Страница 1 из 67
CHAPITRE PREMIER
Le village de Villepreux était, au dire de M. Lerebours, le plus bel endroit du département de Loir-et-Cher, et l’homme le plus capable du dit village était, au sentiment secret de M. Lerebours, M. Lerebours lui-même, quand la noble famille de Villepreux, dont il était le représentant, n’occupait pas son majestueux et antique manoir de Villepreux. Dans l’absence des illustres perso
Il est peu de commis-voyageurs fréquentant les routes de la Sologne pour aller offrir leur marchandise de château en château, il est peu de marchands forains promenant leur bétail et leurs denrées de foire en foire, qui n’aient, à pied, à cheval ou en patache, rencontré, ne fût-ce qu’une fois en leur vie, M. Lerebours, économe, régisseur, intendant, homme de confiance des Villepreux. J’invoque le souvenir de ceux qui ont eu le bonheur de le co
Quand il avait fait son premier effet, comme il ne demandait pas mieux que d’être modeste, et que l’aveu d’une haute position coûte toujours un peu, il hésitait quelques instants, puis il hasardait le nom de Villepreux; et si l’auditeur était pénétré d’avance de l’importance de ce nom, M. Lerebours disait en baissant les yeux: C’est moi qui fais les affaires de la famille . – Si cet auditeur était assez e
Quand M. Lerebours allait à Paris, il y passait son temps fort désagréablement; car, dans cette fourmilière d’écervelés, perso
De do
Un matin, M. Lerebours se leva encore plus tôt que de coutume, ce qui n’était guère possible, à moins de se lever, comme on dit, la veille; et descendant la rue principale et unique du village, dite rue Royale , il tourna à droite, prit une ruelle assez propre, et s’arrêta devant une maiso
Le soleil commençait à peine à dorer les toits, les coqs mal éveillés chantaient en fausset, et les enfants, en chemise sur le pas des portes, achevaient de s’habiller dans la rue. Déjà cependant le bruit plaintif du rabot et l’âpre gémissement de la scie réso
– Déjà en course, monsieur le régisseur? dit le vieux menuisier en soulevant son bo
M. Lerebours lui fit un signe mystérieux et imposant. Le menuisier s’étant approché:
– Passons dans votre jardin, lui dit l’économe, j’ai à vous parler d’affaires sérieuses. Ici, j’ai la tête brisée; vos apprentis ont l’air de le faire exprès, ils tapent comme des sourds.
Ils traversèrent l’arrière-boutique, puis une petite cour, et pénétrèrent dans un carré d’arbres à fruit dont la greffe n’avait pas corrigé la saveur, et dont le ciseau n’avait pas altéré les formes vigoureuses; le thym et la sauge, mêlés à quelques pieds d’œillet et de giroflée, parfumaient l’air matinal; une haie bien touffue mettait les promeneurs à l’abri du voisinage curieux.
C’est là que M. Lerebours, redoublant de sole
Maître Huguenin n’en parut pas aussi étourdi qu’il aurait dû l’être pour complaire à l’intendant.
– Eh bien, dit-il, c’est votre affaire à vous, monsieur Lerebours; cela ne me regarde pas, à moins qu’il n’y ait quelque parquet à relever ou quelque armoire à rafistoler.
– Il s’agit d’une chose autrement importante, mon ami, reprit l’intendant. La famille a eu l’idée (je dirais, si je l’osais, la singulière idée) de faire réparer la chapelle, et je viens voir si vous pouvez ou si vous voulez y être employé.
– La chapelle? dit le père Huguenin tout éto
– Je ne viens pas vous parler politique, répondit Lerebours en fronçant le sourcil: je viens savoir seulement si vous n’êtes pas trop jacobin pour travailler à la chapelle du château, et pour être bien récompensé par la famille.
– Oui dà, j’ai déjà travaillé pour le bon Dieu; mais expliquez-vous, dit le père Huguenin en se grattant la tête.
– Je m’expliquerai quand il sera temps, repartit l’économe; tout ce que je puis vous dire, c’est que je suis chargé d’aller chercher, soit à Tours, soit à Blois, d’habiles ouvriers. Mais si vous êtes capable de faire cette réparation, je vous do
Cette ouverture fit grand plaisir au père Huguenin; mais, en homme prudent, et sachant bien à quel économe il avait affaire, il se garda d’en laisser rien paraître.
– Je vous remercie de tout mon cœur d’avoir pensé à moi, monsieur Lerebours, répondit-il; mais j’ai bien de l’ouvrage dans ce moment-ci, voyez-vous! La besogne va bien, c’est moi qui fais tout dans le pays parce que je suis seul de ma partie. Si je m’embarquais dans l’ouvrage du château, je mécontenterais le bourg et la campagne, et on appellerait un second menuisier qui m’enlèverait toutes mes pratiques.
– Il est pourtant joli de mettre en poche en moins d’un an, en six mois peut-être, une belle somme ronde et payée comptant. Je veux bien croire que vous avez une clientèle nombreuse, maître Huguenin, mais tous vos clients ne payent pas.
– Pardon, dit le menuisier blessé dans son orgueil démocratique, ce sont tous d’ho
– Mais qui ne payent pas vite, reprit l’économe avec un sourire malicieux.
– Ceux qui tardent, répondit Huguenin, sont ceux à qui je veux bien faire crédit. On s’entend toujours avec ses pareils; et moi aussi je fais bien quelquefois attendre l’ouvrage plus que je ne voudrais.
– Je vois, dit l’économe d’un air calme, que mon offre ne vous séduit pas. Je suis fâché de vous avoir dérangé, père Huguenin; – et soulevant sa casquette, il fit mine de s’en aller, mais lentement; car il savait bien que l’artisan ne le laisserait pas partir ainsi.
En effet, l’entretien fut renoué au bout de l’allée.
– Si je savais de quoi il s’agit, dit Huguenin, affectant une incertitude qu’il n’éprouvait pas: mais peut-être que cela est au-dessus de mes forces… c’est de la vieille boiserie; dans l’ancien temps on travaillait plus finement qu’aujourd’hui… et les salaires étaient sans doute en proportion de la peine. À présent il nous faut plus de temps et on nous récompense moins. Nous n’avons pas toujours les outils nécessaires… et puis les seigneurs sont moins riches et partant moins magnifiques…
– Ce n’est toujours pas le cas de la famille de Villepreux, dit Lerebours en se redressant; l’ouvrage sera payé selon son mérite. Je me fais fort de cela, et il me semble que je n’ai jamais manqué d’ouvriers quand j’ai voulu faire faire des travaux. Allons! il faudra que j’aille à Valençay. Il y a là de bons menuisiers, à ce que j’ai ouï dire.