Страница 1 из 9
Victoire, s'éveillant un matin de février sans rien se rappeler de la soirée puis découvrant Félix mort près d'elle dans leur lit, fit sa valise avant de passer à la banque et de prendre un taxi vers la gare Montparnasse.
Il faisait froid, l'air était pur, toutes les souillures blotties dans les encoignures, assez froid pour élargir les carrefours et paralyser les statues, le taxi déposa Victoire au bout de la rue de l'Arrivée.
Gare Montparnasse, où trois notes grises composent un thermostat, il gèle encore plus fort qu'ailleurs: l'anthracite vernissé des quais, le béton fer brut des hauteurs et le métal perle des rapides pétrifient l'usager dans une ambiance de morgue. Comme surgis de tiroirs réfrigérés, une étiquette à l'orteil, ces convois glissent vers des tu
Quand cette histoire commence, Victoire ne co
Après qu'on se fut extrait des tu
Sens de la marche et zone fumeurs côté fenêtre, Victoire s'efforça d'ordo
Les événements lui reviendraient tôt ou tard en mémoire, sans doute, autant ne pas insister, autant considérer par la fenêtre une zone rurale vaguement industrielle et peu différenciée, sans le moindre hameçon pour accrocher le regard quand elle n'était pas masquée par le remblai. Pylônes, fils électriques et raccords d'autoroutes intersécants, fourragères, lotissements jouxtant des excavations. Isolés dans les friches parmi les animaux absents, se profilaient quelques locaux techniques dépendant d'on ne sait quoi, quelques usines d'on se demande quoi. Bien que de marques et d'essences limitées, les arbres étaient non moins semblables entre eux que les automobiles sur une route nationale un moment parallèle aux rails.
Rien en somme sur quoi se pencher longuement sans lassitude, mais l'intérieur du train, à moitié vide en cette saison, n'apportait guère plus de spectacle. Un couple âgé, trois hommes seuls dont un masseur endormi, deux femmes seules dont une enceinte puis une équipe d'adolescentes à queues de cheval, appareils dentaires et sacs de sport, en route vers le match nul. Plongé dans un ouvrage anatomique, las de marquer toujours la même page, l'index du masseur tremblait par intermittence. Victoire se leva puis, effleurant les dossiers des sièges pour s'équilibrer, se dirigea vers la voiture-bar.
Là, par les baies vitrées, seule avec son quart Vittel, elle regardait ce panorama sans domicile fixe qui ne déclinait rien de plus que son identité, pas plus un paysage qu'un passeport n'est quelqu'un, signe particulier néant. L'enviro
Elle avait pensé procéder, à Bordeaux, de la même façon qu'à Montparnasse et sauter dans le premier train venu mais plusieurs partaient en même temps, l'un desservant Saint-Jean-de-Luz, l'autre Auch, un troisième Bagnères-de-Bigorre. Histoire de brouiller les pistes, sans trop savoir pour qui, trois fois Victoire tira au sort entre ces destinations puis, comme chaque fois sortait Auch, pour à ses propres yeux les brouiller mieux encore, elle choisit celle de Saint-Jean-de-Luz.
La gare de Saint-Jean-de-Luz do
Elle n'y passerait qu'une nuit. Le lendemain, scotchées sur les portes vitrées des commerces, elle examina les a
Victoire se rendit à l'adresse indiquée, un pavillon étriqué, rebutant, légèrement en marge de la ville, dans une zone aérée peuplée de couples à la retraite. Un jardin négligé ceignait ce bâtiment terne dont les fenêtres arrière do
Erreur, elle s'y opposait trait pour trait. Visage clair et vêtements clairs, lèvres souriantes et cabriolet corail ton sur ton, cette propriétaire nommée Noëlle Valade semblait flotter à quelques centimètres au-dessus du sol malgré son imposante poitrine mais il en est ainsi des imposantes poitrines, certaines vous lestent et d'autres vous exhaussent, sacs de sable ou ballons d'hélium, et sa peau translucide et lumineuse dénotait un végétarisme strict. Ses cheveux prématurément blancs n'étaient retenus que par une pince d'écaillé, sans trace d'idée derrière la tête d'aucun coiffeur. Noëlle Valade ne souhaitait pas occuper ce pavillon qui lui revenait après le décès d'une parente, expliqua-t-elle en essayant d'ouvrir la porte, mais elle ne souhaitait pas non plus le laisser se dégrader. La serrure grippait.
Composé d'un salon résigné, d'une cuisine réticente et de deux chambres à l'étage séparées par une étroite salle de bains, le pavillon paraissait à l'abandon: encombré, moite, obscur et dégageant une odeur de moisi pas si désagréable. A l'évidence perso
Du bout des doigts sans trop les approcher, Noëlle Valade montrait les papiers peints disjoints, la baignoire entartrée, les étains sous oxyde, suspendant son geste avant le point de contact, sans que Victoire comprît d'abord si cela relevait d'une répulsion spéciale inspirée par ces lieux ou d'une politique d'ensemble à l'égard des objets. Cependant Noëlle Valade parut éprouver de la sympathie pour sa locataire, ne montra nulle méfiance et réduisit au minimum les formalités de location: ni papiers ni caution, seulement trois mois d'avance en liquide qui voletèrent en douceur, libellules vertes et bleues, du sac à main de Victoire vers le sien.
Ces trois mois fixés par Noëlle Valade traçaient l'avenir immédiat de Victoire sans qu'elle eût à y réfléchir, lui épargnant le souci de prendre une décision sans doute épero