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Elle avait toujours la même tête dans le miroir, mais elle n'osait pas se dévisager. Elle préférait se supposer, plutôt que de se voir, de se sauter à la figure comme un monstre griffu. Elle regardait plutôt le mur qui se réfléchissait avec son porte-manteau et ses affichettes. Elle ouvrait la bouche, elle la refermait sans qu'il en soit sorti aucun mot. Elle avait sûrement un passé riche en événements, une histoire qu'elle aurait pu se raconter. Elle n'était pas cette femme vidée de l'intérieur par l'angoisse qui l'avait corrodée peu à peu, prenant toute la place, la transformant en simple réceptacle. Au contraire elle était bienheureuse, elle dégustait chaque instant. Elle méprisait les visages qui cachaient leurs dents, qui s'abstenaient de sourire comme s'ils dissimulaient avec leurs lèvres un organe sexuel dont ils avaient honte. Chacun devait réaliser qu'il bénéficiait d'une boîte crânie
Elle craindrait de se voir dans la glace par accident, elle baisserait la tête. Dorénavant elle mènerait une vie dépourvue de désirs, elle abando
Elle co
À son réveil, elle aurait la bouche sèche et elle ne se souviendrait plus de rien. Sa mère serait morte, le peu d'argent qu'elle aurait laissé derrière elle ne lui permettrait pas d'acquitter longtemps le loyer. Elle vivrait dans la rue, elle ne serait incommodée ni par la faim, ni par la crasse, chérissant même les grands froids d'hiver qui engourdissent, qui font sombrer dans une léthargie épaisse et lourde. À l'occasion elle se laisserait transporter dans un asile pour y passer quelques nuits au chaud, mais elle n'opposerait pas de résistance quand on la remettrait dehors. Elle n'aurait pas plus de considération pour sa perso
Elle devait avoir le courage de relever la tête. Elle était sans doute autre chose que rien, sa valeur infime était réelle, elle n'avait qu'à partir à sa recherche, elle trouverait bien une silhouette, une phrase répétée sans fin par une folle dans la nuit jaune d'une petite rue, ou même une jeune femme sympathique au bel enfant scolarisé depuis l'an passé.
Elle aurait souhaité devenir une perso
Elle serait la dernière à survivre au reste de la coterie, elle garderait sa joie intacte et à ses yeux le réel continuerait à scintiller avec obstination. Parfois, quand elle se promènerait lentement appuyée sur sa ca
Elle aurait voulu que quelqu'un entre avec une nouvelle tête sous le bras et change celle du coiffeur. Il se débarrasserait de l'ancie
Le coiffeur aurait dû comprendre qu'il était temps pour lui de se métamorphoser en roquet clignotant installé sur la plage arrière d'une vieille voiture toute cabossée conduite par une femme ménopausée depuis une trentaine d'a
Le lendemain matin, on so
Elle restait assise, le regard tendu vers le plafond laqué. La solitude l'abîmait, elle regrettait de ne pas être incarcérée afin de pouvoir échanger des paroles à la promenade avec tout un aréopage d'êtres humains. Les gardie
Elle comprendrait qu'une vie de vieille fille ou de médiocre épouse aurait été préférable à son sort. Elle aurait eu un commerçant favori avec qui elle aurait taillé de longues bavettes, ou des enfants laids mais attachants avec leurs pattes crochues et leurs cervelles de mouches. Elle serait partie en vacances avec une simple valise de plastique rouge, ou un break plein de bagages, de vélos, de bouées, sans compter la tente mal arrimée sur le toit qui valdinguerait à chaque virage.
Quand elle sortirait, son pécule misérable lui permettrait de prendre un repas dans un restaurant et de passer une nuit à l'hôtel. Ensuite, elle resterait cinquante-six jours à l'air libre, trouvant son alimentation dans les poubelles et cherchant à nouer des contacts avec les gens immobiles devant les arrêts de bus ou ceux qui attendraient à l'entrée des salles de spectacle. Elle réussirait à échanger quelques mots avec une étudiante qui semblerait un instant passio
Elle n'aurait plus aucun rapport humain, et elle n'essaierait même pas de caresser les chiens qu'on promènerait en grand nombre dans les rues. Elle palperait sa peau sous ses habits, elle aurait l'impression qu'elle refroidissait graduellement, alors qu'au contraire elle brûlerait de fièvre. Pour se sentir moins seule, elle entrerait dans un magasin de chaussures. Elle y mourrait. Elle aurait mené une de ces i
Elle essayait encore une fois de s'accrocher à la réalité, même si elle n'était pas plus solide que n'importe quel rêve. Elle était une femme sortie de chez elle, qui avait marché, pris des moyens de transport, et qui faisait halte dans un salon de coiffure comme pour essayer de s'enfuir, de passer la frontière, afin de se retrouver loin de sa structure actuelle, de ce château de pensées et de sensations dont elle était l'habitante minuscule. Elle se demandait si elle ne pouvait pas s'a