Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 3 из 30

Avec tout le calme approximatif dont je demeurais capable, j'ai extirpé d'une poche intérieure mon passeport français, au nom de Robin; prénoms: Henri, Paul, Jean; profession: ingénieur; né à Brest, etc. La photographie portait une épaisse moustache. Le policier l'a examinée longuement, reportant de temps à autre les yeux sur ma figure vivante, pour comparer. Puis, avec autant d'attention, il a inspecté le visa officiel des forces alliées, qui m'autorise sans ambiguïté à me rendre en République démocratique allemande, la précision s'y reproduisant en quatre langues: français, anglais, allemand et russe, avec les multiples tampons afférents.

Le méfiant sous-officier en longue capote et casquette plate est enfin revenu à la photo et il m'a dit quelque chose d'un ton plutôt désagréable – une remarque restrictive, une question formelle, un simple commentaire – que je n'ai pas compris. Avec ma prononciation parisie

Cependant, mon angoisse latente a pris bientôt une direction différente: ce journal était celui-là même que lisait mon double dans l'autre compartiment. Le souvenir d'enfance est alors revenu dans toute son intensité. Je dois avoir sept ou huit ans, espadrilles, culotte courte, chemisette brunâtre délavée, ample pull-over déformé par l'usage. Je marche sans but à marée montante, presque haute déjà, le long des anses sableuses successives, désertes, que séparent des pointes rocheuses encore aisément franchissables sans avoir à remonter sur la dune, du côté de Kerlouan, dans le Nord-Finistère. C'est l'hiver qui commence. La nuit tombe vite et la brume de mer, au crépuscule, diffuse une clarté bleuâtre qui estompe les contours.

La frange d'écume, sur ma gauche, brille d'un éclat périodique plus vif, éphémère et crépitant, avant de venir s'éteindre à mes pieds. Quelqu'un est passé là, dans le même sens, il y a peu de temps. La trace de ses pas, lorsque le perso

Qui peut-il être? Je co

Et voilà que, brusquement, je me trouve à trois pas de lui. Il s'est assis sur un gros caillou que j'identifie aussitôt, à son galbe accueillant, pour m'y être souvent reposé, moi aussi. Instinctivement, je me suis arrêté, indécis, craignant de passer si près de l'intrus. Mais il s'est alors tourné vers moi et je n'ai pas osé ne pas reprendre ma route, d'un pas peut-être un peu plus hésitant, baissant la tête pour éviter de rencontrer son regard. Il avait le genou droit couro

J'avais de nouveau, aujourd'hui, usé de cette lâche ressource, la fuite. Mais j'étais remonté aussitôt dans le train maudit, peuplé de ressouvenirs et de spectres, où les passagers dans leur ensemble ne paraissaient là que pour me détruire. La mission dont j'étais investi m'interdisait de quitter le convoi à la première petite station. Il me fallait demeurer entre ces six hommes malveillants qui ressemblaient à des croque-morts, dans ce wagon puant le soufre, jusqu'à la gare de Berlin-Lichtenberg où m'attendait celui qui se fait appeler Pierre Garin. Un nouvel aspect de mon absurde situation m'est alors apparu. Si le voyageur arrive avant moi dans le hall de la gare, Pierre Garin va évidemment se diriger vers lui pour l'accueillir, avec d'autant plus d'assurance qu'il ne sait pas encore que le nouvel Henri Robin porte une moustache…

Deux hypothèses sont envisageables: ou bien l'usurpateur est seulement quelqu'un qui me ressemble, tel un jumeau, et Pierre Garin risque de se trahir, de nous trahir, avant que le malentendu ne se révèle; ou bien le voyageur est vraiment moi, c'est-à-dire ma véritable duplication, et, dans ce cas… Mais non! Une pareille supposition n'est pas réaliste. Que j'aie, dans mon enfance breto

La gare de Lichtenberg est en ruine, et je m'y trouve encore plus désorienté du fait que j'ai l'habitude de Zoo-Bahnhof, dans la partie ouest de l'ancie

Pierre n'est pas à proprement parler un ami, mais un cordial collègue du Service, un peu plus âgé que moi, dont les interventions ont à plusieurs reprises recoupé les mie

J'ai revu, à cet instant, tandis que le convoi quittait Bitterfeld avec sa lenteur coutumière, le soupço

– Merci pour l'information. Mais je m'en étais rendu compte.»

L'ironie de sa remarque n'a été soulignée par aucun sourire, ni la moindre détente du visage. J'ai donc abando

– Ici, tout va bien. Sauf que j'ai failli te manquer. Le premier voyageur qui a monté l'escalier de sortie, après l'arrivée du train, te ressemblait comme un sosie. Pour un peu, je l'aurais accosté. Lui ne paraissait pas me co

Près du téléphone censément public, gardé néanmoins par un policier russe, se tenaient trois messieurs en larges manteaux verts traditio

– On ne sait jamais. Il faut penser à tout», a répondu Pierre Garin d'une voix neutre, insouciante aussi bien que scrupuleuse à l'excès. Peut-être s'éto

Dans son inconfortable voiture de fortune, au camouflage militaire crasseux, nous avons roulé en silence. Mon compagnon signalait cependant en quelques mots, de temps à autre, au milieu des décombres, ce qu'il y avait là autrefois, à l'époque du Troisième Reich. C'était comme la visite guidée d'une antique cité disparue, Héropolis, Thèbes, ou Corinthe. Après de nombreux détours, occasio