Страница 97 из 102
Et toujours il en reste quelque chose.
La femme soupço
À mesure que M. Fauvel réfléchissait, il sentait s’altérer sa confiance, si absolue quelques minutes avant.
– Non! s’écria-t-il, je ne saurais plus longtemps endurer ce supplice. Je vais aller montrer cette lettre à ma femme.
Il se levait, une pensée affreuse, plus aiguë qu’une pointe de fer rouge dans les chairs, le cloua sur son fauteuil.
– Si l’on disait vrai, pourtant! murmurait-il, si j’étais misérablement dupé! En me confiant à ma femme, je la mets sur ses gardes, je m’enlève tout moyen d’investigation, je renonce à savoir jamais la vérité.
Ainsi se réalisaient toutes les présomptions de M. Verduret, ce grand analyste de la passion.
«Si monsieur Fauvel, avait-il dit, ne cède pas à l’inspiration du premier moment; s’il réfléchit, nous avons du temps devant nous.»
En effet, après de longues et douloureuses méditations, le banquier venait de décider qu’il surveillerait sa femme.
Oui, lui, l’homme loyal et franc par excellence, il se résignait à ce rôle ignominieux du jaloux, de l’espion domestique, dont les tristes investigations l’avilissent autant et plus que celle qui en est l’objet.
Lui, l’homme des violences spontanées, des colères soudaines aussitôt apaisées, il venait de prendre la résolution de se composer un visage impassible, de recueillir une à une des preuves d’i
Il avait, au surplus, un moyen bien simple de vérification.
Les diamants de sa femme avaient été, lui écrivait-on, portés au Mont-de-Piété. Il lui était aisé de s’assurer de l’exactitude de cette assertion.
Si la lettre mentait sur ce point, il n’y avait pas à tenir compte du reste. Si au contraire, elle disait vrai!…
M. André Fauvel en était là de ses méditations, lorsqu’on vint le prévenir que le déjeuner était servi. Il s’agissait de ne pas se laisser pénétrer. Avant de sortir de son cabinet, il se regarda dans la glace, il était si affreusement pâle qu’il se fit peur.
Manquerais-tu donc d’énergie? se dit-il.
À table, il pensait à se maîtriser assez pour éviter toutes les questions, dont, pour la moindre des choses, l’accablait la sollicitude de sa femme. Même, il causa beaucoup, il dit des histoires, espérant ainsi détourner l’attention.
Mais, tout en parlant, il ne songeait qu’aux moyens de visiter le plus tôt possible les tiroirs de sa femme sans qu’elle pût s’en apercevoir.
Cette idée le préoccupait à ce point qu’il ne put s’empêcher de demander à sa femme si elle sortirait ce jour-là.
– Oui, répondit-elle, le temps est affreux, mais Madeleine et moi avons quelques courses pressées à faire.
– Et à quelle heure comptez-vous sortir?
– Aussitôt après le déjeuner.
Il respira fortement, comme s’il eût été soulagé d’une terrible oppression.
Dans quelques instants il allait donc savoir à quoi s’en tenir.
Or, si poignante et si intolérable était l’incertitude de cet homme infortuné, qu’il lui préférait tout, même la plus atroce réalité.
Le déjeuner fini, il alluma un cigare, mais il ne resta pas dans la salle à manger, comme il avait coutume de le faire; il passa dans son cabinet, prétextant un travail urgent.
Il poussa la précaution jusqu’à se faire suivre de son fils, Lucien, qu’il chargea d’une commission. Il voulait rester seul à la maison.
Enfin, au bout d’une demi-heure, qui lui parut un siècle, il entendit le roulement d’une voiture sous la voûte d’entrée. Mme Fauvel et sa nièce sortaient.
Sans plus attendre, il se précipita dans la chambre de sa femme, et ouvrit le tiroir du chiffo
Beaucoup des écrins qu’il lui co
La lettre anonyme disait vrai.
Cette certitude éclata comme un obus dans le cerveau de M. Fauvel. Et cependant!…
– Non, balbutia-t-il, ce n’est pas possible!
Aussitôt, avec le fol acharnement de l’angoisse et comme si, condamné à mort, il eût l’espoir de trouver sa grâce, il se mit à fouiller partout, à chercher dans tous les meubles, avec un certain ordre cependant, prenant bien garde de ne pas laisser de traces de ses perquisitions.
Mme Fauvel, il le comprenait vaguement, pouvait avoir changé ses bijoux de place, en avoir do
Rien, il ne trouvait rien!…
Alors il se souvint du grand bal qu’avaient do
– Pourquoi ne mets-tu pas tes diamants?
Elle avait répondu en souriant:
– À quoi bon? tout le monde les co
Oui, elle lui avait dit cela sans se troubler, sans rougir, sans un tremblement dans la voix.
Quelle impudence! quelles corruptions se cachaient donc sous ces apparences de vierge qu’elle gardait après vingt a
Mais tout à coup, dans le désarroi de ses pensées, un espoir lui vint, chétif, à peine acceptable, auquel cependant il se raccrocha comme le noyé à son épave.
Ses diamants, Mme Fauvel pouvait les avoir placés dans la chambre de Madeleine.
Sans réfléchir à l’odieux de ses investigations, il courut à cette chambre de jeune fille, et là, comme chez sa femme, il porta partout ses mains brutales, oublieux du respect qu’il devait à ce sanctuaire.
Il ne trouva pas les diamants de Mme Fauvel; mais, dans le coffre à bijoux de Madeleine, il aperçut sept ou huit écrins vides.
Elle aussi, elle avait do
Ce dernier coup brisa le courage de M. Fauvel.
– Elles s’entendaient pour me tromper, murmurait-il, elles s’entendaient!…
Et anéanti, sans forces, il se laissa tomber sur un fauteuil. De grosses larmes silencieuses tombaient le long de ses joues, et par moments, un soupir profond soulevait sa poitrine.
C’en était fait de sa vie. En un instant, l’édifice de son bonheur, de sa sécurité, de son avenir, qu’il avait mis vingt ans à élever, qu’il croyait d’une solidité à l’épreuve de tous les caprices du sort, volait en éclats, plus fragile que le verre.
En apparence, rien n’était changé dans son existence; il n’était point atteint matériellement; les objets autour de lui restaient les mêmes avec les mêmes aspects, et cependant un bouleversement était survenu, plus inouï, plus surprenant que l’interversion du jour et de la nuit.
Quoi! Valentine, la chaste et jeune fille autrefois tant aimée, dont il avait acheté la possession au prix de sa fortune; Valentine, cette femme qui lui était devenue de plus en plus chère, à mesure qu’ils avaient vieilli, ensemble; cette épouse, incomparable en apparence, le trahissait!…
Elle le trompait… elle… la mère de ses fils!
Cette dernière pensée surtout révoltait tout son être jusqu’au dégoût.
Ses fils!… Amère dérision! Étaient-ils bien à lui? Celle qui maintenant, lorsque déjà des cheveux blancs argentaient ses tempes, le trompait, ne l’avait-elle pas trompé autrefois?
Et non seulement il était torturé dans le présent, mais il souffrait dans le passé, payant par des angoisses inouïes de quelques minutes des a
Car c’est ainsi, la confiance n’admet ni accommodement ni gradations, elle est ou elle n’est pas.
Et lui, il n’avait plus confiance.
Tous les rêves, toutes les espérances de cet homme si malheureux reposaient sur l’amour de cette femme.
Découvrant, à ce qu’il croyait, qu’elle était indigne de lui, il n’admettait nulle possibilité de bonheur et il demandait à quoi bon vivre désormais et pour quelle fin.
Cependant l’état de prostration de M. Fauvel dura peu. Le feu de la colère eut vite séché ses larmes et il se redressa altéré de vengeance, décidé à faire payer cher son bonheur détruit.