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– J’ai rencontré, dis-je, mademoiselle Alexandre chez madame de Gabry et j’ai pu apprécier l’excellent caractère et la vive intelligence de cette jeune fille. Ayant autrefois co

Pour toute réponse, mademoiselle Préfère soupira profondément, pressa sur son cœur sa mystérieuse pèlerine et contempla de nouveau la petite spirale de papier.

Enfin elle me dit:

– Monsieur, puisque vous avez co

Je songeai, en entendant ces paroles, que c’est un grand tort que d’être malheureux et que ce tort est impardo

Après avoir déclaré en toute franchise que j’étais tout à fait étranger aux affaires de finance, je demandai à la maîtresse de pension si elle était contente de mademoiselle Alexandre.

– Cette enfant est indomptable, s’écria mademoiselle Préfère.

Et elle prit une attitude de haute école pour exprimer symboliquement la situation que lui créait une élève si difficile à dresser. Puis, revenue à des sentiments plus calmes:

– Cette jeune perso

Quelle étrange demoiselle que la demoiselle Préfère! Elle marchait sans lever les jambes et parlait sans remuer les lèvres. Sans m’arrêter plus que de raison à ces particularités, je lui répondis que les principes étaient sans doute quelque chose d’excellent et que je m’en rapportais sur ce point à ses lumières, mais qu’enfin, quand on savait une chose, il était indifférent qu’on l’eût apprise d’une façon ou d’une autre.

Mademoiselle Préfère fit lentement un signe de dénégation. Puis en soupirant:

– Ah! monsieur, dit-elle, les perso

Je n’insistai pas et lui demandai si je pourrais voir sans tarder mademoiselle Alexandre.

Elle contempla sa pèlerine, comme pour lire dans l’emmêlement des franges, ainsi qu’en un grimoire, la réponse qu’elle devait rendre, et dit enfin:

– Mademoiselle Alexandre a une répétition à do

Elle s’assit devant la table, ouvrit un gros cahier et, tirant de dessous sa pèlerine la lettre de maître Mouche qu’elle y avait glissée:

– Bo

Ayant inscrit mon nom d’une main déliée, elle me demanda si elle ne pourrait pas le faire suivre d’une qualité quelconque, telle qu’ancien négociant, employé, rentier, ou toute autre. Il y avait dans son registre une colo

– Mon Dieu! madame, lui dis-je, si vous tenez absolument à remplir votre colo

C’était bien la pèlerine de mademoiselle Préfère que je voyais devant moi; mais ce n’était plus mademoiselle Préfère qui en était revêtue; c’était une nouvelle perso

− Vous disiez donc, monsieur, que cette chère Jea

Elle appela la servante, qui se montra plus empressée et plus effarée que devant et qui disparut sur l’ordre d’avertir mademoiselle Alexandre que M. Sylvestre Bo

Mademoiselle Préfère n’eut que le temps de me confier qu’elle avait un profond respect pour les décisions de l’Institut quelles qu’elles fussent, et Jea

– Comme vous êtes faite, ma chère enfant! murmura mademoiselle Préfère, avec un douceur maternelle, en lui arrangeant son col.

Jea

– Petite folle! soupira mademoiselle Préfère, qui cette fois semblait, non plus une mère, mais une sœur aînée.

Puis, elle s’échappa en glissant comme une ombre sur le miroir du plancher.

Je dis à Jea

– Asseyez-vous, Jea

Elle hésita, puis me répondit avec un sourire résigné:

– Pas beaucoup.

Elle tenait dans ses mains les deux bouts de sa corde et se taisait.

Je lui demandai si, grande comme elle était, elle sautait encore à la corde.

– Oh! non, monsieur, me répondit-elle vivement. Quand la bo

– Juste ciel! pourquoi serais-je offensé de votre cordelière? Les Clarisses portaient une corde à la ceinture, et c’étaient de saintes filles.

– Vous êtes bien bon, monsieur, me dit-elle, d’être venu me voir et de me parler comme vous me parlez. Je n’ai pas pensé à vous remercier quand je suis entrée, parce que j’étais trop surprise. Avez-vous vu madame de Gabry? Parlez-moi d’elle, voulez-vous, monsieur?

– Madame de Gabry, répondis-je, va bien. Elle est dans sa belle terre de Lusance. Je vous dirai d’elle, Jea

– Je suis bien heureuse, me dit Jea

Et elle se mit à pleurer.

C’est avec respect que je laissai couler les larmes d’une jeune fille. Puis, tandis qu’elle s’essuyait les yeux, je la priai de me dire quelle était sa vie dans cette maison.

Elle m’apprit qu’elle était à la fois élève et maîtresse.

– On vous commande et vous commandez. Cet état de choses est fréquent dans le monde. Endurez-le, mon enfant.

Mais elle me fit comprendre qu’elle n’était pas enseignée et qu’elle n’enseignait pas, qu’elle était chargée d’habiller les enfants de la petite classe, de les laver, de leur apprendre la bienséance, l’alphabet, l’usage de l’aiguille, de les faire jouer et de les coucher, la prière dite.

– Ah! m’écriai-je, c’est cela que mademoiselle Préfère nomme l’enseignement mutuel. Je ne puis vous le cacher, Jea

– Oh! me répondit Jea

– Et M. Mouche? Jea

Elle me répondit vivement:

– Monsieur, je vous supplie de ne pas me parler de M. Mouche. Je vous en supplie.

Je cédai à cette prière ardente et presque farouche et changeai de propos.