Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 6 из 34

LA ROUILLE

Il n’avait eu, toute sa vie, qu’une inapaisable passion, la chasse. Il chassait tous les jours, du matin au soir, avec un emportement furieux. Il chassait hiver comme été, au printemps comme à l’automne, au marais, quand les règlements interdisaient la plaine et les bois; il chassait au tiré, à courre, au chien d’arrêt, au chien courant, à l’affût, au miroir, au furet. Il ne parlait que de chasse, rêvait chasse, répétait sans cesse: «Doit-on être malheureux quand on n’aime pas la chasse!»

Il avait maintenant cinquante ans so

On ne le désignait dans la contrée que par son petit nom: M. Hector. Il s’appelait le baron Hector Gontran de Coutelier.

Il habitait, au milieu des bois, un petit manoir, dont il avait hérité; et bien qu’il co

Dans cette maison il était choyé, aimé, dorloté, et il disait: «Si je n’étais pas chasseur, je voudrais ne point vous quitter.» M. de Courville était son ami et son camarade depuis l’enfance. Gentilhomme agriculteur, il vivait tranquille avec sa femme, sa fille et son gendre, M. de Darnetot, qui ne faisait rien, sous prétexte d’études historiques.

Le baron de Coutelier allait souvent dîner chez ses amis, surtout pour leur raconter ses coups de fusil. Il avait de longues histoires de chiens et de furets dont il parlait comme des perso

Courville, Darnetot et les deux femmes riaient follement de ces récits pittoresques où le baron mettait toute son âme. Il s’animait, remuait les bras, gesticulait de tout le corps; et quand il disait la mort du gibier, il riait d’un rire formidable, et demandait toujours comme conclusion: «Est-elle bo

Dès qu’on parlait d’autre chose, il n’écoutait plus et s’essayait tout seul à fredo

Il n’avait jamais vécu que pour la chasse et vieillissait sans s’en douter ni s’en apercevoir. Brusquement, il eut une attaque de rhumatisme et resta deux mois au lit. Il faillit mourir de chagrin et d’e

Les dames de Courville venaient parfois le voir; et c’était pour lui des heures de calme et de bien-être. Elles préparaient sa tisane, avaient soin du feu, lui servaient gentiment son déjeuner, sur le bord du lit; et quand elles partaient il murmurait: «Sacrebleu! vous devriez bien venir loger ici.» Et elles riaient de tout leur cœur.

Comme il allait mieux et recommençait à chasser au marais, il vint un soir dîner chez ses amis; mais il n’avait plus son entrain ni sa gaieté. Une pensée incessante le torturait, la crainte d’être ressaisi par les douleurs avant l’ouverture. Au moment de prendre congé, alors que les femmes l’enveloppaient en un châle, lui nouait un foulard au cou, et qu’il se laissait faire pour la première fois de sa vie, il murmura d’un ton désolé: «Si ça recommence, je suis un homme foutu.»

Lorsqu’il fut parti, Mme de Darnetot dit à sa mère: «Il faudrait marier le baron.»

Tout le monde leva les bras. Comment n’y avait-on pas encore songé? On chercha toute la soirée parmi les veuves qu’on co

On l’invita à passer un mois au château. Elle s’e

L’attention qu’elle lui do

Le baron semblait ému comme s’il allait tirer son premier coup de fusil. Il lui expliqua minutieusement la direction du vent, les différents arrêts des chiens, la façon de tirer les gibiers; puis il la poussa dans un champ, en la suivant pas à pas, avec la sollicitude d’une nourrice qui regarde son nourrisson marcher pour la première fois.

Médor rencontra, rampa, s’arrêta, leva la patte. Le baron, derrière son élève, tremblait comme une feuille. Il balbutiait: «Attention, attention, des per… des per… des perdrix.»

Il n’avait pas fini qu’un grand bruit s’envola de terre, – brr, brr, brr – et un régiment de gros oiseaux monta dans l’air en battant des ailes.

Mme Vilers, éperdue, ferma les yeux, lâcha les deux coups, recula d’un pas sous la secousse du fusil; puis, quand elle reprit son sang-froid, elle aperçut le baron qui dansait comme un fou, et Médor rapportant deux perdrix dans sa gueule.

À dater de ce jour, M. de Coutelier fut amoureux d’elle.

Il disait en levant les yeux: «Quelle femme!» et il venait tous les soirs maintenant pour causer chasse. Un jour, M. de Courville, qui le reconduisait et l’écoutait s’extasier sur sa nouvelle amie, lui demanda brusquement: «Pourquoi ne l’épousez-vous pas?» Le baron resta saisi: «Moi? moi? l’épouser!… mais… au fait…» Et il se tut. Puis serrant précipitamment la main de son compagnon, il murmura: «Au revoir, mon ami», et disparut à grands pas dans la nuit.

Il fut trois jours sans revenir. Quand il reparut, il était pâli par ses réflexions, et plus grave que de coutume. Ayant pris à part M. de Courville: «Vous avez eu là une fameuse idée. Tâchez de la préparer à m’accepter. Sacrebleu! une femme comme ça, on la dirait faite pour moi. Nous chasserons ensemble toute l’a

M. de Courville, certain qu’il ne serait pas refusé, répondit: «Faites votre demande tout de suite, mon cher. Voulez-vous que je m’en charge?» Mais le baron se troubla soudain; et balbutiant: «Non… non… il faut d’abord que je fasse un petit voyage… un petit voyage… à Paris. Dès que je serai revenu, je vous répondrai définitivement.» On n’en put obtenir d’autres éclaircissements et il partit le lendemain.

Le voyage dura longtemps. Une semaine, deux semaines, trois semaines se passèrent. M. de Coutelier ne reparaissait pas. Les Courville, éto

Or, un soir, comme Mme Vilers chantait en s’accompagnant au piano, une bo

M. de Courville le regardait stupéfait. «Comment? manquée? Et pourquoi?