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– Oh! ne m’interrogez pas, je vous prie, ce serait trop pénible à dire, mais soyez sûr que j’agis en… ho
Et il s’enfuit.
Toute la famille délibéra, discuta, supposa mille choses. On conclut qu’un grand mystère était caché dans la vie du baron, qu’il avait peut-être des enfants naturels, une vieille liaison. Enfin l’affaire paraissait grave; et pour ne point entrer en des complications difficiles, on prévint habilement Mme Vilers, qui s’en retourna veuve comme elle était venue.
Trois mois encore se passèrent. Un soir, comme il avait fortement dîné et qu’il titubait un peu, M. de Coutelier, en fumant sa pipe le soir avec M. de Courville, lui dit: «Si vous saviez comme je pense souvent à votre amie, vous auriez pitié de moi.»
L’autre, que la conduite du baron en cette circonstance avait un peu froissé, lui dit sa pensée vivement:
«Sacrebleu, mon cher, quand on a des secrets dans son existence, on ne s’avance pas d’abord comme vous l’avez fait; car, enfin, vous pouviez prévoir le motif de votre reculade, assurément.»
Le baron, confus, cessa de fumer.
«Oui et non. Enfin, je n’aurais pas cru ce qui est arrivé.»
M. de Courville, impatienté, reprit: «On doit tout prévoir.»
Mais M. de Coutelier, en sondant de l’œil les ténèbres pour être sûr qu’on ne les écoutait pas, reprit à voix basse:
«Je vois bien que je vous ai blessé et je vais tout vous dire pour me faire excuser. Depuis vingt ans, mon ami, je ne vis que pour la chasse. Je n’aime que ça, vous le savez, je ne m’occupe que de ça. Aussi, au moment de contracter des devoirs envers cette dame, un scrupule de conscience m’est venu. Depuis le temps que j’ai perdu l’habitude de… de… de l’amour, enfin je ne savais plus si je serais encore capable de… de… vous savez bien… Songez donc? voici maintenant seize ans exactement que… que… que… pour la dernière fois, vous comprenez. Dans ce pays-ci, ce n’est pas facile de… de… vous y êtes. Et puis j’avais autre chose à faire. J’aime mieux tirer un coup de fusil. Bref, au moment de m’engager devant le maire et le prêtre à… à… ce que vous savez, j’ai eu peur. Je me suis dit: Bigre, mais si… si… j’allais rater. Un ho
«Au bout de huit jours, rien, mais rien. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé. J’ai pris ce qu’il y avait de mieux dans tous les genres. Je vous assure qu’elles ont fait ce qu’elles ont pu… Oui… certainement, elles n’ont rien négligé… Mais que voulez-vous? elles se retiraient toujours… bredouilles… bredouilles… bredouilles.
«J’ai attendu alors quinze jours, trois semaines, espérant toujours. J’ai mangé dans les restaurants un tas de choses poivrées, qui m’ont perdu l’estomac et… et… rien… toujours rien.
«Vous comprenez que, dans ces circonstances, devant cette constatation, je ne pouvais que… que… que me retirer. Ce que j’ai fait.»
M. de Courville se tordait pour ne pas rire. Il serra gravement les mains du baron en lui disant: «Je vous plains», et le reconduisit jusqu’à mi-chemin de sa demeure. Puis, lorsqu’il se trouva seul avec sa femme, il lui dit tout, en suffoquant de gaieté. Mais Mme de Courville ne riait point; elle écoutait, très attentive, et lorsque son mari eut achevé, elle répondit avec un grand sérieux: «Le baron est un niais, mon cher; il avait peur, voilà tout. Je vais écrire à Berthe de revenir, et bien vite.»
Et comme M. de Courville objectait le long et inutile essai de leur ami, elle reprit: «Bah! quand on aime sa femme, entendez-vous, cette chose-là… revient toujours.»
Et M. de Courville ne répliqua rien, un peu confus lui-même.
14 septembre 1882