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L’arrivée d’Ulric causa un grand mouvement dans l’assemblée. Les hommes se levèrent et lui adressèrent le salut courtois des gens du monde. Quant aux femmes, elles tinrent effrontément pendant cinq minutes le comte de Rouvres presque embarrassé sous la batterie de leurs regards, curieux jusqu’à l’indiscrétion.

– Allons, mon cher trépassé, dit Tristan en faisant asseoir Ulric à la place qui lui avait été réservée auprès de Fa

Ulric prit un grand verre rempli jusqu’au bord et s’écria:

– Je bois…

– N’oubliez pas que les toasts politiques sont interdits, lui cria Tristan.

– Je bois à la Mort, dit Ulric en portant le verre à ses lèvres, après avoir salué sa voisine masquée.

– Et moi, répondit Fa

En entendant cette voix Ulric tressaillit sur sa chaise, et, prenant dans sa main la main que Fa

– Répétez, répétez, madame…

Fa

– Je bois à la jeunesse, je bois à l’amour!

– C’est impossible… Cette voix, d’où vient-elle? Ce n’est pas cette femme qui a parlé. De quelle tombe est sortie cette voix? Quelle est cette femme? murmura Ulric en interrogeant du regard Tristan, qui se borna à lui répondre: «Vous avais-je menti?»

Mais tout à coup, sur un geste de Tristan, Fa

– Me ferez-vous raison, monsieur le comte?

En voyant le visage de Fa

Fa

Une couro

– Rosette! ma Rosette!… c’est Rosette!… s’écria Ulric à demi fou.

– Pour tout le monde je m’appelle Fa

– Maintenant, monsieur, que désirez-vous de moi?

Mais celui-ci avait à peine écouté ce qu’elle avait dit; il n’avait entendu que le son de la voix sans prêter d’attention aux paroles; il regardait fixement Fa

– Rosette! Rosette!

– Eh bien! vint lui demander tout bas son ami Tristan, ce que vous avez vu ne vaut-il pas la peine du voyage que je vous ai fait faire?

– Mais, maintenant que je suis venu, je ne pourrai plus repartir, dit Ulric en montrant Fa

– Enfin, dit Tristan en tirant Ulric à l’écart, que voulez-vous faire?

Ulric parla longuement, en baissant la voix, à l’oreille de Tristan, et quand il eut achevé, Fa

– Je vous assure qu’elle acceptera.

– Que d’affaires pour une chose si simple! murmura la créature en elle-même; mais elle ne put dissimuler une certaine inquiétude en voyant que le comte de Rouvres se disposait à se retirer. En effet, Ulric ne pouvant pas contenir l’émotion qu’il avait éprouvée en se trouvant en face du fantôme vivant de sa maîtresse morte, avait rapidement salué tous les convives et venait de sortir, reconduit jusqu’au dehors par son ami Tristan.

– Eh bien! ma chère, dirent les autres femmes en voyant la mine dépitée de Fa

– Je sais bien pourquoi, répondit celle-ci. Je l’ai mis au pied du mur. Il est ruiné.

– Encore une fois, vous êtes dans l’erreur, ma belle, dit Tristan qui venait de rentrer dans le salon.

– Eh bien! alors, je ne vous fais pas compliment, mon cher, répliqua Fa

– Mon ami est un homme bien élevé et un homme de sens! il ne s’amuse pas à faire des demandes inutiles. Vous n’êtes pour lui qu’une curiosité, un objet d’art, un portrait, et rien de plus, ma chère, répondit insolemment Tristan. Il m’a chargé d’être son homme d’affaires, et voilà ce qu’il vous propose par mon entremise.

– Ah! voyons un peu.

– Je vous préviens d’avance qu’on ne vous a jamais fait de proposition semblable.

– Mais parlez donc, dirent les femmes, nous sommes sur le gril de l’impatience.

– Nous y voici. Écoutez, dit Tristan en s’adressant particulièrement à Fa

– Le mien a six mois. Soit, dit Fa

– C’est presque séculaire, ajouta un des hommes.

– Le comte Ulric vous loue, dans une rue qu’il a choisie lui-même, une chambre de 160 francs. – Ne m’interrompez pas. – Dans cette chambre il fait disposer un charmant ménage d’occasion, qu’il tient caché en quelque endroit. Les meubles seront garnis de tous les objets de toilette qui vous seront nécessaires; mais je vous préviens que toute cette garde-robe est d’occasion comme les meubles, et la robe la plus chère ne vaut pas vingt francs.

– Après? dit Fa

– Après, continua Tristan, le comte Ulric vous trouvera, dans une maison à lui co

– Quelle occupation? demanda Fa

– Je n’en sais rien. Au reste, vous ne travaillerez qu’autant que cela pourra vous amuser; seulement vous aurez soin de vous faire sur le bout des doigts des piqûres d’aiguille. Vous irez dans cette maison depuis le matin jusqu’au soir. Mon ami, M. le comte de Rouvres, ira vous chercher pour vous reconduire au sortir de votre besogne et vous ramènera à votre chambre, où vous passerez la soirée avec lui. À dix heures vous serez libre de votre perso

– Est-ce tout? demanda Fa

– Ce n’est pas tout, reprit celui-ci. Pendant deux mois de l’hiver vous irez travailler, – ou du moins dans la maison où vous serez censée travailler, – vêtue seulement d’une vieille petite robe d’indie

– Mais j’aurai froid.

– Certainement, d’autant plus que pendant ces deux mois d’hiver vous ne ferez pas de feu dans votre chambre.

– Ah! dit Fa

– Il y a pensé, dit tranquillement Tristan.

– Et après? reprit Fa