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La chambre non plus n'était pas grande, mais la fenêtre laissait espérer qu'on pouvait s'accrocher à la façade et osciller en prenant le vertige pour une bouffée d'infini.

Elle retournait dans la salle de bains, elle se voyait dans la glace avec cette folie apparente, répugnante comme une couche de poils. Elle reculait, elle mettait sa tête dans ses mains, la secouant de toutes ses forces. Elle se regardait à nouveau, de loin, et elle voyait une tête ordinaire qu'elle aurait pu promener n'importe où.

Elle refuserait dorénavant de se laisser entraîner par les raiso

Elle s'est allongée sur son lit. La rue était un lieu hostile, elle n'y co

Elle resterait couchée nuit et jour, mais peu à peu une cohue semblable se formerait en elle et les gens lui apparaîtraient avec leurs vies entières qui se déploieraient dans sa conscience, l'empêchant de s'y mouvoir ou d'y faire le vide pour conjurer l'insomnie.

Elle entrerait de plain-pied dans l'existence de ce vieillard au passé étroit comme un couloir, sans autres evenements qu un mariage a vingt ans avec une femme vite morte, des passes expédiées à trois pâtés de maisons de son logement, un avancement vers la quarantaine qui lui aurait permis de partir en vacances plus souvent. Puis, il aurait vécu trois ans avec une employée de bureau qui l'aurait quitté quand elle se serait rendu compte qu'il continuait à fréquenter des prostituées. Pour supporter la rupture il aurait consulté plusieurs voyantes, et il serait mort à soixante-dix-huit ans en vilipendant une gamine qui vomirait dans la cage d'escalier.

Elle aurait aussi dans la tête cette femme opérée à quatorze reprises qui serait si gentille avec ses voisins. Elle leur offrirait des cadeaux, et leur do

Entre deux hospitalisations, elle continuerait malgré tout à essayer d'amadouer l'immeuble. Elle organiserait un arbre de Noël dînatoire au cours duquel perso

Elle aurait toujours ses bras munis de ses mains naturelles qui lui permettraient de manipuler des objets, ou de toucher son corps pour s'assurer qu'il en restait encore un peu. Quand l'infirmier serait parti, la gardie

Alors elle appellerait des artisans pour construire une penderie ou changer ses fenêtres, raboter le parquet, remplacer la porte qui do

Malgré le défilé des artisans, elle ne pourrait oublier complètement ses douleurs. Son état empirerait. Elle continuerait pourtant à vivre chez elle, assistée jour et nuit par des gardes-malades qui se passeraient le relais. Elle leur réclamerait des précisions sur la couleur du carrelage de leur cuisine, leur demandant s'ils prenaient des douches, des bains, s'ils possédaient un lustre, une descendance assortie, et si la fille était plus brillante à l'école que le garçon. Elle voudrait savoir s'ils avaient un balcon, s'ils avaient récemment acheté une boîte à outils.

Tout ce qu'on lui raconterait imbiberait un instant ses cellules, puis s'évaporerait sans lui laisser le moindre souvenir. Elle aurait besoin d'un bavardage continuellement renouvelé, chaque seconde de silence lui do

Elle luttait pour oublier tous ces gens, et pourtant des foules s'incrustaient en elle, des assemblées, des bandes de voyous à qui elle devait abando

Elle s'asseyait à la terrasse d'un café, elle commandait un jus d'orange. Elle se reprochait son attitude, cette façon désinvolte de devenir folle à tout propos. Elle regrettait qu'à la place elle n'ait pas la manie de vider chaque jour sa mémoire des souvenirs devenus inutiles, et de ceux plus nombreux encore qui étaient désagréables, nocifs, qu'on pourrait un jour soupço

Elle ne comprenait pas pourquoi elle restait dans la salle de bains, figée devant la glace. Elle traversait l'appartement jusqu'à la cuisine, elle s'asseyait sur une chaise. Le désœuvrement lui semblait une torture insupportable comme un travail. Elle se levait, regardait autour d'elle sans découvrir aucune distraction possible. Elle ouvrait le petit placard sous l'évier, elle voulait prendre de quoi nettoyer les vitres, mais au dernier moment elle s'abstenait. Elle se bornerait à faire couler de l'eau indéfiniment dans un verre, puis à le frotter avec une éponge et à l'abando

Le mieux serait encore que le téléphone se déclenche tout seul, qu'elle bénéficie d'une voix au bout du fil sans avoir eu à la solliciter. Ce serait un homme, elle en tomberait amoureuse à la première pénétration. Après trois semaines de plaisir, il la laisserait un matin sur le bord de la route. Elle l'aimerait trop pour lui en vouloir ou chercher à retrouver sa trace. Elle marcherait jusqu'au prochain village, elle s'assiérait dans le premier café qu'elle trouverait sur son chemin. Un type viendrait lui parler. Il ne lui plairait pas, elle accepterait pourtant de coucher avec lui. Il serait fruste, mais elle partagerait sa vie, l'aidant à tenir son commerce et à s'occuper de sa petite basse-cour au fond de son jardin. Elle devrait s'habituer à employer ses loisirs à voisiner avec des femmes sans éducation, et à repasser ses chemises sans que jamais il lui dise merci. Elle n'aurait pas d'enfant, mais l'homme aurait une nièce qui viendrait passer l'été chez eux. Elle la verrait grandir, cette gamine lui infuserait la joie radieuse d'exister.

Le reste de l'a