Страница 9 из 33
Alors une voix qui sortait de lui-même lui répondait:
– Tu hésites, parce que tu sais bien qu’aussitôt après avoir révélé qui tu es réellement à ta maîtresse, ton amour sera empoiso
En écoutant cette voix qui l’expliquait si bien lui-même, Ulric ne pouvait s’empêcher de répondre:
– C’est vrai! Alors il concluait de cette façon laconiquement égoïste:
– L’amour de Rosette est la seule chose qui me rattache à la vie; je l’aime, et je crois à son amour, parce que je ne suis pour elle qu’un ouvrier, que son dévouement me paraît sincère. Mais si je lui révèle mon nom, mon amour sera frappé de mort, parce que je ne croirai plus à celui de Rosette. Et je ne veux pas que mon amour meure; car c’est mon amour que j’aime.
Telles étaient les réflexions d’Ulric en revenant de chez son notaire. Comme il passait sur un pont, une neige épaisse commença à tomber, dispersée par un vent glacé. Une pauvre femme qui mendiait lui tendit la main en disant:
– Mon bon monsieur, la charité; j’ai ma fille malade, elle a froid, et j’ai faim.
– Pauvre Rosette! murmura Ulric, elle aussi elle a froid… Et il mit dans la main de la mendiante le rouleau qui contenait les vingt-cinq louis. Deux jours après les craintes d’Ulric se trouvaient réalisées. Rosette tomba sérieusement malade. Aux premières atteintes du mal, Ulric la fit conduire dans un hôpital.
Quand il revint à la maison et qu’il se trouva seul dans la chambre déserte, Ulric tomba dans une prostration dans laquelle son être tout entier demeura anéanti.
Ce fut son cœur qui sortit le premier de cet anéantissement.
Au milieu de cette chambre qui avait pendant si longtemps été un paradis, il entendit s’éveiller le chœur des souvenirs qui chantaient la joie des jours passés. Comme un tableau fantasmagorique, il vit bientôt se dérouler devant lui tous les épisodes du poème de son amour. Il vit Rosette, pétulante et gaie, tournant, chantant dans la chambre, do
Chaque meuble, chaque objet, lui venait rappeler la grande fête domestique dont son acquisition avait été la cause. Toutes ces choses muettes semblaient prendre une voix pour parler et lui dire avec un doux accent de reproche:
– Où donc est-elle – celle-là qui avait un si grand soin de nous? Et qu’as-tu fait de ta jeune amie?
– Ne reviendra-t-elle plus? disait la petite glace entourée d’un humble cadre de bois de sapin verni, ne reviendra-t-elle plus celle-là qui, coquette pour toi seul, venait me demander des conseils? J’étais l’i
– Où donc est-elle, demandait la commode, où donc est-elle l’enfant soigneuse et économe, qui jadis était si heureuse en rangeant les frêles trésors de sa coquetterie? Il fut un temps où mes tiroirs étaient pleins, et sa joie était grande à cette époque de prospérité et d’abondance où elle avait peine à me faire contenir toutes ces petites choses qui la rendaient si heureuse. Mais tour à tour sont partis et le beau châle d’hiver, et la chaude robe de laine, et l’écharpe aux couleurs vives qui semblait un arc-en-ciel flottant, et les petits peignoirs d’été qu’elle mettait le dimanche pour aller cueillir les roses dans les plaines fleuries de Fontenay. Puis un jour mes tiroirs se sont trouvés vides, et ne contenaient plus que les papiers gris du mont-de-piété, contre lesquels toutes ces pauvres richesses avaient été échangées. Hélas! Où donc est-elle, et ne reviendra-t-elle plus, la fille sage et économe qui avait si soin de nous?
Et comme Ulric, pour fuir ces voix qui l’emplissaient de tristesse, s’était réfugié sur la terrasse, il aperçut, au milieu du petit jardin planté par son amie, un oranger en caisse dont il lui avait fait cadeau le jour de sa fête, et il entendit le frêle arbuste qui disait: «Où donc est-elle, celle à qui tu m’as do
Sous l’impression des sentiments qu’il éprouvait en ce moment, Ulric s’épouvanta lui-même en voyant dégagé de tout raiso
– Je suis fou, s’écria-t-il; ma conduite avec cette pauvre fille est plus que stupide, elle est odieuse… Je vais la perdre, et avec elle tout le bonheur, toute la jeunesse qu’elle avait su me rendre par cet amour dévoué qui ne s’est pas démenti jusqu’au dernier moment. Oh! non! non! ma pauvre Rosette, tu ne mourras pas!
Ulric courut tout d’une haleine chez son notaire, et le rencontra au moment même où celui-ci se disposait à aller en soirée.
– Monsieur, lui dit Ulric, les raisons pour lesquelles j’avais quitté le monde n’existent plus; je quitte mon incognito et je rentre dans la société; je reprends possession de ma fortune; je vous prie donc, dans le plus court délai qui vous sera possible, de réunir les fonds que j’ai déposés chez vous. En attendant, et pour l’heure présente, de quelle somme pouvez-vous disposer?
– Monsieur le comte, répondit le notaire, je puis sur-le-champ vous remettre vingt-cinq mille francs.
– C’est bien, dit Ulric: je vais vous en signer la quittance. Mais ce n’est pas tout, j’ai un autre service à vous demander.
– Je suis entièrement à vos ordres.
– Il faut, dit Ulric, que d’ici à deux jours vous m’ayez procuré un appartement habitable pour deux perso
– Je prends l’engagement de ne point dépasser ce délai d’une heure, répondit le notaire; dans deux jours, j’aurai l’ho
Le lendemain matin Ulric courut à l’hôpital pour voir sa maîtresse, et lui avouer qui il était. Elle était hors d’état de le comprendre; la fièvre cérébrale s’était déclarée pendant la nuit, et elle avait le délire.
Ulric voulait l’emmener, mais les médecins s’opposèrent au transport; néanmoins ils do
Au jour fixé, l’appartement du comte Ulric de Rouvres était préparé. Ulric y do
Elle venait de mourir depuis une heure. Ulric revint à son nouveau logement, où il trouva son ancien ami Tristan, qu’il avait fait appeler, et qui l’attendait avec les trois médecins.
– Vous pouvez vous retirer, messieurs, dit Ulric à ceux-ci. La perso
Tristan, resté seul avec le comte Ulric, n’essaya pas de calmer sa douleur, mais il s’y associa fraternellement. Ce fut lui qui dirigea les splendides obsèques qu’on fit à Rosette, au grand éto
Ce fut peu de jours après qu’Ulric, décidé à mourir, partait pour l’Angleterre.
Tels étaient les antécédents de ce perso