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Au petit jour, le lendemain, la mère d’Espérit, les frères d’Espérit vie
Alors éclatèrent les pleurs et tous en se signant tombèrent à genoux: Espérit était un saint.
(Almanach Provençal de 1879.)
JARJAYE AU PARADIS
Jarjaye, un portefaix de Tarascon, vient à mourir et, les yeux fermés, tombe dans l’autre monde. Et de rouler et de rouler! L’éternité est vaste, noire comme la poix, démesurée, lugubre à do
Jarjaye frappe: pan! pan! à la porte.
– Qui est là? crie saint Pierre.
– C’est moi.
– Qui, toi?
– Jarjaye.
– Jarjaye de Tarascon?
– C’est ça, lui-même.
– Mais, garnement, lui fait saint Pierre, comment as-tu le front de vouloir entrer au saint paradis, toi qui jamais depuis vingt ans n’as récité tes prières; toi qui, lorsqu’on te disait: «Jarjaye, viens à la messe» répondais: «Je ne vais qu’à celle de l’après-midi»; toi qui, par moquerie, appelais le to
Le pauvre Jarjaye répliqua:
– Je ne dis pas le contraire, je suis un pécheur. Mais qui savait qu’après la mort il y eût tant de mystères! Enfin, oui, j’ai failli, et la piquette est tirée; s’il faut la boire, on la boira. Mais au moins, grand saint Pierre, laissez-moi voir un peu mon oncle, pour lui conter ce qui se passe à Tarascon.
– Quel oncle?
– Mon oncle Matéry, qui était pénitent blanc.
– Ton oncle Matéry? Il a pour cent ans de purgatoire.
– Malédiction! pour cent ans! et qu’avait-il fait?
– Tu te rappelles qu’il portait la croix aux processions. Un jour, des mauvais plaisants se do
– Alors, faites-moi voir ma tante Dorothée, qui était tant, tant dévote.
– Fi! elle doit être au diable, je ne la co
– Que celle-là soit au diable, cela ne m’éto
– Jarjaye, je n’ai pas loisir; il me faut aller ouvrir à un pauvre balayeur que son âne vient d’envoyer au paradis d’un coup de pied.
– O grand saint Pierre, puisque vous avez tant fait et que la vue ne coûte rien, laissez-moi voir un peu le paradis, qu’on dit si beau!
– Oui, parbleu! tout de suite, vilain huguenot que tu es!
– Allons, saint Pierre, souvenez-vous que par là-bas mon père, qui est pêcheur, porte votre ba
– Soit, dit le saint, pour ton père, je te l’accorde; mais vois, canaille, c’est entendu, tu n’y mettras que le bout du nez.
– Ça suffit.
Donc le céleste portier entrebâille sans bruit la porte et dit à Jarjaye: «Tiens, regarde.»
Mais celui-ci, tournant soudainement le dos, entre à reculons dans le paradis.
– Que fais-tu? lui demande saint Pierre.
– La grande clarté m’offusque, répond le Tarasco
– Oh! dit-il, comme on est bien! comme c’est beau! quelle musique.
Au bout d’un certain moment, le porte-clefs lui fait:
– Quand tu auras assez bayé, voyons, tu sortiras, parce que je n’ai pas le temps de te do
– Ne vous gênez pas, dit Jarjaye, si vous avez quelque chose à faire, allez à vos occupations… Moi je sortirai quand je sortirai… Je ne suis pas pressé du tout.
– Mais tels ne sont pas nos accords.
– Mon Dieu, saint homme, vous voilà bien ému! Ce serait différent s’il n’y avait point de large; mais, grâce à Dieu, la place ne manque pas.
– Et moi je te prie de sortir, car si le bon Dieu passait…
– Ho! puis, arrangez-vous comme vous voudrez. J’ai toujours ouï dire: qui se trouve bien, qu’il ne bouge. Je suis ici, j’y reste.
Saint Pierre hochait la tête, frappait du pied. Il va trouver Saint Yves.
– Yves, lui fait-il, toi qui es avocat, tu vas me do
– Deux, s’il t’en faut, répond saint Yves.
– Sais-tu que je suis bien campé? Je me trouve dans tel cas, comme ceci, comme cela… Maintenant que dois-je faire?
– Il te faut, lui dit saint Yves, prendre un bon avoué et citer par huissier le dit Jarjaye pardevant Dieu.
Ils cherchent un bon avoué; mais d’avoué en paradis, jamais perso
Vient à passer saint Luc:
– Pierre, tu es bien sourcilleux! Notre-Seigneur t’aurait-il fait quelque nouvelle semonce?
– Oh! mon cher, ne m’en parle pas! Il m’arrive un embarras, vois-tu, de tous les diables. Un certain nommé Jarjaye est entré par une ruse dans le paradis et je ne sais plus comment le mettre dehors.
– Et d’où est-il, ce Jarjaye?
– De Tarascon.
– Un Tarasco
A ce moment voletait par là une volée d’anges bouffis.
– Petits! leur fait saint Luc, psitt, psitt!
Les angelots descendent.
– Allez en cachette hors du paradis; et quand vous serez devant la porte, vous passerez en courant et en criant: «Les bœufs, les bœufs!»
Sitôt les angelots sortent du paradis et comme ils sont devant la porte, ils s’élancent en criant: «Les bœufs, les bœufs! Oh tiens! oh tiens! la pique!»
Jarjaye, bon Dieu de Dieu! se retourne ahuri.
– Tron de l’air! quoi! ici on fait courir les bœufs! En avant! s’écrie-t-il.
Et il s’élance vers la porte comme un tourbillon et, pauvre imbécile, sort du paradis.
Saint Pierre vivement pousse la porte et ferme à clef, puis mettant la tête au guichet: -
– Eh bien! Jarjaye, lui dit-il goguenard, comment te trouves-tu à cette heure?
– Oh! n’importe, riposte Jarjaye. Si ç’avait été les bœufs, je ne regretterais pas ma part de paradis.
Cela disant, il plonge, la tête la première, dans l’abîme.
(Almanach provençal de 1864.)
LA GRENOUILLE DE NARBONNE
I
Le camarade Pignolet compagnon menuisier, – surnommé la «Fleur de Grasse», – par une après-midi du mois de juin, revenait tout joyeux de faire son Tour de France. La chaleur était assommante et, sa ca