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– Parbleu! je jetterai une pierre dans l’eau.

Ravi de son idée, Dubois-Fanferlot se frottait les mains.

– Va pour la pierre, poursuivit M. Verduret. Dès que Clameran t’aura vu, l’inquiétude l’empoignera et il décampera. Toi, tu le suivras, sottement en apparence, mais avec acharnement. Reco

– Bon! je ne suis pas né d’hier.

– Tant mieux! tu le lui prouveras. Ce qui est sûr, c’est que te sentant à ses trousses, il n’osera pas rentrer à l’hôtel du Louvre, craignant d’y trouver des curieux. C’est là pour moi le point capital.

– Mais s’il rentrait, cependant? demanda Fanferlot.

Le gros homme parut évaluer l’objection.

– Ce n’est pas probable, répondit-il. Si cependant il avait cette audace, tu le laisserais faire, tu l’attendrais, et à sa sortie tu recommencerais à le suivre. Mais il ne rentrera pas. L’idée lui viendrait plutôt de prendre un chemin de fer quelconque. Auquel cas, tu ne le lâcherais pas, dût-il te conduire en Sibérie. As-tu de l’argent?

– Je vais en demander à madame Alexandre.

– Bien! je n’examinerai pas ta note de trop près. Ah!… deux mots encore. Si le gredin prend le chemin de fer, envoie un mot ici. Ensuite, s’il se fait battre jusqu’à ce soir, défie-toi, la nuit venue, des endroits écartés. Le gredin est capable de tout.

– Puis-je tirer dessus?

– Halte-là! pas d’enfantillage. Cependant, s’il t’attaquait!… Allons, mon garçon, en route.

Dubois-Fanferlot sorti, M. Verduret et Prosper reprirent leur poste d’observation.

– Pourquoi tant de peines? murmurait le caissier. Je n’avais pas contre moi toutes les charges qui accablent Clameran, et on n’y a pas mis tant de façons…

– Comment, répondit le gros homme, vous en êtes encore à comprendre que je veux séparer la cause de Raoul de celle du marquis… mais chut!… Regardez…

Clameran avait quitté son poste d’observation pour s’approcher du parapet du pont, et il se promenait comme s’il eût cherché à bien distinguer quelque chose d’insolite.

– Ah! murmura M. Verduret, il vient de découvrir notre homme.

En effet, l’inquiétude de Clameran était manifeste; il fit quelques pas comme s’il eût voulu traverser le pont; puis, tout à coup réfléchissant, il fit volte-face et s’élança dans la direction de la rue Saint-Jacques.

– Il est pris! s’écria joyeusement M. Verduret.

Mais au même moment, le bruit de la porte le fit se retourner ainsi que Prosper.

Mme Nina Gypsy, c’est-à-dire Palmyre Chocareille, était debout au milieu de la chambre.

Pauvre Nina! Chacun des jours écoulés depuis qu’elle était entrée au service de Madeleine avait pesé autant qu’une a

Les larmes avaient éteint la flamme amoureuse de ses grands yeux noirs; ses joues fraîches avaient pâli et s’étaient creusées, le sourire s’était glacé sur ses lèvres jadis si provocantes et plus rouges que la grenade entrouverte.

Pauvre Gypsy! Elle si vive autrefois, si gaie, si remuante, elle était maintenant affaissée sous le poids de chagrins trop lourds pour elle. Après avoir eu toutes les insolences du bonheur, elle était humble comme la misère.

Prosper s’imaginait que, folle de la joie de le revoir, toute fière de s’être si noblement dévouée pour lui, Nina allait se jeter à son cou et l’étreindre entre ses bras. Il se trompait; et, bien que tout entier à Madeleine depuis qu’il co

C’est à peine si Mme Gypsy eut l’air de le reco

Toute son attention se concentrait sur M. Verduret. Les regards qu’elle attachait sur lui avaient cette timidité craintive et aimante du pauvre animal souvent rudoyé par son maître.

Lui, cependant, se montrait excellent pour elle, paternel, affectueux.

– Eh bien, chère enfant, lui demanda-t-il de sa bo

– Il doit y avoir du nouveau à la maison, monsieur, et j’avais hâte de vous prévenir, mais j’étais retenue par mon service, et il a fallu que mademoiselle Madeleine prît la peine de me trouver un prétexte de sortir.

– Vous remercierez mademoiselle Madeleine de sa confiance, reprit le gros homme, en attendant que je lui exprime moi-même toute ma reco

– Oui, monsieur.

– On reçoit le marquis de Clameran?

– Depuis que le mariage est arrêté, il vient tous les soirs, et mademoiselle le reçoit bien. Il a l’air ravi.

Ces assurances, qui renversaient toutes les idées de Prosper, le transportèrent de colère. Le pauvre garçon qui ne comprenait rien aux manœuvres savantes de M. Verduret, qui se sentait ballotté au gré de volontés inexplicables, se vit tout à coup trahi, bafoué, joué.

– Quoi! s’écria-t-il, ce misérable marquis de Clameran, cet infâme voleur, cet assassin est admis familièrement chez monsieur Fauvel, il fait sa cour à Madeleine!… Que me disiez-vous donc, monsieur, de quelles espérances me berciez-vous pour m’endormir?…

D’un geste impérieux M. Verduret coupa court à ses récriminations.

– Assez, dit-il durement, en voilà assez. Vous êtes par trop… ho

Cette leçon do

– À nous deux, chère enfant, dit-il; qu’avez-vous appris?

– Eh! monsieur, rien de positif, malheureusement, rien qui puisse vous fixer, et j’en suis bien désolée, croyez-le!

– Cependant, mon enfant, vous m’a

Mme Gypsy eut un geste découragé.

– C’est-à-dire, monsieur, reprit-elle, que je soupço

– Et monsieur Fauvel?

– J’allais vous en parler, monsieur. Il lui est arrivé un malheur, j’en mettrais ma main au feu. Depuis hier, il n’est plus le même homme. Il va, il vient, il ne tient pas en place, on dirait un fou. Sa voix est tout altérée, si changée que mademoiselle s’en est aperçue et me l’a dit, et que monsieur Lucien, lui aussi, l’a remarqué. Monsieur, que j’ai vu si indulgent, si bon, est devenu brusque, irritable, nerveux. Il a l’air de quelqu’un qui est près d’éclater et qui se contient. Enfin, ses yeux, que j’ai bien observés, ont une expression étrange, indéfinissable, et qui devient terrible quand il regarde madame. Hier soir, dès que monsieur de Clameran est arrivé, monsieur est sorti brusquement en disant qu’il avait à travailler.

Une triomphante exclamation de M. Verduret interrompit Mme Gypsy. Il était radieux.

– Hein! dit-il à Prosper, oubliant sa mauvaise humeur de tout à l’heure; hein! qu’avais-je a

– Il est certain, monsieur…

– Ce malheureux homme s’est défié de son premier mouvement, je l’avais prévu. Il cherche maintenant, il guette des preuves à l’appui de votre lettre. Et quand je dis des preuves… il doit en avoir déjà. Ces dames sont-elles sorties hier?

– Oui, une partie de la journée.

– Qu’a fait monsieur Fauvel?

– Il est resté seul; ces dames m’avaient emmenée.

– Plus de doute! s’écria le gros homme. Il aura cherché et trouvé, pardieu! des indices bien décisifs après votre lettre. Ah! Prosper, malheureux jeune homme! votre lettre anonyme nous fait bien du mal.

Les réflexions de M. Verduret éclairèrent d’une lumière soudaine l’esprit de Mme Gypsy.

– J’y suis! dit-elle, monsieur Fauvel sait tout.

– C’est-à-dire qu’il croit tout savoir, et ce qu’on lui a appris est plus affreux encore que la vérité.

– Alors, je m’explique l’ordre que monsieur Cavaillon prétend avoir surpris.

– Quel ordre?