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Raoul sortit pour prendre l’air avec un de ses amis. Pierre l’entendit qui disait: – Regarde donc ma sœur; ne dirait-on pas un automate?
– Est-ce qu’elle ne rit jamais plus que cela? reprit son interlocuteur.
– Guère plus. C’est une fille d’esprit, mais une tête de fer.
– Sais-tu qu’elle me fait peur avec ses yeux fixes? Elle a l’air d’une figure de marbre qui se mettrait à jouer des sarabandes.
– Je trouve, moi, qu’elle à l’air de la déesse de la Raison, répondit Raoul d’un ton railleur, et qu’elle joue des contredanses sur le mouvement de la Marseillaise.
Ces jeunes gens passèrent, et presque aussitôt Pierre vit quelqu’un qui errait en silence autour du gazon, et dont la marche entrecoupée trahissait l’agitation intérieure. Lorsque cet homme se trouva près de lui, il reco
– Eh bien! dit le Corinthien, laisse-moi m’abreuver de ma souffrance. Laisse-moi me dessécher le cœur à force de colère et de mépris.
– De quel droit mépriserais-tu ce que tu as adoré? Joséphine était-elle moins coquette, moins légère, moins facile à entraîner, le jour où tu as commencé à l’aimer?
– Elle ne m’appartenait pas alors! Mais à présent qu’elle est à moi, il faut qu’elle soit à moi seul, ou qu’elle ne soit plus rien pour moi. Mon Dieu! avec quelle impatience j’attends le moment de le lui dire!… Mais ce bal ne finira pas! Elle va danser toute la nuit, et avec tous ces hommes. Quel horrible abandon de soi-même! La danse est ce que je co
Pierre vit que l’exaspération de son ami ne pouvait plus être contenue; il l’entraîna loin du château, et réussit à le ramener chez lui. Là ils trouvèrent une lettre timbrée de Blois dont la vue fit tressaillir le Corinthien. Elle était adressée à Pierre, qui lui en fit part aussitôt.
«Mon cher Pays (écrivait le Dignitaire), je vous a
Il me reste à vous embrasser.
Votre ami et pays sincère,
Romanet le Bon-Soutien D. G. T. de Blois.»
La simplicité de cette rédaction, jointe à l’idée que Pierre se faisait, avec raison, de la profonde douleur du Bon-Soutien, l’impressio
– Amaury, Amaury! s’écria-t-il, que nous sommes petits, nous autres, avec nos lectures et nos phrases, devant une telle force d’âme et une générosité si peu emphatique! Avec le temps je serai plus raiso
– Tais-toi, Pierre, je te comprends de reste, s’écria le Corinthien en relevant la tête qu’il avait tenue cachée dans ses mains pendant la lecture de la lettre. C’est pour moi que tu dis tout cela; car toi, tu es aussi vertueux que Romanet, et tu serais aussi calme que lui dans le malheur. Mais si c’est pour me rattacher à la marquise que tu vantes le pardon des injures, tu n’y réussis nullement; les nouvelles que contient cette lettre bouleversent tous mes projets et renouvellent toutes mes idées. Que s’est-il donc passé dans l’esprit de la Savinie
– Tu ne la verras pas, répondit Pierre. Non, non! l’amant de la marquise des Frenays ne lira pas les nobles plaintes de la Savinie
– Enfin quel effet a produit ton silence? Parle!
– Elle a deviné la vérité; et, se disant qu’elle n’était plus aimée, qu’elle ne l’avait peut-être jamais été, se voyant délaissée, abando
«J’ai bien souffert assez longtemps avec Savinien d’avoir un désir dans le cœur. Je ne veux pas souffrir d’un regret toute ma vie avec Romanet; ce serait tout aussi coupable. Je ne suis pas sans remords pour le passé: je n’en veux plus dans l’avenir. J’aime mieux toute autre espèce de malheur que celui-là.»
– Pauvre sainte femme! dit le Corinthien d’une voix sombre, et en se levant. Achève; que voulait-elle faire après avoir rompu avec le Bon-Soutien?
– Reprendre son ancien état de lingère, et, si tu n’étais pas ici, venir y tenter un établissement. Elle s’est imaginé, d’une part, qu’elle trouverait de l’ouvrage dans ce pays; et, de l’autre, que tu ne pouvais pas être resté près de moi, puisque tu l’oubliais sans que perso
– Son idée est bo