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– Comment, tu ne l’as pas suivi?

– Excusez, patron, un de nos… amis le «filait», je m’en étais assuré. C’est même par cet ami que je sais ce qu’a fait notre gaillard. Il est allé d’abord chez un agent de change, puis au Comptoir d’escompte, puis à la Banque. On voit bien que c’est un capitaliste! J’ai idée qu’il a pris ses dispositions pour un petit voyage.

– Et c’est tout?

– De ce côté, oui, patron. D’un autre, il est bon que vous sachiez que nos coquins ont essayé de faire coffrer administrativement, vous m’entendez, mademoiselle Palmyre. Par bonheur, vous aviez prévu le coup, et j’avais prévenu là-bas. Sans vous, elle était «emballée» raide.

Il s’arrêta, le nez en l’air, cherchant s’il n’avait pas autre chose encore à dire. Ne trouvant rien:

– Et voilà! s’écria-t-il. J’ose espérer que monsieur Patrigent va se frotter les mains ferme à ma première visite. Il ne s’attend pas aux détails qui vont grossir son dossier 113.

Il y eut un long silence. Ainsi que l’avait conjecturé ce bon Joseph, l’instant décisif était venu, et M. Verduret dressait son plan de bataille en attendant le rapport de Nina, redevenue Palmyre, lequel devait décider son point d’attaque.

Mais Joseph Dubois était impatient et inquiet.

– Que dois-je faire maintenant, patron? demanda-t-il.

– Toi, mon garçon, tu vas retourner à l’hôtel; ton maître, très probablement, se sera aperçu de ton absence, mais il ne t’en dira rien, tu continueras donc…

Une exclamation de Prosper, qui se tenait debout près de la fenêtre, interrompit M. Verduret.

– Qu’est-ce? demanda-t-il.

– Clameran! répondit Prosper, là.

D’un bond, M. Verduret et Joseph furent à la fenêtre.

– Où le voyez-vous? demandaient-ils.

– Là, au coin du pont, derrière la baraque de cette marchande d’oranges.

Prosper ne s’était pas trompé.

C’était bien le noble marquis Louis de Clameran qui, embusqué derrière l’échoppe volante, épiait les allants et les venants de l’hôtel du Grand-Archange, et attendait son domestique.

Il fallut un peu de temps pour s’en assurer, car le marquis se dissimulait très habilement, en aventurier habitué à ces expéditions hasardeuses.

Mais un moment vint où, pressé et coudoyé par la foule, il fut obligé de descendre du trottoir. Il parut alors à découvert.

– Avais-je raison? s’écria le caissier; est-il encore possible de douter?

– Vrai! murmurait Joseph, convaincu, c’est à n’y pas croire.

M. Verduret, lui, ne semblait aucunement surpris.

– Voilà, dit-il, que le gibier se fait chasseur. Eh bien! Joseph, mon garçon, t’obstines-tu à soutenir que ton honorable bourgeois a été dupe de tes simagrées de Jocrisse?

– Vous m’aviez assuré le contraire, patron, répondit le bon Dubois du ton le plus humble, et après une affirmation de vous, les preuves sont inutiles.

– Au surplus, continuait le gros homme, cette manœuvre, si téméraire qu’elle semble, était indiquée. Il sait qu’on est sur lui, cet homme, et tout naturellement il cherche à co

– Mais je puis sortir sans qu’il m’aperçoive, patron!

– Oui, je sais, tu franchirais le petit mur qui sépare l’hôtel du Grand-Archange de la cour du marchand de vins; de là, tu passerais par le sous-sol du papetier et tu filerais par la rue de la Huchette.

Ce bon Joseph avait la mine impayable d’un brave homme qui tout à coup, sans savoir d’où, reçoit sur la tête un seau d’eau glacée.

– C’est cela même, patron, bégaya-t-il. On m’a dit, là-bas, que vous co

Le gros ami de Prosper ne daigna pas répondre. Il se demandait quel profit immédiat tirer de la démarche de Clameran.

Quant au caissier, il écoutait, bouche béante, observant alternativement ces inco

– Il y a encore un moyen, proposa Joseph, qui de son côté avait réfléchi.

– Lequel?

– Je puis sortir tout bonifacement, les mains dans les poches, et regagner en flânant l’hôtel du Louvre.

– Et après?

– Dame!… le Clameran viendra questio

– Mauvais!… prononça péremptoirement M. Verduret; on ne déroute pas un gaillard si fort compromis, et surtout, on ne le rassure pas.

Le parti du gros homme était arrêté, car de ce ton bref qui n’admet pas de réplique, il reprit:

– J’ai mieux. Depuis que Clameran sait que ses papiers ont été explorés, a-t-il vu Lagors?

– Non, patron.

– Il peut lui avoir écrit.

– Je parierais ma tête à couper que non. D’après vos instructions, ayant à surveiller surtout sa correspondance, j’ai organisé un petit système qui me met en garde dès qu’il touche une plume; or, depuis vingt-quatre heures, les plumes n’ont pas bougé.

– Clameran est sorti hier une partie de l’après-midi.

– Il n’a pas écrit en route, l’homme qui le suivait le garantit.

– Alors! s’écria le gros homme, en avant, en avant! Descends, et plus vite que ça; je te do

Sans hésiter, sans un mot dire, le bon Joseph disparut, léger comme un sylphe, et M. Verduret et Prosper restèrent près de la fenêtre, observant Clameran, qui, selon les caprices du flux et du reflux de la foule, apparaissait ou disparaissait, mais qui semblait bien déterminé à ne pas abando

– Pourquoi vous attacher ainsi exclusivement au marquis? demanda Prosper.

– Parce que, mon camarade, répondit M. Verduret, parce que…

Il cherchait une bo

– Ceci est mon affaire.

On avait accordé un quart d’heure à Joseph Dubois pour se métamorphoser; dix minutes ne s’étaient pas écoulées qu’il reparut.

Du joli domestique à gilet rouge, à favoris taillés à la Bergami, aux allures à la fois revêches et suffisantes, il ne restait absolument rien.

L’homme qui reparaissait était de ceux dont l’aspect seul effarouche et fait fuir comme des moineaux les plus naïfs filous.

Sa cravate noire, roulée en corde autour d’un faux col douteux et ornée d’une épingle «en faux», sa redingote noire bouto

Joseph Dubois s’évanouissait, et de sa livrée s’échappait, triomphant et radieux, le futé Fanferlot dit l’Écureuil.

À son entrée, Prosper ne put retenir une exclamation de surprise, presque d’effroi.

Il venait de reco

M. Verduret, lui, examinait son auxiliaire d’un air évidemment satisfait.

– Pas mal, approuva-t-il, pas mal. Il s’exhale de toute ta perso

Le compliment sembla transporter Dubois-Fanferlot.

– Maintenant que je suis paré, patron, demanda-t-il, que faire?

– Rien de difficile pour un homme adroit. Cependant, note-le bien, de la précision des manœuvres dépend le succès de mon plan. Avant de m’occuper de Lagors, je veux en finir avec Clameran; or, puisque les gredins sont séparés, il faut les empêcher de se rejoindre.

– Compris! fit Fanferlot, en clignant de l’œil; je vais opérer une diversion.

– Tu l’as dit. Donc, tu vas sortir par la rue de la Huchette et gagner le pont Saint-Michel. Là, tu descendras sur la berge et tu iras te poster sur un des escaliers du quai, bien maladroitement, de telle sorte que Clameran puisse, d’où il est, te découvrir et comprendre que tandis qu’il épie, il est épié lui-même. S’il ne t’aperçoit pas, tu es assez intelligent pour attirer son attention.