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Je ne sais comment elle s'y est prise, mais j'ai vu brusquement venir vers moi, sortant me semblait-il de nulle part, un brave caporal polonais. Nous lui sautâmes au cou: c'était le premier caporal que j'embrassais. Il nous apprit que le cargo brita

Le caporal venait donc à point. Forsans lui emprunta sa vareuse, Daligot sa casquette; quant à moi, ayant simplement enlevé ma veste et do

– Mission spéciale de liaison. Winston Churchill. Capitaine de La Maison Rouge, Deuxième Bureau. Nous passâmes une nuit paisible en mer dans la soute à charbon, bercés par des rêves de gloire inouïe. Je fus malheureusement réveillé par le clairon juste comme j'allais effectuer mon entrée à Berlin sur un cheval blanc.

Le moral était plutôt bon et prenait même volontiers une forme déclamatoire: nos fidèles alliés anglais nous attendaient, les bras ouverts; levant ensemble nos épées et nos poings contre les dieux e

Nous arrivâmes à Gibraltar juste à temps pour assister au retour de la flotte brita

Dans cet air étincelant et pur où l'Espagne reçoit l'Afrique, il me suffisait de lever les yeux pour voir au-dessus de moi la masse gigantesque de Totoche, le dieu de la bêtise: debout dans la rade, les jambes écartées, dans l'eau bleue qui lui venait à peine aux chevilles, la tête rejetée en arrière, se tenant le ventre, il emplissait le ciel, riant aux éclats – il avait, pour la circonstance, revêtu la casquette d'amiral anglais.

Je pensai ensuite à ma mère. Je l'imaginai, descendant dans la rue et allant casser les vitres du Consulat brita

Ne pouvant dans ces conditions accepter de demeurer plus longtemps à bord d'un bateau anglais et ayant remarqué dans la rade un aviso battant le pavillon tricolore, je me déshabillai et piquai une tête dans l'eau.

Mon désarroi était complet et ne sachant quelle décision prendre, à quel saint me vouer, c'est vers le pavillon national que je me jetai instinctivement. Pendant que je nageais, l'idée du suicide me vint pour la première fois à l'esprit. Mais je ne suis pas une nature soumise et ma joue gauche n'est à la disposition de perso

Il y avait deux kilomètres à parcourir, et la fraîcheur de l'eau aidant, je me calmai un peu. Après tout, je n'allais pas me battre pour l'Angleterre. Le coup bas qu'elle nous avait porté était inexcusable, mais il prouvait au moins qu'elle avait la volonté bien arrêtée de continuer la guerre. Je décidai qu'il n'y avait pas lieu de changer mes plans et que je devais me rendre en Angleterre, malgré les Anglais. J'étais cependant déjà à deux cents mètres du bateau français et j'avais besoin de souffler un peu avant de refaire les deux kilomètres en sens inverse.

Je crachai donc en l'air – je nage toujours sur le dos – et m'étant ainsi débarrassé de l'amiral brita

– Ça va? me demanda-t-il poliment. Je lui expliquai ma situation et appris à mon tour que l'aviso se rendait en Angleterre, avec douze sergents aviateurs à bord, rejoignant le général de Gaulle. Nous fûmes d'accord pour condamner l'attitude de la flotte brita

Le sergent Caneppa – le lieutenant-colonel Caneppa, Compagnon de la Libération, Commandeur de la Légion d'ho

Le voyage de Gibraltar à Glasgow dura dix-sept jours et je découvris que le bateau transportait d'autres «déserteurs» français. Nous fîmes co

Il s'appelait Bouquillard et, à trente-cinq ans, était de loin notre aîné. Plutôt petit, un peu voûté, coiffé d'un éternel béret, avec des yeux bruns dans un long visage amical, son calme et sa douceur cachaient une de ces flammes qui font parfois de la France l'endroit du monde le mieux éclairé.

Il devint le premier «as» français de la bataille d'Angleterre, avant de tomber après sa sixième victoire, et vingt pilotes debout dans la salle d'opérations, les yeux rivés à la gueule noire du haut-parleur, l'entendirent chanter jusqu'à l'explosion finale le grand refrain français, et alors que je griffo

Il n'a pas sa rue à Paris, mais pour moi toutes les rues de France portent son nom.

CHAPITRE XXXV

A Glasgow, nous fûmes accueillis aux accents des bagpipes d'un régiment écossais qui défila devant nous en tenue de gala écarlate. Ma mère aimait beaucoup les marches militaires, mais l'horreur de Mers el-Kébir ne nous avait pas encore quittés et, tournant le dos à la clique qui paradait dans les allées du parc qui nous servait de canto

Ce fut peu après mon arrivée à Glasgow que ma mère m'empêcha de faire une bêtise irréparable et dont j'aurais pu porter les stigmates et le remords toute ma vie. On se souvient dans quelles conditions j'avais été privé de mon galon de sous-lieutenant, à ma sortie de l'École de l'Air d'Avord. La plaie de cette injustice était encore fraîche et douloureuse dans mon cœur. Or, rien n'était plus facile à présent que de la réparer moi-même. Je n'avais qu'à me coudre un galon de sous-lieutenant sur les manches, et ça y était. Après tout, j'y avais droit et je n'en avais été spolié que par la mauvaise foi de quelques salopards. Pourquoi ne pas me rendre cette justice?