Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 30 из 39

Une femme est entrée, elle est ressortie immédiatement comme si elle avait vu quelque chose qui l'avait révulsée. Elle rentrerait chez elle se couper quelques mèches devant la glace de la salle de bains. Elle serait obligée ensuite de dissimuler sa chevelure massacrée sous un foulard, et toute la soirée elle serait d'une humeur exécrable. Elle aurait une altercation avec l'aînée de ses filles qui renverserait un vase de fleurs sur le tapis. Pour exaspérer son mari, elle lui rappellerait son échec à l'examen d'entrée d'une grande école vingt a

Elle lui reprocherait son manque d'ardeur qui l'acculait à la masturbation, car un amant n'aurait fait que compliquer son existence déjà éprouvante de mère responsable de la gestion rigoureuse des enfants, sans compter l'angoisse de les savoir au monde avec la mort pour seul horizon, au mieux dans soixante ou quatre-vingt-dix ans. D'ailleurs elle ne blâmerait même pas sa mollesse, elle préférerait toujours l'onanisme à cette mise en commun des corps et du plaisir. Elle aimait à se retrouver seule, face à son organe, libre de l'exploiter à sa guise sans l'intervention d'autrui. Elle utilisait pourtant toute une population hétéroclite de familiers, d'inco

Un homme est entré à son tour, il était perdu. Le coiffeur lui a suggéré de demander plutôt son chemin à un agent. L'homme est reparti, elle a regretté qu'il ne se soit pas attardé. Elle aurait accepté de se laisser interroger longuement sur la ville. Les boulevards et les avenues étaient interminables, les rares rues arrivaient à l'improviste, et si certaines semblaient aussi longues qu'une ligne de métro, d'autres avaient la brièveté d'une impasse. Elle l'aurait dissuadé d'aller à son rendez-vous, elle avait trop envie de parler avec lui. Afin qu'il n'ait aucun regret, elle était d'accord ensuite pour l'emmener à son domicile le temps d'un rapport, à moins qu'il préfère poursuivre la conversation dans un restaurant ou un bar.

S'il avait une femme et un fils souffrant d'un léger handicap, il téléphonerait pour avertir qu'il avait dû prendre un avion au dernier moment et qu'il serait de retour le surlendemain. Quand il rentrerait, son épouse lui dirait que leur enfant n'avait jamais admis sa différence et qu'il était parvenu l'ayant-veille à se blesser à mort avec un outil de jardin. On l'avait incinéré en début d'après-midi, et elle avait évacué ses cendres dans les toilettes. Fou de chagrin, il l'étranglerait. Puis, il essaierait d'imiter le geste du gamin. Mais l'instrument se déroberait à chaque fois, et il n'entamerait même pas son épiderme. Il admettrait que la vie était la forme de mort qui lui était dévolue, il devrait la supporter avec résignation jusqu'au moment où elle se transformerait en décès véritable.

D'autres perso

La jeune fille l'inviterait malgré tout à monter chez elle. Elles décideraient malgré tout de poursuivre leur conversation dans le studio de la jeune femme. Elles boiraient un verre sur le balcon, fascinées par toutes ces vies humaines qui circuleraient au-dessous d'elles avec leurs organes cachés sous les vêtements et la peau, et leurs pensées qui ne s'élèveraient pas jusqu'à elles comme les effluves d'un parfum ou d'une charogne. Elles riraient d'une femme maigre, d'un homme qui se tâterait à la recherche de son portefeuille ou de ses clés. Elles trouveraient même drôle un vieillard vêtu de jaune, et une petite maison délabrée écrasée entre deux tours. Puis tout d'un coup les gens leur sembleraient tristes comme s'ils suivaient dans tous les sens un cortège funèbre. On aurait dit qu'ils se pressaient, qu'ils couraient pour rattraper le corbillard avant son arrivée au cimetière.

Elles se replieraient à l'intérieur, elles somnoleraient sur le couvre-lit. Elles se réveilleraient, elles se diraient au revoir. La nuit serait tombée, le salon de coiffure serait fermé. Elle voudrait remonter, mais la jeune femme refuserait de lui ouvrir. Elle regarderait la petite maison coincée entre les tours, mais à la lumière des lampadaires son comique lui échapperait tout à fait.

Elle entrerait dans un café où un homme l'aborderait, elle se laisserait emmener et saillir. Puis il se ferait cuire des œufs dans la cuisine, tandis qu'eIle serait étendue dans la chambre, épuisée comme une bête qu'on a trop montée. Il lui proposerait de partager sa dînette, mais elle ne se sentirait pas la force de faire le moindre geste. Elle n'aurait même pas assez d'énergie pour s'endormir, elle garderait les yeux grands ouverts.

Il reviendrait se coucher, elle prenqrait appui sur ses coudes et elle se traînerait hors des draps. Il lui dirait tu peux dormir sur le divan du salon, il y a une couverture dans l'armoire.

Une fois dehors, elle se souviendrait que l'endroit était perdu dans une banlieue loin de la ville. Autour d'elle il y aurait quelques immeubles, des pelouses, et des arbres de plus en plus rapprochés qui se termineraient en épaisse forêt. Elle s'en irait à la recherche d'une agglomération, elle marcherait sur le bas-côté et quand elle voudrait revenir en arrière elle se perdrait en croyant prendre un raccourci.

Au matin, un forestier la découvrirait en état d'hypothermie recroquevillée sur un tronc. À sa sortie de l'hôpital, elle chercherait obstinément le salon de coiffure où tout avait commencé quelques jours auparavant. On aurait dit qu'il s'était résorbé, ou qu'il s'était envolé comme un ballon. Elle n'en retrouverait jamais la trace. Quand trois ans plus tard elle agoniserait le ventre plein de comprimés et d'alcool, elle aurait une pensée fugitive pour le coiffeur et les deux perso

Pour la faire patienter, le coiffeur lui a apporté un gobelet de café. Elle a remarqué qu'il avait un regard vide, presque transparent comme deux lucarnes do

Elle a bu le café, elle a baissé les paupières. Elle aurait voulu être condamnée à mort, se trouver sanglée sur une civière avec l'aiguille dans la veine, sentir peu à peu l'euphorie la gagner et son cœur ralentir doucement sa cadence. Elle apercevrait sa mère de l'autre côté de la vitre qui lui ferait des signes, et elle lui répondrait d'un petit sourire béat. Avant de succomber, elle aurait le temps de jouir du bonheur d'être prise en charge, de laisser sa volonté au repos pour la première fois.

Un médecin constaterait son décès, on proposerait son corps à sa mère qui après quelques hésitations préférerait l'abando

Elle ne voulait pas mourir, elle était sûre qu'un jour vivre lui ferait plaisir. Elle serait mariée à un homme qui serait souvent absent pour raisons professio

Elle les emmènerait à l'école qui lui semblerait irréelle dans le brouillard de l'hiver, et puis elle marcherait seule, adressant la parole aux passants, acceptant de monter en voiture avec n'importe qui, finissant la journée étranglée dans la chambre d'un étudiant au tempérament sanguin. Son mari rentrerait en catastrophe le soir même. Il dirait à la police que ces derniers temps son épouse était trop gaie, trop confiante en l'avenir, elle avait attiré le crime comme le miel attire la mouche.

Elle voulait vivre encore quelques a