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De vrais naseaux écarquillent le nez de Crab quand arrive le printemps, pour mieux humer le parfum des sèves, des fleurs, et les odeurs fauves des passions déclarées, puis sa température baisse, son sang ralentit, Crab endure gaiement les rigueurs estivales et se couvre peu à peu d'un duvet léger qui a
Crab, quand une branche lui pousse sur le flanc, mettez-vous à sa place, songe d'abord à la couper, court même chercher la scie, la hache, et parfois il entame le bois, mais il arrête à chaque fois son geste, finalement il préfère attendre et voir quels fruits va do
L’art du funambule tient du prodige, bien sûr, mais quand on ne sait plus se déplacer que sur un fil, comme Crab, à force de danser dans les hauteurs, que l'on ne peut plus mettre un pied par terre sans trébucher et choir, alors le génie du funambule est contesté, certains le nient absolument, les applaudissements se font rares. Adieu, puisque c'est comme ça, Crab se jette dans le vide.
L’opération, une formalité, le chirurgien à son réveil lui a présenté, lovée dans un coton, la chose molle, tubulaire, violacée, tranchée net d'un coup de scalpel, peu ragoûtante, à jeter, cet appendice vermiculaire qui n'a d'ailleurs aucune utilité, aucune fonction particulière dans l'organisme, on le sait – mais peut-être la menace permanente que constitue sa possible inflammation avait-elle originellement pour but de maintenir l'homme sur les terres mises à sa disposition et de limiter son expansion catastrophique en le dissuadant par exemple de prendre la mer, de s'aventurer trop haut dans les montagnes puis dans le ciel, en le persuadant de rester sur place, à proximité d'un hôpital: ruse de la nature destinée sans doute à réserver des espaces de tranquillité aux autres espèces animales. L’homme ingénieux tourna le problème en bâtissant des hôpitaux partout, et l'appendice vermiculaire devint un objet de dérision pour la chirurgie et, pour le malade, l'occasion de se familiariser sans risque avec le milieu médical, dans la perspective d'agonies futures plus préoccupantes.
Débarrassé donc de cet appendice superflu qui ne ferait même pas une queue à un lézard, puis proprement recousu, Crab semble pourtant avoir du mal à se rétablir. Il a perdu ses réflexes. Il ne digère plus. Respire avec difficulté. Ne tient plus debout. Crache du sang noir. Comprend trop tard que le principe même de sa vie avait son siège dans ce faux organe, inutile et creux, et seulement sensible à la douleur.
Il y a quand même de quoi rire, assez rarement mais quelquefois, car, si Crab venait à mourir aujourd'hui, on parlerait de lui comme d'un météore!
On peut dire de lui ce qu'on veut, Crab est surtout – s'il a tout fait jusqu'ici pour détourner notre attention de ce point accablant – le plus mauvais élève de sa classe, le dernier, et de loin, puisque l'avant-dernier est plus proche du premier que de Crab. Il y a même une telle différence entre Crab et l'avant-dernier que l'effet de perspective écrasée qui en résulte nous ferait presque croire que l'avant-dernier talo
Crab entraîné malgré lui dans une farandole, inutile de dire qu'il y fait triste figure. Et sa morosité est communicative. L'e
Et c'est mieux ainsi. Car il arrive aussi que Crab pre
Crab gonfle, c'est sa nouvelle idée, pour grossir va tout manger, tout boire, ce qui se présente, avaler tout puis assimiler, sans rejet, tout retenir, occuper le terrain, par vagues, éboulements successifs de chairs, imposer sa masse, gagner en largeur, tout recouvrir, gagner en épaisseur, par accumulation, stratification, ensevelir tout, combler, colmater, obstruer, tout remplir et conquérir, prendre toute la place.
Il n'a pas à se déplacer pour y parvenir. Il se répand sans bouger. Crab avale d'abord ce qui est à portée de sa main, grossit d'autant, et son corps élargi profite de cette envergure nouvelle, trouve en tâto
Lorsqu'il aura tout avalé, peut-être, et tout recouvert, ne trouvant plus rien à se mettre sous la dent, il maigrira, ses flancs à nouveau se creuseront, il refluera, et la vie renaîtra sur les terres libérées de sa présence encombrante. Mais nous n'en sommes pas là.
Crab recherche la compagnie des vieillards, puisqu'il ne leur reste que peu de choses à vivre, et des choses simples, son imagination les conçoit sans fatigue, elle n'a pas à fournir les efforts que suppose la représentation en perspective d'une vie presque entièrement contenue dans l'avenir, et c'est pourquoi Crab craint tant la compagnie des enfants, accablé à leur place par l'ampleur des tâches qu'ils vont devoir accomplir, des co
Mais c'est au chevet des morts, enfin, que Crab parvient à la sérénité parfaite, absolue, définitive aussi longtemps que dure sa visite, puis on le jette dehors.
Cette a
Voici sa valise, une grande valise en bois, et profonde, très compartimentée, qui contient tout ce qu'il faut pour réparer tout ce qui casse, des outils d'électricien et de menuisier, marteaux, étaux, tournevis, clefs, pinces, de quoi tenailler les gros et les maigres, et des tuyaux de plomb, des rouleaux de fil de fer ou de laiton, la quincaillerie complète des vis, des clous, des rivets, des crochets, des boulons… sur le couvercle refermé de laquelle nous lisons, inscrit en larges lettres noires, le mot DÉPANNAGE, il ne s'agit donc pas du bagage d'un touriste: telle est bien la profession de Crab, dépa