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Je décidai donc de passer en Angleterre, en compagnie de trois camarades, à bord d'un Den-5S, un type d'appareil tout nouveau qu'aucun de nous n'avait piloté auparavant.
L'aérodrome de Bordeaux-Mérignac les 15, 16 et 17 juin 1940 était certainement un des endroits les plus étranges qu'il m'eût jamais été do
De tous les coins du ciel, d'i
Le terrain était devenu une sorte de rétrospective de tout ce que l'Armée de l'Air avait compté comme prototypes depuis vingt ans: avant de mourir, l'aviation française revoyait son passé. Les équipages étaient parfois encore plus étranges que les avions. J'ai vu un pilote d'aéronavale avec une des plus belles croix de guerre qu'on puisse contempler sur une poitrine de combattant, sortir de la carlingue de son avion de chasse, tenant une petite fille endormie dans ses bras. J'ai vu un sergent-pilote faire descendre de son Goéland ce qui ne pouvait être autre chose que cinq aimables pensio
Mais je crois que c'est de mes cher Potez-25 et de ces vieux pilotes que nous ne voyions jamais approcher sans ento
– C'est un peu comme si on avait empêché Corneille et Racine d'écrire pour dire ensuite que la France n'avait pas de poètes tragiques.
Malgré tous les efforts que je faisais pour ne penser qu'à la perte de mes pyjamas de soie, le visage de ma mère m'apparaissait parfois parmi toutes les autres clartés de ce juin sans nuages. J'avais beau alors serrer les mâchoires, avancer le menton et mettre la main à mon revolver, les larmes emplissaient aussitôt mes yeux, et je regardais vite le soleil en face pour do
– Oui, dit-il, mais vous êtes pas du milieu, alors vous êtes pas obligés.
De Gâches devait piloter l'avion. Il avait trois cents heures de vol: une fortune. Avec sa petite moustache, son uniforme de chez Lanvin, son air racé, il était le garçon de bo
Comme on voit, en dehors de notre volonté de ne pas nous reco
De Gâches monta dans le Den pour recevoir du mécanicien quelques ultimes instructions sur le maniement d'un appareil dont il ignorait tout. Nous devions faire un tour d'essai pour nous familiariser avec les instruments, nous poser, laisser le mécanicien sur le terrain et décoller à nouveau, mettant le cap sur l'Angleterre. De Gâches nous fit signe de l'avion et nous commençâmes à boucler nos ceintures de parachute. Belle-Gueule et Jean-Pierre montèrent les premiers: j'avais des difficultés avec ma ceinture. Je mettais déjà un pied sur l'échelle, lorsque je vis venir vers moi une silhouette en bicyclette, pédalant à toute allure, et gesticulant. J'attendis.
– Sergent, on vous demande au mirador. Il y a une communication téléphonique pour vous. C'est urgent.
Je demeurai pétrifié. Qu'au milieu du naufrage, alors que les routes, les lignes télégraphiques, toutes les voies de communications étaient plongées dans le chaos le plus complet, alors que les chefs étaient sans nouvelles de leurs troupes et que toute trace d'organisation avait disparu sous le déferlement des tanks allemands et de la Luftwaffe, la voix de ma mère ait pu se frayer un chemin jusqu'à moi me paraissait presque surnaturel. Car je n'avais pas le moindre doute, là-dessus: c'était bien ma mère qui m'appelait. Au moment de la trouée de Sedan et, plus tard, alors que les premiers motards allemands visitaient déjà les châteaux de la Loire, j'avais essayé, grâce à l'amitié d'un sergent téléphoniste du mirador, de lui faire parvenir à mon tour un message rassurant, de lui rappeler Joffre, Pétain, Foch et tous les autres noms sacrés qu'elle m'avait tant de fois répétés dans nos moments difficiles, lorsque notre situation matérielle m'emplissait d'inquiétude ou qu'elle avait une de ses crises d'hypoglycémie. Mais il y avait alors encore quelque semblant d'ordre dans les télécommunications, les consignes étaient encore respectées, et je n'étais pas parvenu à la toucher.
Je criai à de Gâches de faire le tour d'essai sans moi et de revenir me prendre devant le hangar; j'empruntai ensuite la bicyclette du caporal et me mis à pédaler.
J'étais à quelques mètres du mirador lorsque le Den se lança sur la piste de décollage. Je descendis de bicyclette et, avant d'entrer, jetai un coup d'oeil distrait à l'avion. Le Den était déjà à une vingtaine de mètres du sol. Il parut un instant suspendu immobile dans l'air, hésita, se mit en cabré, vira sur l'aile, piqua, et alla s'écraser au sol en explosant. Je regardai un bref instant cette colo