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Or il aura suffi d'un coup de vent. Le nid de Crab démoli gît au pied du chêne. Trois petits œufs roses ont roulé sur l'herbe, miraculeusement intacts. C'est Pâques pour la belette.

Crab plaide coupable. Et il garde la tête haute. Oui, il a froidement assassiné le jeune inco

Avec autant de netteté que si les événements s'étaient déroulés devant lui, Crab sur son banc assista donc au coup d'Etat qui devait porter le jeune homme au pouvoir, à sept ans de là, inaugurant un demi-siècle de dictature féroce – car ce tyran allait tenir le pays entier sous sa botte, plaçant ses parents et amis aux frontières et un policier en civil dans chaque famille, noyant dans le sang les velléités de rébellion: Crab impuissant fut témoin des exécutions sommaires multipliées par huit, les architectes ayant reçu l'ordre de ne bâtir dorénavant que des immeubles octogonaux afin d'offrir aux milices davantage de murs contre lesquels aligner leurs victimes, il vit les ouvriers enchaînés à des machines spécialement conçues pour leur couper les doigts – lesquels le tyran s'enfonçait la nuit dans les oreilles -, et le blé germer sur les cadavres des paysans, et les enfants arrachés viables à huit mois des entrailles de leurs mères, enrégimentés, au commencement était notre grand Timonier, la géométrie réduite aux lignes de sa main et aux traits de son visage dissymétrique, la géographie subordo

En un instant, Crab vit tout cela. N'importe qui à sa place eût agi comme lui, qui se tourna vers le futur tyran – lequel ne se doutait encore de rien puisqu'il poursuivait i

Tel est donc le système de défense adopté par Crab. L'enquête a pu prouver que sa victime entretenait depuis deux ans une liaison avec son épouse (ainsi s'expliqueraient les absences souvent mentio

Il n'y a strictement aucune différence entre un cheval et un goûter de petites filles, pourvu qu'elles soient deux, assises face à face, et que l'observateur se tie

(Par l'étroite fenêtre grillagée de sa cellule, Crab ne voit voler que des cages d'oiseaux.)

Que faisait Crab à l'heure du crime? il mourait assassiné.

L'intention était bo

C'est un lourd marteau, madame, dont il fallait vous servir. On ne se mêle pas d'éducation quand on n'y entend rien. Ou alors on obtient des individus lâches et veules dans le genre de votre fils, Crab, rien à attendre de cette larve. Chenille qui restera limace. Vous pouvez être fière de vous.

(Son journal intime est un chef-d'œuvre. Pourtant Crab a raté sa vie.)

Crab n'a que mépris pour lui-même, mais son mépris le laisse froid, et cette indifférence l'afflige tant qu'il en devient pathétique et se prend finalement en pitié, mais il ne veut pas de la pitié, sa vanité la refuse et son visage affiche du coup un petit air satisfait qu'il est le premier à trouver ridicule, de là le mépris qu'il s'inspire à lui-même et qui malheureusement le laisse froid.

Crab ne pourrait pas avoir de chat. Je suis beaucoup trop indépendant, dit-il.

Crab a toujours fait rire son bouffon. Il n'y a que lui pour do

Grand est son éto

Crab en retard allonge le pas. Pourtant, il ne va pas encore assez vite. Il se met donc à courir, sans forcer, à petites foulées. Mais Crab lorsqu'il court fait naître les chiens qui le poursuivent, plus exactement la vitesse inhabituelle de son déplacément lui suggère l'idée de la fuite, et l'idée de la fuite lui suggère l'idée de la poursuite, et l'idée de la poursuite lui suggère l'idée d'une meute de molosses lancée à ses trousses, alors il prend peur, il accélère, ventre à terre, toujours davantage, épouvanté, et la meute de molosses devient une horde de loups, Crab bat des records de vitesse, tournant parfois la tête pour voir s'ils n'arrivent pas, s'ils ne sont pas déjà sur lui, puis il n'a même plus besoin de tourner la tête, il sent sur sa nuque le souffle brûlant des panthères. On retrouvera ses os nettoyés par les hyènes.

Crab enfin meurt dans le lit où il est né, ayant employé sa longue vie à essayer d'en sortir, mais quand la paresse vous tient. Sa tête retomba toujours sur l'oreiller.

C'est la même qui revient tous les dix ans lui planter un couteau dans le dos, puis elle disparaît pendant dix ans. Et Crab garde tous ces couteaux, jalousement, fichés en lui, qui le blessent à chaque mouvement et lui arrachent encore des cris, mais dont il ne voudrait se séparer à aucun prix, de si jolis couteaux aux manches d'os ouvragés et polis, de si excellents couteaux aux lames d'argent affilées, tranchantes, inoxydables, vraiment elle ne se moque pas de lui avec ces couteaux – tous les dix ans un couteau, puis elle disparaît -, ou peut-être ne se doute-t-elle pas elle-même de leur valeur et qu'elle livre ainsi à Crab ce qu'elle possède de plus précieux, oui, c'est le plus probable: elle ne sait pas ce qu'elle perd.

Crab l'a sauvée une première fois de la noyade, alors qu'elle se lavait les mains, de l'eau déjà jusqu'aux poignets, il a fermé le robinet. L'hiver suivant, au mépris de sa propre vie, Crab la sauva de l'incendie qui crépitait à quelques mètres d'elle, dans l'âtre de sa cheminée, ayant consumé déjà quatre magnifiques bûches de son mobilier et un fagot de petit bois, il laissa mourir le feu. Une autre fois encore, il la retint de justesse par le bras comme elle s'élançait pour traverser une rue. Puis il détourna d'elle la fureur d'un chien en lui arrachant des mains la petite balle de caoutchouc rouge que le caniche convoitait et en la jetant au loin. Malgré quoi elle refuse obstinément de se do

Ainsi en a décidé le roi, son père. Une joute départagera Crab et son rival, épris l'un contre l'autre de la princesse blanche comme ivoire. Etendards, trompettes. Grandes dames et chevaliers font tanguer la tribune. La princesse se tient immobile auprès du roi, son père. Elle rougit un peu, les circonstances. La populace est repoussée sur les bords de la lice. Enfin paraissent Crab et son rival, à cheval, en armure, la lance déjà calée sous l'aisselle, et qui se défient, s'invectivent, prononcent les mots impardo