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Rien ne fut omis dans la formation que ma mère entendait me do

Après le départ des clientes, le salon était gaiement éclairé, le tapis roulé, un gramophone placé sur la table et ma mère s'asseyait dans un des fauteuils Louis XVI récemment acquis. Je m'approchais d'elle, je m'inclinais, je la prenais par la main et une-deux-trois! une-deux-trois! nous nous élancions sur le parquet, sous le regard désapprobateur d'Aniela.

– Tiens-toi droit! Marque bien la mesure! Lève un peu le menton et observe la dame fièrement en souriant d'un air charmé!

Je levais fièrement le menton, je souriais d'un air charmé et une! deux-trois, une! deux-trois – je sautillais sur le parquet miroitant. Ensuite, j'accompagnais ma mère jusqu'à son fauteuil, je lui baisais la main et m'inclinais devant elle, et ma mère me remerciait d'un mouvement de tête gracieux, en s'éventant. Elle soupirait et disait quelquefois avec conviction, en essayant de reprendre son souffle: – Tu gagneras des prix au Concours Hippique. Sans doute me voyait-elle en uniforme blanc d'officier de la Garde, sautant quelque obstacle sous les yeux éperdus d'amour d'A

Trois fois par semaine, ma mère me prenait par 1a main et me conduisait au manège du lieutenant Sverdlovski, où j'étais initié par le lieutenant lui-même aux mystères de l'équitation, de l'escrime et du tir au pistolet. Le lieutenant était un homme grand et sec, d'aspect jeune, au visage osseux, armé d'une immense moustache blanche à la Lyautey. A huit ans, j'étais certainement son plus jeune élève et j'avais la plus grande peine à soulever l'immense pistojet qu'il me tendait. Après une demi-heure de fleuret, une demi-heure de tir, une demi-heure de cheval-gymnastique et exercices respiratoires. Ma mère restait assise dans un coin, fumant une cigarette, observant mes progrès avec satisfaction.

Le lieutenant Sverdlovski, qui parlait d'une voix sépulcrale et ne semblait pas co

– Tu me défendras, n'est-ce pas? Encore quelques a

Elle faisait un geste vague et large, un geste russe. Quant au lieutenant Sverdlovski, il caressait ses longues moustaches raides, baisait la main de ma mère, claquait les talons, et disait:

– Nous ferons de lui un cavalier.

Il me do

Il arrivait à ma mère de m'a

– Ce soir, nous allons au cinéma.

Et le soir, affublé de ma pelisse d'écureuil ou, si la saison était clémente, d'un imperméable blanc et d'une toque de matelot, je déambulais sur les trottoirs de bois de la ville, en offrant le bras à ma mère. Elle veillait farouchement à mes bo

Je ne sais si c'est un de ces films que nous avons vus ensemble, ou l'attitude de ma mère après le spectacle qui m'a laissé un souvenir si étrange et indélébile. Je revois encore l'acteur principal, vêtu de l'uniforme noir des Tcherkesses et d'un bo

Je levai les yeux vers la lampe. Elle demeura un long moment penchée sur moi, puis, avec un curieux sourire de triomphe, un sourire de victoire et de possession, elle, m'attira à elle et me serra dans ses bras. Or, il advint que, quelque temps après notre visite au cinéma, un bal costumé fut do

J'ai à peine besoin de dire que j'allai au bal vêtu en officier des Tcherkesses, avec poignard, bo

CHAPITRE X

Un jour, un cadeau inattendu me parvint, apparemment tombé du ciel. C'était une bicyclette-bébé, juste ce qu'il fallait pour ma taille. Le nom du mystérieux donateur ne me fut pas révélé et toutes mes questions demeurèrent sans réponse. Aniela, après avoir longuement.contemplé l'objet, me dit simplement, avec animosité:

– Ça vient de loin.

Ma mère et Aniela débattirent longuement le point de savoir s'il fallait accepter le cadeau ou le renvoyer à l'expéditeur. Je ne fus pas autorisé à assister au débat, mais, le coeur serré et suant d'appréhension à l'idée que l'engin merveilleux allait peut-être m'échapper j'entrouvris la porte du salon et surpris quelques bribes d'un dialogue sibyllin:

– Nous n'avons plus besoin de lui. C'était dit par Aniela, sévèrement. Ma mère pleurait dans un coin. Aniela surenchérit alors:

– Il se rappelle un peu tard notre existence.

Puis la voix de ma mère, étrangement suppliante-elle n'avait pas l'habitude de supplier-dit, presque timidement:

– C'est tout de même gentil de sa part. Là-dessus, Aniela conclut:

– Il aurait pu se souvenir de nous plus tôt.

La seule chose qui m'intéressait à l'époque était de savoir si je pourrais garder ma bicyclette. Finalement, ma mère m'y autorisa. Et avec cette habitude qu'elle avait de me couvrir de «professeurs» – professeur de calligraphie – Dieu ait pitié de lui! s'il pouvait voir mon écriture, le pauvre se dresserait sûrement dans son cercueil – professeur d'élocution, professeur de maintien – là non plus, je n'ai pas fait preuve de beaucoup d'aptitude, et tout ce que j'ai retenu de son enseignement, c'est qu'il ne faut pas écarter le petit doigt en tenant ma tasse de thé – professeur d'escrime, de tir, d'équitation, de gymnastique, de… Un père aurait fait beaucoup mieux l'affaire. Bref, ayant acquis une bicyclette, j'acquis aussitôt un professeur de bicyclette, et après quelques chutes et misères d'usage, on put me voir pédaler fièrement sur mon vélo miniature, sur les gros pavés de Wilno, à la suite d'un long jeune homme triste qui portait un chapeau de paille et qui était un «sportif» célèbre dans le quartier. Il m'était formellement interdit de rouler seul dans les rues.

Un beau matin, en revenant de ma promenade avec mon instructeur, je trouvai une petite foule réunie à l'entrée de notre immeuble, bavant d'admiration devant une immense automobile jaune décapotée, arrêtée devant la porte cochère. Un chauffeur en livrée se tenait au volant. Ma bouche s'ouvrit démesurément, mes yeux s'agrandirent, je demeurai figé sur place devant cette merveille. Les autos étaient encore assez rares dans les rues de Wilno, et celles qui y circulaient n'avaient.qu'un très lointain rapport avec la création prodigieuse du génie humain que je voyais. Un petit camarade, fils du cordo