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III LA GLOIRE DU NOM
Une heure plus tard, François pénétrait dans le manoir de Montmorency… Il avait remis la jeune épousée toute en pleurs aux mains de la nourrice, confidente de leurs amours, et, serrant Jea
Lorsque François entra dans la salle des armes, il vit le co
L’immense salle était éclairée violemment par douze candélabres de bronze supportant chacun douze flambeaux de cire. Les murs étaient couverts de tapisseries énormes sur lesquelles scintillaient de lourdes épées et fulguraient des dagues.
Une dizaine de portraits s’encadraient dans ces panoplies. Et sur le pa
Sur son trône; le vieux co
Et lui-même semblait un de ces antiques guerriers qui décidaient du sort des batailles géantes.
Depuis Marignan, où François 1er l’avait embrassé, jusqu’à Bordeaux, où il avait massacré en masse les huguenots et sauvé la religion, que de terribles coups il avait portés!…
François n’avait pas vu son père depuis deux ans. Il s’avança jusqu’au pied du trône.
Près de ce trône, se tenait Henri, arrivé depuis un quart d’heure. Il était blême et tremblant.
À quoi songeait ce jeune homme de vingt ans?
Quelles confuses et funestes pensées de fratricide roulaient lourdement dans sa tête comme des nuées fuligineuses sur un ciel d’ouragan?
François de Montmorency ne vit pas le sanglant regard de son frère; profondément, il s’inclina devant le chef de famille.
Le co
Alors, sans un geste, il parla, tranquille et terrible:
– Écoutez-moi. Vous savez le désastre qu’a subi l’empereur Charles Quint sous les murs de Metz [2] , au dernier mois de décembre. Le froid et la maladie, en quelques jours, ont détruit sa grande armée de soixante mille hommes d’armes et reîtres… Tous nous jugeâmes alors que c’était la fin de l’Empire! L’Espagnol détruit, le huguenot écrasé par moi dans les pays de langue d’oc, la paix semblait assurée; et, tout ce printemps, Sa Majesté Henri II l’a passé en fêtes, danses et tournois… Le réveil est terrible!
Le co
– Oui, les éléments qui se mêlent parfois de do
François écoutait son père avec un sourd frisson d’angoisse. Henri, les bras croisés, l’œil sombre, tenait son regard attaché sur son frère.
Le co
– Hier, à trois heures, la première nouvelle nous en est arrivée: l’empereur Charles Quint se prépare à envahir la Picardie et l’Artois! Cet homme de fer a reconstitué sa grande armée. Et à l’heure même où je parle, un corps d’infanterie et d’artillerie se porte à marches forcées sur Théroua
– Jusqu’à la mort! rugirent les capitaines tandis qu’un frémissement secouait les panaches sur leurs casques, comme une rafale d’orage.
– Or, continua le co
– Moi? s’exclama François chancelant, avec un cri de désespoir.
– Toi! Oui, toi qui vas sauver ton roi, ton père et ton pays à la fois!… Deux mille cavaliers sont là! Revêts tes armes! Sois parti dans un quart d’heure! Va, et ne t’arrête plus que dans Théroua
Henri se mordit les lèvres jusqu’au sang pour étouffer un rugissement de joie furieuse.
«Jea
François, livide, fit un pas, et haleta:
– Quoi! mon père! s’écria-t-il. Moi!… moi!…
Les yeux hagards, l’âme convulsée, il eut l’atroce vision de Jea
– Moi! répéta-t-il. Horreur!… Impossible!…
Le co
– À cheval, François de Montmorency! à cheval!…
– Mon père, écoutez-moi!… Deux heures! une heure! Je vous demande une heure! cria François en se tordant les mains.
Le co
– Je crois que vous discutez les ordres du roi et de votre chef!
– Une heure! mon père, une heure!… Et je cours à la mort!…
Le vieux chef d’armées, tout bardé d’acier, descendit les marches de son trône.
Et il éclata:
– Par le to
D’une voix de tempête qui fit trembler les assistants et s’entrechoquer leurs armures, le co
– La foudre m’écrase si je blasphème! C’est, en cinq siècles, le premier de ma race qui hésite à mourir!
L’outrage était formidable. Il ne restait plus à François qu’à se tuer devant cette assemblée de guerriers dont les cœurs, comme les poitrines, semblaient bardés d’acier.
D’une violente secousse, il redressa la tête. Tout disparut de son esprit: amour, femme, rêve de bonheur. Ses yeux poignardèrent les yeux de son père. Et le grondement de sa parole couvrit la parole du vieux chef:
– Que la foudre écrase donc celui qui a jamais pu dire qu’un Montmorency recule! Pour la gloire du nom, j’obéis, mon père, je pars! Mais si je reviens vivant, monsieur le co
D’un pas rude, il traversa les rangs des capitaines épouvantés de cette provocation inouïe, de ce rendez-vous do
Dès la porte, on l’entendit qui commandait à coups brefs et rauques:
– Mon valet d’armes! Mon destrier de guerre! Mon estramaçon de bataille!
Tous les visages, tournés vers le co
Mais un étrange sourire détendit les lèvres du chef, et ceux qui étaient près de lui l’entendirent murmurer:
– C’est un Montmorency!
Dix minutes plus tard, François était dans la cour d’ho
– Mon frère Henri! dit-il. Qu’on aille appeler mon frère.
– Me voici, François!…
Henri de Montmorency apparut dans la lumière des torches. Il ajouta avec effort:
– Je t’apportais mes vœux et mes adieux… puisque je reste, moi!
François le saisit par la main, sans remarquer que cette main brûlait de fièvre.
– Henri, dit-il, es-tu vraiment un frère pour moi?
Henri tressaillit, rougit, balbutia:
– Qui te permet d’en douter?
– Pardo
[1] Estramaçon: ancie
[2] En 1552, Henri II s’est emparé des Trois Évêchés, Metz, Toul et Verdun. Charles Quint assiège Metz, mais il est repoussé par le duc de Guise (26 décembre). En 1553, il reprend l’offensive, met le siège devant Théroua