Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 27 из 32

La nuit venue, de toutes parts s’allumaient des feux, des torches, des lanternes, et ce n’étaient plus qu’ombres rouges et formes noires. Debout au milieu d’un cercle d’auditeurs accroupis, un vieillard, le visage éclairé par un lampion fumeux, contait comme jadis Bitiou enchanta son cœur, se l’arracha de la poitrine, le mit dans un acacia et puis se changea lui-même en arbre. Il faisait de grands gestes, que son ombre répétait avec des déformations risibles, et l’auditoire émerveillé poussait des cris d’admiration. Dans les cabarets, les buveurs, couchés sur des divans, demandaient de la bière et du vin. Des danseuses, les yeux peints et le ventre nu, représentaient devant eux des scènes religieuses et lascives. À l’écart, des jeunes hommes jouaient aux dés ou à la mourre et des vieillards suivaient dans l’ombre les prostituées. Seule, au-dessus de ces formes agitées, s’élevait l’immuable colo

Les jours s’écoulaient et le saint demeurait sur son pilier. Quand vint la saison des pluies, l’eau du ciel, passant à travers les fentes de la toiture, inonda son corps; ses membres engourdis devinrent incapables de mouvement. Brûlée par le soleil, rougie par la rosée, sa peau se fendait; de larges ulcères dévoraient ses bras et ses jambes. Mais le désir de Thaïs le consumait intérieurement et il criait:

– Ce n’est pas assez, Dieu puissant! Encore des tentations! Encore des pensées immondes! Encore de monstrueux désirs! Seigneur, fais passer en moi toute la luxure des hommes, afin que je l’expie toute! S’il est faux que la chie

Mais voici qu’une grande rumeur s’éleva un jour dans la ville sainte et monta jusqu’aux oreilles de l’ascète: un très grand perso

La nouvelle était vraie. Le vieux Cotta, parti pour inspecter les canaux et la navigation du Nil, avait témoigné à plusieurs reprises le désir de voir le stylite et la nouvelle ville, à laquelle on do

Une suite nombreuse marchait derrière lui et la berge se remplissait de laticlaves et de costumes militaires. À quelques pas de la colo

– Voilà qui est étrange! disait-il tout suant et soufflant. Et, circonstance digne d’être rapportée, cet homme est mon hôte. Oui, ce moine vint souper chez moi l’an passé; après quoi il enleva une comédie

Et se tournant vers son secrétaire:

– Note cela, enfant, sur mes tablettes; ainsi que les dimensions de la colo

Puis, s’épongeant le front de nouveau:

– Des perso

– Cela est possible à un fou et à un malade, répondit Aristée, et ce serait impossible à un homme sain de corps et d’esprit. Ne sais-tu pas, Lucius, que parfois les maladies de l’âme et du corps communiquent à ceux qui en sont affligés des pouvoirs que ne possèdent pas les hommes bien portants. Et, à vrai dire, il n’y a réellement ni bo

– Par Jupiter! s’écria Cotta, voilà une grande aberration! Car l’homme est né pour agir et l’inertie est un crime impardo

Il souffla, toussa, posa la main sur l’épaule de son secrétaire:

– Enfant, note que dans certaines sectes chrétie

Puis, levant la tête et portant sa main sur ses yeux pour n’être point aveuglé par le soleil, il enfla sa voix:

– Holà! Paphnuce. S’il te souvient que tu fus mon hôte, réponds-moi. Que fais-tu là-haut? Pourquoi y es-tu monté et pourquoi y demeures-tu? Cette colo

Paphnuce, considérant que Cotta était idolâtre, ne daigna pas lui faire de réponse. Mais Flavien, son disciple, s’approcha et dit:

– Illustrissime Seigneur, ce saint homme prend les péchés du monde et guérit les maladies.

– Par Jupiter! tu l’entends, Aristée, s’écria Cotta. Le néphélococcygien exerce, comme toi, la médecine! Que dis-tu d’un confrère si élevé?

Aristée secoua la tête:

– Il est possible qu’il guérisse mieux que je ne fais moi-même certaines maladies, telles, par exemple, que l’épilepsie, nommée vulgairement mal divin, bien que toutes les maladies soient également divines, car elles vie

– Lesquelles? demanda Cotta.

– L’ignorance et la folie, répondit Aristée.

– J’ai rarement vu quelque chose de plus curieux que ce que je vois en ce moment, reprit Cotta, et je souhaite qu’un jour un écrivain habile raconte la fondation de Stylopolis. Mais les spectacles les plus rares ne doivent pas retenir plus longtemps qu’il ne convient un homme grave et laborieux. Allons inspecter les canaux. Adieu, bon Paphnuce! ou plutôt, au revoir! Si jamais, redescendu sur la terre, tu retournes à Alexandrie, ne manque pas, je t’en prie, de venir souper chez moi.

Ces paroles, entendues par les assistants, passèrent de bouche en bouche et, publiées par les fidèles, ajoutèrent une incomparable splendeur à la gloire de Paphnuce. De pieuses imaginations les ornèrent et les transformèrent, et l’on contait que le saint, du haut de sa stèle, avait converti le préfet de la flotte à la foi des apôtres et des pères de Nicée. Les croyants do