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Crab regarde les femmes, leur beau visage avec émotion, avec insistance, avec méchanceté, en pensant qu'elles vont vieillir avec lui, ensemble, en même temps, seconde après seconde irrémédiablement, puisqu'elles sont ses contemporaines, et c'est ainsi qu'il les possède, il les enlève, il les entraîne avec lui dans la vieillesse, la décrépitude et la mort – c'est parti, c'est bon, faire durer.
Les femmes aux cheveux courts, elles vous le diront toutes, sont en train de les laisser repousser, tandis que les femmes aux cheveux longs s'apprêtent à les couper, elles vous le diront toutes, c'est pourquoi Crab qui préfère les femmes aux cheveux longs préfère les femmes aux cheveux courts.
Elles vivent tellement plus longtemps que les hommes que c'est à se demander si, mourant bien après eux, elles ne naissent pas aussi un peu avant. Crab en tout cas se le demande. Voilà bien le genre de questions qu'il se pose. Il aurait d'ailleurs une autre hypothèse, mais qu'il ose à peine formuler, peut-être la longévité supérieure des femmes tient-elle simplement au fait que tout homme, au moins une fois, s'est déclaré prêt à do
Crab ne veut pas être aimé pour son argent. Elle ne veut pas être aimée pour son physique. Pourtant, ils sont ensemble.
Le passé de sa femme, Crab y retourne pour y semer la ruine. Il y a du dégât à faire. Ce sont des jardins où devenir taupe, des villes où devenir rat, des chambres où devenir puce et punaise, des plages où s'affirmer crabe. Ce sont des nuits trop longues à écourter et des hivers trop doux à durcir et des trains trop rapides à aiguiller sur des voies de garage. Beaucoup de choses à revoir qu'il sera même préférable de supprimer. Beaucoup de routes à détourner aussi. Beaucoup de nuages à former – puis pleuvoir. Beaucoup de maisons à démolir. De toute façon, il y aura beaucoup de coups à porter – et les hommes que sa femme a co
La femme qui partage ses jours se réserve la matinée, Crab a donc tout l'après-midi pour lui.
Crab et sa vieille épouse n'ont plus rien à se dire. Après soixante a
Parfois encore, pourtant, l'un d'eux a une inspiration et trouve quelque chose à dire qu'ils n'avaient jamais dit, ni l'un ni l'autre, malgré leurs soixante a
Ce matin, par exemple, aux premiers rayons du soleil, déjà assise avec lui près de la fenêtre, elle lui a dit: – Voir des sapins toute la journée, c'est bien triste. Et maintenant que la lune monte au-dessus des grands arbres, Crab l'approuve en hochant la tête, oui, c'est bien triste. Justement, une infirmière entre dans la chambre pour fermer les volets.
Puis la même infirmière entre dans la chambre pour ouvrir les volets, et rouler les deux fauteuils près de la fenêtre.
Comprenant soudain que le monde fut créé pour les filles de vingt-deux ans et demi, conçu et organisé pour elles, autour d'elles, que toute entreprise en ce monde ne vise en dernier lieu qu'à satisfaire les filles de vingt-deux ans et demi, vise même à ne satisfaire qu'elles, que le vaste et complexe système de l'Univers n'a d'autre raison d'être que le plaisir et la gloire et le chant des filles de vingt-deux ans et demi, que toutes les forces mises en œuvre depuis le moindre effort tendent à accroître encore le pouvoir déjà excessif des filles de vingt-deux ans et demi, Crab récupère ses fonds, rompt tous ses contrats, se retire de l'affaire et remet sa démission.
– Tout ce que vous écrivez, c'est du vent, disent-ils à Crab, et ils ont l'air sincères.
(Le vent, rappelons-le, qui fait ondoyer le flanc des montagnes et rouler les vagues sur la mer, et danser les feux dans la nuit, le semeur de pollen, le chasseur de nuages, le grand agitateur, la moitié droite de l'automne, la troisième jambe de la jupe, l'hélice du papillon, l'âme de la musique.)
Crab ne peut laisser dire une chose pareille. Il co
(Sa vanité rarement satisfaite, et alors tout de suite écœurée.)
Ainsi se défend le policier qui a abattu Crab: – Le type a porté la main à sa poche. J'ai cru qu'il allait sortir un crayon.
Crab admet volontiers qu'il n'est pas d'une intelligence supérieure. Il est même le premier à le dire. On se récrie alors, en l'entendant parler ainsi, on proteste – puisque vous le reco
Au demeurant, Crab est convaincu que tout le monde dit du bien de lui dans son dos. C'est à qui sera le plus louangeur. On s'accorde à le trouver le plus charmant des hommes, le plus subtil, le plus aimable des compagnons. Sa prestance est unanimement vantée. On admire sa simplicité, sa grandeur d'âme, la délicatesse de ses sentiments. On le regrette dès qu'il quitte un endroit, à peine s'en est-il éloigné, les éloges fusent. D'ailleurs, s'il y revient par surprise, toutes les conversations cessent aussitôt – on veut épargner sa modestie.
Observable à l'opposé du soleil, Crab présente les couleurs du spectre et résulte de la dispersion de la lumière solaire par réfraction et réflexion dans les gouttelettes d'eau qui se forment lorsqu'un nuage se résout en pluie, d'où la rareté de ses apparitions et l'émerveillement qu'elles suscitent en particulier chez les enfants qui voudraient bien le toucher alors, comme si on pouvait toucher Crab, il faut mettre ce désir naïf sur le compte de l'ignorance du jeune âge. Crab en est ému cependant, et davantage qu'il ne peut le dire. C'est une belle revanche en tout cas sur ceux qui affirment qu'il n'existe pas vraiment, simple illusion d'optique ou fantôme extravagant, qu'il est au mieux une variété éphémère de brume, buée de couleurs, vapeur inutilisable, une belle revanche aussi sur les autres, plus nombreux encore, qui prétendent qu'il ne sait pas s'habiller.
(Crab, quand il rencontre son image dans un miroir, a envie d'entrer et d'acheter.)
Il ne faudrait pas non plus gober sottement tout ce qu'on lit, rendons-lui enfin justice sur un point où la calomnie va bon train: Crab est un amant très recherché. Abando
Il était en effet urgent de restaurer l'image de Crab – fallait-il pour autant révéler cette i
Rien de plus déconcertant que les empreintes laissées par Crab sur le sable ou la neige – lesquelles rappellent cependant son pas résolu et forment un sentier étroit parfaitement rectiligne, sans haltes ni détours, ni retours, la piste facile à suivre de celui qui sait où il va -, déconcertant car chacune de ces empreintes est unique, avec pour commencer la trace large d'un pied gauche nu, puis, légèrement en avant et décalée sur la droite, celle d'un sabot rond, fendu, suivie d'une troisième, tridactyle, puis de beaucoup d'autres, parfois sur plusieurs kilomètres, aussi nettes, plus ou moins profondes, mais toutes différentes, digitées ou non, ovales, griffues, fourchues, palmées, sinueuses, avec celle d'un pied droit nu pour finir, et qui mènent droit à Crab, en effet, que vous trouverez sans doute assis sur un rocher ou sur une souche, perché peut-être dans un arbre, immobile, l'œil fixé sur l'horizon, comme s'il était possible de pousser plus loin.
(Les excréments de Crab, Olympie les balaye ou les pellette, les grapille ou les éponge, ou les cherche en vain, certains presque imperceptibles n'incommodent vraiment que les mouches.)
Crab sent qu'il va se passer quelque chose, la sève impatiente des flèches fuse déjà dans les branches, ce jeune printemps plein de fourmis, il va certainement se passer quelque chose, cette chaleur anormale, l'orage qui pèse de tout le poids du ciel, la tension visible dans l'air, l'été se fige soudain, l'anxiété de Crab grandit encore, il va se passer quelque chose, c'est sûr, ça ne peut pas durer ainsi, ce lent pourrissement, odeur de cadavre et de paillasson, l'automne qui mange aussi les cœurs, ronge aussi les sangs, il va se passer quelque chose, Crab frisso