Страница 25 из 38
– Mademoiselle Préfère, me dit-il, a des principes; et c’est chose rare, monsieur, par le temps qui court. Tout est bien changé actuellement, et cette époque ne vaut pas les précédentes.
– Témoin mon escalier, monsieur, répondis-je; il se laissait monter, il y a vingt-cinq ans, le plus aisément du monde, et maintenant il m’essouffle et me rompt les jambes dès les premières marches. Il s’est gâté. Il y a aussi les journaux, et les livres que jadis je dévorais sans peine au clair de la lune et qui aujourd’hui, par le plus beau soleil, se moquent de ma curiosité et ne me montrent que du blanc et du noir, quand je n’ai point de lunettes. La goutte me travaille les membres. C’est là encore une des malices du temps.
– Non seulement cela, monsieur, me répondit gravement maître Mouche; mais ce qu’il y a de réellement mauvais dans notre époque, c’est que perso
– Mon Dieu! monsieur, répondis-je, croyez-vous que cette soif de bien-être soit un signe des temps? Les hommes n’ont eu à aucune époque l’appétit du malaise. Ils ont toujours cherché à améliorer leur état. Ce constant effort a produit de constantes révolutions. Il continue, voilà tout!
– Ah! monsieur, me répondit maître Mouche, on voit bien que vous vivez dans vos livres, loin des affaires! Vous ne voyez pas, comme moi, les conflits d’intérêts, les luttes d’argent. C’est du grand au petit la même effervescence. On se livre à une spéculation effrénée. Ce que je vois m’épouvante.
Je me demandais si maître Mouche n’était venu chez moi que pour m’exprimer sa misanthropie vertueuse; mais j’entendis des paroles plus consolantes sortir de ses lèvres. Maître Mouche me présentait Virginie Préfère comme une perso
– Je suis à même, par ma profession, de co
– Ne la trahissez pas, monsieur, répondis-je, ne la trahissez pas. À vous dire vrai, j’ignorais que mademoiselle Préfère me co
– Hélas! me répondit maître Mouche, il faut bien la préparer à la vie. On n’est pas sur la terre pour s’amuser et pour faire ses quatre cents volontés.
– On est sur la terre, répondis-je vivement, pour se plaire dans le beau et dans le bien et pour faire ses quatre cents volontés quand elles sont nobles, spirituelles et généreuses. Une éducation qui n’exerce pas les volontés est une éducation qui déprave les âmes. Il faut que l’instituteur enseigne à vouloir.
Je crus voir que maître Mouche m’estimait un pauvre homme. Il reprit avec beaucoup de calme et d’assurance:
– Songez, monsieur, que l’éducation des pauvres doit être faite avec beaucoup de circonspection et en vue de l’état de dépendance qu’ils doivent avoir dans la société. Vous ne savez peut-être pas que Noël Alexandre est mort insolvable, et que sa fille est élevée presque par charité.
– Oh! monsieur! m’écriai-je, ne le disons pas. Le dire, c’est se payer, et ce ne serait plus vrai.
– Le passif de la succession, poursuivit le notaire, excédait l’actif. Mais j’ai pris des arrangements avec les créanciers, dans l’intérêt de la mineure.
Il m’offrit de me do
– On n’apprend pas en s’amusant.
– On n’apprend qu’en s’amusant, répondis-je. L’art d’enseigner n’est que l’art d’éveiller la curiosité des jeunes âmes pour la satisfaire ensuite, et la curiosité n’est vive et saine que dans les esprits heureux. Les co
– Je m’incline, répondit maître Mouche en joignant ses deux gants de laine noire.
Et il se leva.
– Vous entendez bien, lui dis-je en le reconduisant, que je ne prétends pas imposer à mademoiselle Préfère mon système d’éducation, qui est tout intime et parfaitement incompatible avec l’organisation des pensio
C’est avec un sourire pâle et mystérieux que maître Mouche m’assura que mes observations seraient prises en bo
Là-dessus il me fit un petit salut et sortit, me laissant dans un certain état de trouble et de malaise. J’ai pratiqué dans ma vie des perso
6 juillet.
Maître Mouche m’ayant fort retardé par sa visite, je renonçai à aller voir Jea
Une vieille marquise philosophe, amie d’Helvétius en son bel âge, et que je vis fort âgée chez mon père, reçut à sa dernière maladie la visite de son curé, qui voulut la préparer à mourir.
– Cela est-il si nécessaire? lui répondit-elle. Je vois tout le monde y réussir parfaitement du premier coup.
Mon père l’alla voir peu de temps après et la trouva fort mal.
– Bonsoir, mon ami, lui dit-elle, en lui serrant la main, je vais voir si Dieu gagne à être co
Voilà comment mouraient les belles amies des philosophes. Cette manière de finir n’est point, certes, d’une vulgaire impertinence, et des légèretés comme celles-là ne se trouvent pas dans la tête des sots. Mais elles me choquent. Ni mes craintes ni mes espérances ne s’arrangent d’un tel départ. Je voudrais au mien un peu de recueillement, et c’est pour cela qu’il faudra bien que je songe, d’ici à quelques a