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Victoire, ces derniers mois, n'avait pas beaucoup lu les journaux. Au pavillon du golf, elle n'y cherchait sans les trouver que des nouvelles de Félix et se contentait des titres. Elle avait continué de les parcourir plus tard, avec Lampoule ou seule, aux étals des maisons de la presse ou découvrant parfois, dépassant d'une corbeille ou posé sur un banc, le quotidien de l'avant-veille à peine lu vu que les informations, l'été, l'homme les suit moins. L'homme sait que ses maîtres le savent qui en profitent, comme il dort, pour mettre au point de grandes manœuvres qu'il n'aura pas à discuter à son réveil, hébété, saluant ses nouveaux chefs en payant les nouveaux tarifs. Mais Castel et Poussin, quoique hors du monde, gardaient un œil sur celui-ci. C'est ainsi qu'on apprend l'ouverture / de la pêche. Tôt le matin de l'ouverture, Castel emmena Victoire au bord d'un petit étang proche et limpide, ovale comme un miroir portatif, prolongé par un étroit canal en forme de manche de miroir portatif et l'on prit deux tanches.
Les jours suivants, Victoire s'en fut passer plusieurs moments près de cet étang bordé de grands peupliers au feuillage compact de broussaille géante; elle s'asseyait sur la rive opposée. L'été, la plupart du temps, nul mouvement d'air n'anime ces arbres, dédoublés comme des rois de cartes à jouer sur l'eau, dans le fond de quoi circulent quantité de brochets, de black-bass, de sandres qui se menacent et se poursuivent sans trêve, s'accouplent et s'entredévorent sans merci. Leur trafic froisse et brouille parfois la surface où discrètement alors, comme sous un léger souffle, s'agitent les reflets des arbres – comme si l'étang, soucieux de les voir trop fixes, remplaçait le ciel en produisant une illusion de vent. C'est aussi parfois le contraire, un vent réel secoue les frondaisons mais plus vivement encore la surface où leur image, trop agitée, devient tellement floue qu'immobile – comme si par aucun temps ces peupliers ne pouvaient s'entendre avec leur reflet.
Au milieu du mois d'août, le vent les agita plus souvent, plus fort, il plut, Poussin fit observer que c'est comme ça tous les étés, le temps vire le quinze. Ce ne fut plus en effet qu'une suite et fin d'été, dernière étape de la saison: s'il fait encore parfois très chaud on sent que ça ne carbure plus, qu'on a coupé le moteur, que cette chaleur n'est qu'une queue de comète en roue libre, une auto en pa
Sans doute un chasseur, las de retrouver des lacs et des collets, se mit-il à surveiller la zone, finit par aviser Castel, en rendit compte à quelque autorité puisqu'un frais matin du début septembre, on se levait à peine, on se parlait à peine, on préparait le café en différant le moment de se laver les dents quand le bruit de son moteur précéda le fourgon bleu de la gendarmerie. Victoire à peine habillée se tenait encore dans la cabane quand il parut: le temps de passer une veste et des chaussures, le temps que le fourgon se gare et d'attraper un sac, que deux hommes en descendent et d'y enfouir deux trois trucs, elle profita de ce qu'ils s'approchaient d'abord de Poussin, occupé à pisser dans le décor, pour quitter la cabane au premier angle mort. Passant la porte, rasant un mur, cœur qui palpite et pointe des pieds, elle rejoignit la forêt proche. Peu de feuilles mortes encore risquaient de signaler ses pas, mais elle s'enfonça dans les arbres très lentement d'abord et retenant son souffle puis, s'estimant à distance suffisante, elle se mît à courir trop vite et sans doute trop longtemps jusqu'à trouver une première route et puis une autre et puis une autre encore, flanquée d'une vieille borne kilométrique usée jaune et blanche. Victoire s'assit sur cette borne et noua ses lacets.
Les jours suivants, dépourvue de carte elle s'orienta n'importe comment, au gré de pa
Elle s'efforça de ne pas la ralentir en découvrant à la sortie du virage brusque la Simca Horizon statio
A ceci près qu'il était neuf et de meilleure qualité, Gérard portait le même manteau qu'avant, mêmes matière et couleur et Victoire estima rapidement son prix, puis la proportion de cette somme dans son argent volé. Gérard démarra puis on parcourut une douzaine de kilomètres et Gérard freina, rangea l'auto dans une entrée de voie privée, coupa le contact, éteignit les phares et se tourna vers la jeune femme. On parle un peu, dit-il, on discute. Comme il posait sa main sur l'avant-bras de Victoire, son sourire s'enrichit dans le noir d'une note supérieure de divertissement, mais foutez-moi la paix, cria Victoire en ramenant son bras, observant au passage que c'était la première phrase qu'elle prononçait de la journée. Allons, dit Gérard. Moi la paix, répéta confusément Victoire. Pas toujours dit ça, rappela-t-il. Mon fric, dit Victoire, et Gérard ne cessa de sourire que pour he
Ce disant il posait une main sur l'épaule de Victoire et l'autre sur sa taille en l'attirant vers lui, tout en tâchant de maintenir ses bras, et juste avant qu'il ne parvie
Plus tard, un humide jeudi de mi-septembre, l'automne s'étant précisé, Victoire avait été d'abord embarquée par un vétérinaire puis par un marchand d'articles de sport gentil qui s'était garé devant un débit de boissons mal éclairé en rase campagne. Il lui avait proposé de lui offrir un truc chaud qu'elle voudrait – du lait, du thé ensuite -, avait pris quelque chose avec elle avant de repartir dans le mauvais temps, Victoire était restée seule. Mal éclairé mais déjà surchauffé, ce débit: le radiateur à gaz installé près du bar était poussé à fond, des toiles cirées rayées couvraient les tables, des rideaux raides pendaient aux fenêtres, une incomplète collection de bouteilles patientait derrière le bar au-dessus de six cartes postales jamais postées bien loin, punaisées puis conchiées par les mouches derrière un petit rang de trophées. Cela sentait la cuisine familiale et la soude, le pain d'épice et le vieux saucisson.
Peu de monde, un patron par intermittence qui s'absente comme s'il était seul vers sa cave et sa cour et, à part Victoire, deux clients, l'un pilier structurel de permanence debout au bar, l'autre occasio
Comme elles passaient brusquement d'une humidité froide à l'étuve du débit de boissons, les lunettes de Louis-Philippe s'embuèrent dès qu'il eut franchi la porte. Ne les ôtant pas pour les essuyer, Louis-Philippe traversa l'établissement sans que ses yeux fussent visibles, masqués derrière un brouillard portatif. Parvenu au bar, ayant passé commande à voix basse, Louis-Philippe orienta ses verres aveugles vers la salle puis, les ayant braqués sur Victoire, il marcha vers sa table et s'assit en face d'elle. Alors la buée commença lentement de se défaire et, symétriquement, sur chaque verre à partir du centre, Victoire ne distingua d'abord que la pointe noire de chaque pupille, puis très progressivement l'iris et le blanc. Louis-Philippe attendit que de ses deux yeux tout fût visible, jusqu'aux sourcils à cheval sur la monture, pour commencer de parler.