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Brigitte revint vers deux heures du matin, alors que je commençais déjà à m'inquiéter: il lui était peut-être arrivé quelque chose? Elle gratta timidement à la porte, et je lui dis hautement et clairement, en un mot, ce que je pensais d'elle. Pendant une demi-heure, elle chercha à m'apitoyer, à travers la porte fermée. Puis il y eut un long silence. Pris de frousse à l'idée qu'elle allait peut-être retourner à l'Hôtel des Grands Hommes, je bondis hors du lit et lui ouvris. Je lui do
– Pourquoi as-tu fait ça?
La réponse de Brigitte fut vraiment très belle. Émouvante, je dirai même. Elle montre vraiment la force de ma perso
– Il te ressemblait tellement!
Je n'en suis pas encore revenu. Je n'étais pas encore mort, on habitait ensemble, elle m'avait sous la main, mais non, il fallait qu'elle fît tous les soirs un kilomètre sous la pluie pour aller retrouver quelqu'un, uniquement parce qu'il me ressemblait. C'est ce qu'on appelle avoir du magnétisme, ou je ne m'y co
Depuis, j'ai beaucoup réfléchi à la réponse que Brigitte m'avait do
Je n'ai plus jamais été trompé par une femme, depuis – enfin, je veux dire, je n'ai plus jamais attendu sous la pluie.
CHAPITRE XXVII
J'étais à présent dans ma dernière a
Je n'avais prêté aux événements d'Europe qu'une oreille distraite. Non point que je fusse occupé exclusivement de moi-même, mais, peut-être parce que j'avais été élevé par une femme et entouré de tendresse féminine, je n'étais pas capable de haine soutenue, et il me manquait donc l'essentiel pour comprendre Hitler. Et le silence de la France face à ses menaces hystériques, au lieu de m'inquiéter, me paraissait le signe d'une force calme et sûre d'elle-même. Je croyais à l'armée française et à nos chefs vénérés. Bien avant celle que notre État-Major dressa à nos frontières, ma mère avait élevé autour de moi une ligne Maginot de certitudes tranquilles et d'images d'Ëpinal qu'aucun doute ni aucune inquiétude ne pouvaient entamer. C'est ainsi, par exemple, que ce fut seulement au lycée de Nice que j'appris pour la première fois notre défaite par les Allemands en 1870: ma mère avait omis de m'en parler. J'ajoute que, tout en ayant mes bons moments, il m'a toujours été difficile d'accomplir cet effort prodigieux de bêtise dont il faut être capable pour croire sérieusement à la guerre et en accepter l'éventualité. Je sais être bête, à mes heures, mais sans m'élever jusqu'à ces glorieux sommets d'où la tuerie peut vous apparaître comme une solution acceptable. J'ai toujours considéré la mort comme un phénomène regrettable et l'infliger à quelqu'un est tout à fait contraire à ma nature: je suis obligé de me forcer. Certes, il m'est arrivé de tuer des hommes, pour obéir à la convention unanime et sacrée du moment, mais ce fut toujours sans entrain, sans une véritable inspiration. Aucune cause ne me paraît assez juste, et le cœur n'y est pas. Lorsqu'il s'agit de tuer mes semblables, je ne suis pas assez poète. Je ne sais pas y mettre la sauce, je ne sais pas entamer un hymne de haine sacrée et je tue sans panache, bêtement, puisqu'il le faut absolument.
La faute en est aussi, je crois, à mon égocentrisme. Mon égocentrisme est en effet tel que je me reco
Nous étions à la veille de Munich, on parlait beaucoup de guerre, et le style de ma mère, dans les lettres qui me parvenaient dans mon exil sentimental à Bjôrkô, prenait déjà des accents so
J'ai souvent essayé de m'orienter dans les «pourquoi» et les «comment» de cet amour éto
Le patriotisme de ma mère, s'exaltant dans l'imminence de ma grandeur militaire, prit alors une tournure inattendue.
C'est à cette époque, en effet, que se situe l'affaire de mon attentat manqué contre Hitler.
Les journaux n'en ont pas parlé. Je n'ai pas sauvé la France et le monde, perdant ainsi une occasion qui ne se représentera peut-être jamais.
L'affaire eut lieu en 1938, à mon retour de Suède.
Ayant abando
Je pris un taxi de la gare, et, dès le tournant du boulevard Gambetta dans la rue Dante, je pus voir de loin, dans le petit jardin devant l'hôtel, une silhouette qui me fit sourire, comme toujours, avec tendresse et ironie.
Ma mère, cependant, m'accueillit d'une manière fort étrange. Certes, je m'attendais à quelques bo
J'avoue que j'eus un moment d'hésitation. Je venais de me battre sur plusieurs fronts, j'avais fait dix métiers divers et souvent déplaisants et do