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– Je t'en supplie, ne le fais pas! Renonce à ton projet héroïque 1 Fais-le pour ta pauvre vieille maman – ils n'ont pas le droit de demander ça à un fils unique! J'ai tellement lutté pour t'élever, pour faire de toi un homme, et maintenant… Oh, mon Dieu!

Les yeux étaient agrandis par la peur, le visage bouleversé, les mains jointes.

Je n'étais pas éto

Je lui pris la main.

– Mais les billets sont déjà payés, lui dis-je. Une expression de résolution farouche balaya toute trace de peur et de désespoir de son visage.

– Ils les rembourseront! proclama-t-elle, en saisissant sa ca

Je n'avais pas le moindre doute là-dessus. C'est ainsi que je n'ai pas tué Hitler. Il s'en est fallu de peu, comme on voit.

CHAPITRE XXVIII

Quelques semaines à peine séparaient à présent ma mère de mon galon de sous-lieutenant et on imagine avec quelle impatience nous attendions tous les deux notre appel sous les drapeaux. Nous étions pressés: son diabète s'aggravait et, malgré les divers régimes alimentaires que les médecins essayaient, le degré de sucre dans son sang montait parfois dangereusement. Elle fit une nouvelle crise de coma insulinique en plein marché de la Buffa et ne reprit co

Je fus incorporé à Salon-de-Provence le 4 novembre 1938. J'avais pris place dans le train des conscrits et une foule de parents et amis accompagnaient les jeunes gens à la gare, mais seule ma mère était armée d'un drapeau tricolore qu'elle ne cessait d'agiter, en criant parfois «Vive la France», ce qui me valait des regards hostiles ou goguenards. La «classe» qui était ainsi incorporée brillait par son manque d'enthousiasme et une profonde conviction, que les événements de 40 devaient justifier pleinement, qu'on la forçait à prendre part à un «jeu de cons». Je me souviens d'une jeune recrue, laquelle, irritée par les manifestations patriotardes et cocardières de ma mère, si contraires aux bo

– Ça se voit qu'elle est pas française, celle-là.

Comme j'étais déjà moi-même excédé et exaspéré par l'exubérance sans retenue de la vieille dame au drapeau tricolore, je fus très heureux de pouvoir prendre prétexte de cette remarque pour me soulager un peu en portant à mon vis-à-vis un très joli coup de tête dans le nez. La bagarre devint aussitôt générale, les cris de «fasciste», «traître», «à bas l'armée» fusant de toutes parts, cependant que le train s'ébranlait, que le drapeau s'agitait désespérément sur le perron et que j'avais à peine le temps de paraître à la portière et de faire un signe de la main, avant de me replonger résolument dans la mêlée providentielle qui me permettait d'échapper au moment des adieux.

Les jeunes gens titulaires de la Préparation militaire supérieure devaient être dirigés sur l'École de l'Air d'Avord dès leur incorporation. Je fus gardé à Salon-de-Provence près de six semaines. A toutes mes questions, les officiers et sous-officiers haussaient les épaules: on n'avait pas d'instructions me concernant. Je fis demande sur demande, par voie hiérarchique, toutes commençant par un «J'ai l'ho

Le temps passa rapidement dans ces amusements, et nous approchâmes enfin du grand jour de «l’amphi de garnison» où notre rang de sortie et nos affectations allaient nous être sole

Le tailleur militaire avait déjà fait le tour des chambrées et nos uniformes étaient prêts. Ma mère m’avait envoyé, pour couvrir mes frais d’équipement, la somme de cinq cents francs, qu’elle avait empruntée chez M.Pantaleoni, au marché de la Buffa. Mon grand problème était la casquette. Les casquettes pouvaient être commandées avec deux sortes de visières: visière courte et visière longue. Je n'arrivais pas à me décider. La visière longue me do

L'amphi de garnison eut lieu dans une atmosphère de joyeuse anticipation. Les noms des garnisons disponibles s'inscrivaient sur le tableau noir – Paris, Marrakech, Meknès, Maison-Blanche, Biskra… Selon le rang de sortie, chacun pouvait faire son choix. Les premiers optaient traditio