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Ô malheureuse! que j'ai pitié de ta destinée fatale!
Je veux encore parler de ma destinée et me lamenter sur elle. J'appelle et supplie Hèlios que je regarde pour la dernière fois! Que mes meurtriers payent à mes vengeurs le sang de la captive aisément égorgée! Ô les choses humaines! si elles prospèrent, une ombre les anéantit, et, dans l'adversité, une éponge imprégnée d'eau en efface la trace! Et c'est sur cela que je gémis plus que sur le reste.
Il n'y a point de satiété du bonheur pour les mortels, et nul ne nous repousse des demeures déjà montrées au doigt pour leurs richesses, en disant: Tu n'entreras pas! Les dieux heureux ont accordé à celui-ci de prendre la ville de Priamos, et il revient dans sa demeure, honoré par les dieux. Mais, si, maintenant, il lui faut expier les discordes et les meurtres de ceux qui ont tué avant lui, s'il doit mourir pour d'autres morts, quel mortel, sachant cela, pourrait se vanter d'être né pour une destinée heureuse?
A moi! Je suis frappé d'une blessure mortelle, en plein cœur!
Silence! Qui a crié, blessé d'un coup mortel?
Encore! Je suis frappé d'une autre blessure!
C'est un cri du roi! Il semble qu'un crime ait été commis. Délibérons sur ce qu'il nous faut faire.
Pour moi, je vous dirai ma pensée: appelons les citoyens vers la demeure, afin d'y porter secours.
Il me semble qu'il faudrait plutôt nous ruer dans la maison et punir le crime l'épée encore en main.
J'y consens. Il faut agir et ne point tarder.
Il faut voir. En effet, c'est ainsi qu'ils commencent, ceux qui aspirent à la tyra
Nous perdons le temps; mais eux, ils foulent aux pieds le mérite de la prudence, et leur main ne dort pas!
Je ne sais quel conseil vous do
Je le pense aussi, car il n'est pas en ma puissance de faire par des paroles que les morts se tie
Mais faut-il sacrifier toute notre vie aux violateurs de cette maison, et seront-ils nos maîtres?
Cela n'est pas supportable. Mieux vaut mourir. La mort vaut mieux que la soumission à la tyra
Mais quelle preuve avons-nous, autre que ce cri poussé, pour affirmer que le roi a été tué?
Certes, il ne faut affirmer qu'en toute certitude. Il y a loin de la certitude à la conjecture.
Je le pense aussi. Il faut attendre que nous sachions sûrement ce qui est arrivé à l'Atréide.
Je n'aurai point honte de démentir maintenant les nombreuses paroles que j'ai dites déjà, comme il convenait dans le moment. De quelle façon, en effet, préparer la perte de celui qu'on hait et qu'on semble aimer, afin de l'envelopper dans un filet dont il ne puisse se dégager? A la vérité, il y a bien longtemps que je songe à livrer ce combat. J'ai tardé, mais le temps est venu. Me voici debout, je l'ai frappé, la chose est faite. Certes, je n'ai point agi avant qu'il ne lui fût impossible de se défendre contre la mort et de l'éviter. Je l'ai enveloppé entièrement d'un filet sans issue, à prendre les poissons, d'un voile très-riche, mais mortel. Je l'ai frappé deux fois, et il a poussé deux cris, et ses forces ont été rompues, et, une fois tombé, je l'ai frappé d'un troisième coup, et le Hadès, gardien des morts, s'en est réjoui! C'est ainsi qu'en tombant il a rendu l'âme. En râlant, il m'a arrosée d'un jaillissement de sa blessure, noire et sanglante rosée, non moins douce pour moi que ne l'est la pluie de Zeus pour les moissons, quand l'épi ouvre l'enveloppe. Voici où en sont les choses, vieillards Argiens qui êtes ici. Réjouissez-vous, si cela vous plaît; moi, je m'applaudis. S'il était convenable de faire des libations sur un mort, certes, on pourrait en faire à bon droit sur celui-ci. Il avait empli le kratèr de cette maison de crimes exécrables, et lui-même y a bu à son retour.
J'admire l'insolence de ta langue. Tu te glorifies de parler ainsi de ton mari!
Tu me prends pour une femme irrésolue, et moi, je vous le dis, d'un cœur inébranlable, afin que vous le sachiez: louez ou blâmez-moi, peu importe. Celui-ci est Agamemnôn, mon mari. Il est mort, et c'est ma main qui l'a justement frappé. C'est un travail bien fait. La chose est dite.
Strophe I.
Ô femme! quel fruit maudit de la terre as-tu mangé? Quel poison sorti de la mer as-tu bu, pour amasser ainsi sur toi, avec ce crime horrible, les exécrations du peuple? Tu as renversé, tu as égorgé. En horreur aux citoyens, tu seras chassée d'ici!
Maintenant, tu veux que je sois chassée de la ville, ba
Antistrophe I.
Tu parles, pleine d'audace et d'orgueil, et ton esprit furieux est ivre du sang du meurtre! Cette tache de sang sur ta face est non vengée; et il te faut, abando
Écoute ce serment sacré: Par la juste vengeance de ma fille, par Atè, par Éri
Strophe II.
Hélas! puisse la destinée, sans de trop grandes douleurs, sans que nous languissions sur un lit, nous do
Strophe III.
Ah! insensée Héléna! Seule, que d'i
N'invoquez pas la Moire de la mort en vous lamentant sur ce que j'ai fait; ne vous irritez pas contre Héléna, parce qu'elle a détruit les guerriers. Elle n'a point perdu seule tant d'âmes Danae
Antistrophe II.
Ô daimôn qui as hanté cette demeure et les deux Tantalides, tu as doué les femmes de leur audace sauvage, et tu déchires mon cœur! Et, debout sur ce cadavre, comme un corbeau funèbre, la voilà qui chante son chant de triomphe!