comment, avais-je pu dire cette chose?
Elle répétait:
– Maman! ma chère maman! ma pauvre maman!
Le hasard m’empêcha d’être sot jusqu’au bout. Je ne sais comment il se fit que j’eus l’air de pleurer. On ne pleure plus à mon âge. Il faut qu’une toux maligne m’ait tiré des larmes des yeux. Enfin, c’était à s’y tromper. Jea
– Mon enfant, dis-je enfin, je suis très vieux, et bien des secrets de la vie, que vous découvrirez peu à peu, me sont révélés. Croyez-moi: l’avenir est fait du passé. Tout ce que vous ferez pour bien vivre ici, sans haine et sans amertume, vous servira à vivre un jour en paix et en joie dans votre maison. Soyez douce et sachez souffrir. Quand on souffre bien on souffre moins. S’il vous arrive un jour d’avoir un vrai sujet de plainte, je serai là pour vous entendre. Si vous êtes offensée, madame de Gabry et moi, nous le serons avec vous.
– Votre santé est-elle tout à fait bo
C’était mademoiselle Préfère, venue en tapinois, qui me faisait cette question accompagnée d’un sourire. Ma première pensée fut de la vouer à tous les diables, la seconde de constater que sa bouche était faite pour sourire comme une casserole pour jouer du violon, la troisième fut de lui rendre sa politesse et de lui dire que j’espérais qu’elle se portait bien.
Elle envoya la jeune fille se promener dans le jardin; puis une main sur sa pèlerine et l’autre étendue vers le tableau d’ho
– Je vois avec un sensible plaisir, lui dis-je, que vous êtes satisfaite de la conduite de cette enfant. Rien ne peut m’être plus agréable, et je suis porté à attribuer cet heureux résultat à votre affectueuse vigilance. J’ai pris la liberté de vous faire envoyer quelques livres qui peuvent intéresser et instruire des jeunes filles. Vous jugerez, après y avoir jeté les yeux, si vous devez les communiquer à mademoiselle Alexandre et à ses compagnes.
La reco
– Il fait bien beau aujourd’hui, dis-je.
– Oui, me répondit-elle, et, si cela continue, ces chères enfants auront un beau temps pour prendre leurs ébats.
– Vous voulez sans doute parler des vacances. Mais mademoiselle Alexandre, qui n’a plus de parents, ne sortira pas d’ici. Que fera-t-elle, mon Dieu, dans cette grande maison vide?
– Nous lui do
Elle hésita, puis en rougissant:
– … et chez vous, si vous le permettez.
– Comment donc! m’écriai-je. Mais voilà une excellente idée.
Nous nous quittâmes fort amis l’un de l’autre. Moi d’elle parce que j’avais obtenu ce que je souhaitais; elle de moi, sans motif appréciable, ce qui, selon Platon, la met au plus haut degré de la hiérarchie des âmes.
Pourtant, c’est avec de mauvais pressentiments que j’introduis cette perso
Hélas! à mon âge on sait trop combien la vie est peu i
16 août.
Je les attendais. Vraiment, je les attendais avec impatience. Pour amener Thérèse à les bien accueillir, j’ai employé tout mon art d’insinuer et de plaire, mais c’est peu. Elles vinrent. Jea
J’épiai Thérèse; j’observai si ses rigueurs de vieille gardie