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La porte me fut ouverte par Aniela et celle-ci, sans un mot d'explication, me saisit par la main et m'entraîna dans ma chambre. Là, elle se livra sur moi à des travaux de propreté prodigieux. L'atelier de couture vint à la rescousse et toutes les filles, Aniela dirigeant les opérations, se mirent à me frotter, savo

Pendant une bo

Le visiteur était assis dans un fauteuil, les jambes allongées. Je fus frappé par son regard étrange, d'une clarté et d'une fixité légèrement inquiétantes et comme animales, sous des sourcils qui do

Le résultat de mon impair fut heureux. L'atmosphère de contrainte glacée qui régnait dans le salon disparut aussitôt. Ma mère me saisit dans ses bras. La belle dame rousse en robe couleur d'abricot vint m'embrasser à son tour. Et le visiteur me prit sur les genoux et, pendant que je sanglotais, conscient de la monstruosité de ma gaffe, il me proposa d'aller faire une promenade en automobile, ce qui eut pour effet de faire cesser mes larmes instantanément.

Je devais revoir Ivan Mosjoukine souvent, sur la Côte d'Azur, à la «Grande Bleue», où je venais boire un café avec lui. Il fut une vedette de cinéma célèbre jusqu'à l'avènement du parlant. A ce moment-là, son accent russe très fort et dont il n'essaya, du reste, jamais de se débarrasser, lui rendit la carrière très difficile et, peu à peu, le condamna à l'oubli. A plusieurs reprises, il m'aida à faire de la figuration dans ses films, pour la dernière fois, en 1935 ou 1936, dans une histoire de contrebandiers et de sous-marins, où il expirait, à la fin, dans un nuage de fumée, son bateau cano

Mosjoukine mourut peu de temps après la guerre, dans l'oubli et la gêne. Jusqu'à la fin, il conserva son regard éto

Je m'arrange parfois avec les cinémathèques pour revoir ses vieux films.

Il y joue toujours des rôles de héros romantique et de noble aventurier; il sauve des empires, triomphe à l'épée et au pistolet; caracole dans l'uniforme blanc d'officier de la Garde; enlève à cheval de belles captives; subit sans broncher la torture au service du Tzar; les femmes meurent d'amour dans son sillage… J'en sors en frémissant à l'idée de tout ce que ma mère attendait de moi. Je continue d'ailleurs à faire un peu de culture physique, chaque matin, pour me maintenir dispos.

Le visiteur nous quitta le soir même, mais il eut à notre égard un geste généreux. Pendant huit jours, la Packard jaune canari et le chauffeur en livrée furent laissés à notre disposition. Il faisait très beau et il eût été agréable de quitter les lourds pavés de la ville pour aller nous promener dans la forêt lithuanie

Mais ma mère n'était pas femme à perdre la tête et à se laisser griser par les effluves du printemps. Elle avait le sens de l'important, le goût de la revanche, et une volonté bien arrêtée de confondre ses e

Aux enfants de huit ans qui seraient parvenus à ce point de mon récit, et qui auraient vécu, comme moi, leur plus grand amour prématurément, je voudrais do

Le moment est peut-être venu aussi de m'expliquer franchement sur un point délicat, au risque de choquer et de décevoir quelques-uns de mes lecteurs et de passer pour un fils dénaturé auprès de certains tenants des écoles psychanalytiques en vogue: je n'ai jamais eu, pour ma mère, de penchant incestueux. Je sais que ce refus de regarder les choses en face fera immédiatement sourire les avertis et que nul ne peut se porter garant de son subconscient. Je m'empresse aussi d'ajouter que même le béotien que je suis s'incline respectueusement devant le complexe d'Œdipe, dont la découverte et l'illustration honorent l'Occident et constituent certainement, avec le pétrole du Sahara, une des explorations les plus fécondes des richesses naturelles de notre sous-sol. Je dirai plus: conscient de mes origines quelque peu asiatiques, et pour me montrer digne de la communauté occidentale évoluée qui m'avait si généreusement accueilli, je me suis fréquemment efforcé d'évoquer l'image de ma mère sous un angle libidineux, afin de libérer mon complexe, dont je ne me permettais pas de douter, l'exposer à la pleine lumière culturelle et, d'une manière générale, prouver que je n'avais pas froid aux yeux et que lorsqu'il s'agissait de tenir son rang parmi nos éclaireurs spirituels, la civilisation atlantique pouvait compter sur moi jusqu'au bout. Ce fut sans succès. Et pourtant, je compte sûrement, du côté de mes ancêtres tartares, des hommes de selle rapides, qui n'ont dû trembler, si leur réputation est justifiée, ni devant le viol, ni devant l'inceste, ni devant aucun autre de nos illustres tabous. Là encore, sans vouloir me chercher des excuses, je crois cependant pouvoir m'expliquer. S'il est vrai que je ne suis jamais parvenu à désirer physiquement ma mère, ce ne fut pas tellement en raison de ce lien de sang qui nous unissait, mais plutôt parce qu'elle était une perso