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IV LE SERMENT FRATERNEL

Le corps du seigneur de Pie

Le jour se levait.

Jea

Jea

Et presque aussitôt, le même tressaillement qui, la veille, dans le bois, avait agité ses flancs, la secoua de nouveau, comme un balbutiement lointain et confus de l’être qu’elle portait en elle.

Et parmi ses larmes, elle sourit doucement d’un sourire ineffable, pareil à un reflet du sourire du ciel.

– Ô mon père, murmura-t-elle en joignant les mains, mon vénéré père, pardon! Pourquoi, dans le déchirement de notre séparation, ne puis-je écarter cette joie qui se mêle à ma douleur? Pourquoi suis-je impuissante à renvoyer les pensées trop douces qui vie

Elle se rapprocha du cadavre, se pencha sur lui, et naïve, confiante, lui parla:

– Eh bien, père, il faut que je t’explique! Ne crois pas que je sois la fille dénaturée qui ne souffre pas lorsque son vieux père la quitte à jamais… Écoute-moi… ce secret si cher que j’avais peur de révéler à mon seigneur, ce secret que bientôt je lui dirai avec tant d’orgueil puisqu’il est mon époux, ce secret, père, tu vas le savoir en premier… écoute… je vais être mère!… Mère! comprends-tu maintenant que je puisse pleurer celui qui part et sourire à ce qui vient!

Une teinte rose plus délicate que les teintes qui nuançaient l’horizon se répandit sur son visage.

Elle réfléchit quelques instants; puis, comme ayant pris une grave résolution:

– L’enfant portera le nom de ma mère… de celle que j’aimais tant; je l’appellerai Loïs. Cher petit, que n’est-il là déjà!… Il me semble le voir… Loïs!… le nom charmant! Ô mon père, c’est là toute ma joie!… De devenir l’épouse du plus illustre seigneur, d’être désormais une dame ayant rang à la cour, ah! tu sais que je n’y songe pas avec un mauvais plaisir! Mais que mon enfant ait un nom… un père… et quel nom! et quel père! Oh! de cela, vois-tu, je suis fière et heureuse comme jamais.

Hélas! la pauvre petite Jea

À ce moment, au loin, retentit un galop de cheval.

– Le voilà! s’écria la jeune femme dans un élan de tout son être.

Ses yeux se fixèrent sur la porte qui allait livrer passage à son cher François.

Cette porte s’ouvrit. Jea

Henri de Montmorency fit trois pas, s’arrêta devant elle, la tête couverte, sans s’incliner.

– Madame, dit-il, je suis porteur de nouvelles que j’ai juré de vous transmettre dès ce matin; sans quoi vous ne me verriez pas ici, en pareil moment, à la place de celui que vous attendiez…

Jea

Brusquement, Henri ajouta:

– François est parti cette nuit…

Elle laissa échapper un faible gémissement.

– Parti? dit-elle timidement. Parti… mais, pour revenir bientôt, sans doute?… aujourd’hui même, peut-être?

– François ne reviendra pas!

Ceci fut dit avec la cruelle netteté d’une sentence de mort.

Jea

– La guerre se déchaîne. François a sollicité et obtenu l’ho

Jea

Un cri terrible jaillit de sa gorge. Elle s’abattit sur les genoux. Et, dans l’atroce douleur qui faisait bondir son cœur, dans la foudroyante catastrophe qui la terrassait, un mot, un seul, résuma, condensa tout son désespoir.

– Mon enfant!… mon pauvre enfant!…

Longtemps elle demeura ainsi prostrée, sanglotante, oubliant la présence d’Henri, oubliant son père mort, s’oubliant elle-même, ah! surtout elle-même, cherchant à envisager, avec l’héroïque courage des mères, le malheur qui frappait l’enfant dès avant sa venue au monde.

Mère! Dans cette heure de désespérance, elle ne fut qu’une mère. Et lorsqu’elle se releva, une telle résolution flamboyait sur son visage, une flamme de maternité si auguste rayo

– C’est bien, dit-elle. Où va le mari doit aller la femme. Ce soir, je partirai pour Théroua

– Partir! vous! gronda le frère de François. Allons donc! vous n’y songez pas! Traverser un pays envahi, des lignes e

– Qui m’en empêchera? s’écria-t-elle avec une sorte d’exaltation.

– Moi! fit Henri, bouleversé, la tête perdue devant cette femme qui lui apparaissait cent fois plus belle dans sa douleur.

Et brusquement, la passion l’emporta, l’affola, se déchaîna en lui.

Il saisit la jeune femme dans ses bras, l’étreignit convulsivement, et d’une voix ardente:

– Jea

Il parlait à mots brefs, saccadés, hachés, s’exaltant, s’enivrant, envahi peu à peu par la violence de sa passion.

Jea

Alors, Jea

– Chapeau bas, monsieur. Sinon devant la femme, du moins devant la mort!

Henri tressaillit. Son regard trouble se posa un instant sur le cadavre, qu’il sembla apercevoir pour la première fois. D’un geste lent, il porta la main à son front, comme vaincu, comme pour se découvrir. Mais ce geste, il ne l’acheva pas. Son bras retomba. Ses yeux s’injectèrent de sang. Tout l’orgueil et toute la violence de sa race montèrent à son cerveau en une bouffée ardente. Et sa rage de sentir dominé, de se comprendre si petit, fit explosion.

– Par la mort-diable! savez-vous, madame, que je suis ici chez moi, et que seul, après mon père, j’ai le droit d’y demeurer couvert!

– Chez vous! éclata la jeune femme sans comprendre.

– Chez moi! Oui, chez moi! L’arrêt du Parlement communiqué ici restitue Margency à notre maison, et je ne souffrirai pas qu’une vassale…

Il n’acheva pas. D’un bond, Jea