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Elle marcherait en souriant et plusieurs hommes l’aborderaient. Elle croirait voir de la neige tomber et un rayon de soleil se réveiller dans la nuit. Elle aurait envie de rencontrer cette fille aux jambes arquées avec qui elle allait à l'école autrefois. Elle lui dirait sûrement qu'elle n'avait pas de mari, mais que son bébé lui suffisait. Elle l'emmènerait chez elle pour le lui montrer. Peu à peu d'ancie

Il neigerait, cette fois par bourrasques. Elle se plierait en deux derrière un camion en statio

Malgré l'heure tardive, elle monterait visiter un appartement témoin. Mais elle se rendrait compte qu'elle était chez elle, et que cette peinture de mauvais goût était celle de sa salle de bains. Elle se do

Elle irait s'asseoir au salon, elle apprécierait le blanc cassé des murs et elle éprouverait un certain plaisir à être assise sur son canapé, en toute sécurité, sans aucun risque de chuter dans une des nombreuses failles qui parsèment la croûte terrestre. Elle savourerait un instant la vie, elle avalerait sa salive à plusieurs reprises pour mieux la sentir descendre en elle. Elle s'approcherait de la petite lampe. Dorénavant, elle fuirait l'obscurité qui l'entourait d'un blindage et l'isolait du reste des humains. Elle se sentirait capable d'affection, elle do

Elle n'aurait rien à leur servir, à part une douzaine d'olives oubliées au fond d'un pot. Au bout de quelques minutes, ils s'en iraient.

Le lendemain elle achèterait des alcools, elle les boirait seule, préférant le silence de sa chambre vide au caquet de toutes ces perso

Elle est revenue au salon. Elle ne se suiciderait que si elle en éprouvait un désir aussi fort que celui d'un sexe. Alors elle se jucherait sur une hauteur et tomberait à pic comme un oiseau mort.

Elle est allée prendre un chiffon à la cuisine, bien que la femme de ménage soit passée par là elle avait envie de s'attaquer à tous les meubles, même aux vitres, aux radiateurs, aux poignées de portes. Elle voulait occuper ses doigts, son corps, sa conscience, afin de résister à la tentation de changer d'avis, et de se faire un quadruple petit trou dans la poitrine avec une fourchette ou d'avaler un cocktail de détergents qui la ferait sautiller de douleur toute la nuit.

Elle a jeté le chiffon par terre. Elle se sentait joyeuse, c'était une obligation, un devoir, au même titre que de se tenir debout ou de laisser respirer ses poumons. Elle souriait à l'écran de télévision éteint qui la reflétait plus ou moins. Elle se mettait au lit, respirant son odeur sous la couette comme si elle allait la conduire à un secret blockhaus intérieur où elle serait enfin à l'abri de son angoisse. Elle se relevait, elle ouvrait la fenêtre. La rue se découpait nettement, avec la cible du trottoir luisant sous un lampadaire. Elle aurait aimé que des gens sautent avec elle de toutes les fenêtres à la fois.

Elle faisait le tour de l'appartement, comme si elle s'attendait à retrouver quelque part une co

Elle s'apercevait qu'il n'y avait perso

Quand elle en serait lasse à nouveau, elle appellerait la police et ils gagneraient le commissariat menottes aux poignets. On refuserait de l'emmener avec eux, elle resterait assise sur le canapé à respirer l'e

Elle irait fouiller le placard de la cuisine dans l'espoir de retrouver quelqu'un qui se serait caché là avant l'arrivée des forces de l'ordre. Elle se serait contentée d'un fragment d'humain, une oreille, une bouche et les accessoires indispensables pour les faire fonctio

Elle ne trouverait rien, pas même un insecte mort les pattes en l'air derrière le frigo. Elle inspecterait la chambre, il y aurait de la poussière sous l'armoire et elle s'apercevrait que la pendulette n'était pas à l'heure. Si elle avait trouvé un couple dans son lit, elle leur aurait demandé d'attendre un peu avant de partir. Comme ils resteraient figés l'un contre l'autre, elle se déshabillerait et se joindrait à eux afin de rompre la glace. Ils fuiraient son contact, ils chercheraient leurs habits dispersés dans toute la pièce. Ils disparaîtraient sans qu'elle sache jamais comment ils étaient apparus.

Mais le lit serait vide, il porterait seulement l'empreinte un peu morbide de son corps sur le drap vert comme de la mousse. Elle aurait pu lui adresser la parole afin d'en savoir plus sur sa condition de faux pli, alors que d'autres sont une tache de calcaire, ou une coulure de peinture dans l'encadrement d'une porte.

Elle s'est brossé les dents, elle a mis un peu d'eau de toilette dans ses cheveux. Elle aurait aimé se maquiller côte à côte avec une autre femme, échangeant produits et potins. Elle lui aurait raconté qu'elle s'était disputée avec sa mère, et l'autre lui aurait confié son dégoût pour son père qui l'empêchait de fermer la porte de sa chambre alors qu'elle avait déjà des seins.

Aujourd'hui encore, chaque soir avant de s'endormir elle prenait la peine de souhaiter sa mort. D'une manière générale, elle n'aimait pas les parents quels qu'ils soient. Elle n'aurait jamais d'enfant, elle se méfiait même des objets auxquels on s'attachait et qu'on transmettait tout crasseux à sa mort. Elle se plaindrait de la piètre qualité du mascara et du miroir taché d'éclaboussures de dentifrice. Elle lui dirait qu'elle était obligée de s'en aller. Elle ne parviendrait pas à la retenir.

Elle était fatiguée d'imaginer des gens, elle devait se satisfaire de l'air contenu dans les pièces et des meubles qui en faisaient partie. Elle pouvait s'allonger sur son petit tapis, consulter un livre, un vieux cours, ou frapper dans ses mains comme si elle était encore une enfant perdue dans une ronde d'écoliers. La solitude pouvait devenir une activité comme une autre, au même titre que l'entomologie ou la philanthropie. Elle ne s'intéresserait pas aux insectes, elle ne vouerait pas sa vie aux autres, elle se braquerait sur elle-même comme un rayon.

Elle a mouillé son visage, elle l'a frotté avec du savon. Elle l'a douché au-dessus de la baignoire, elle avait envie de raser ses sourcils pour do