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CHAPITRE IX

Quand la nuit fut tout à fait tombée, Pierre se disposa à partir pour Blois avec Amaury, qui s’y rendait aussi. Il lui tardait de se trouver seul avec son ami. Le Vaudois les supplia tout deux de passer la nuit sous son toit; mais ils alléguèrent que tous leurs moments étaient comptés. Le Corinthien promit que, s’il s’arrêtait à Blois, comme il en avait le dessein, il reviendrait souvent vider une bouteille de bière sous le Berceau de la sagesse; et Pierre, qui songeait à reprendre le plus tôt possible le chemin de son village, s’engagea à s’arrêter quelques instants au retour pour serrer, au passage, la main du vieux charpentier. L’orage avait inondé, en plusieurs endroits, l’oseraie où serpente le chemin. L’invalide leur en enseigna un plus sûr, et les guida lui-même pendant un quart de lieue, marchant devant eux avec une agilité et une adresse remarquables. Quand il les eut mis sur la route, il leur souhaita le bonsoir et la bo

– Allons, leur dit-il, je vous reverrai bientôt; car, certes, vous allez tous deux rester à Blois. J’irai vous y voir, si vous ne venez pas chez moi. Je ne vais pas souvent à la ville, mais il y a des occasions… et celle qui se prépare…

– Quelle occasion? demanda l’Ami-du-trait.

– C’est bon, c’est bon, repartit Vaudois. Vous avez raison de ne pas parler de cela. Je ne suis pas de votre métier. Je suis censé ne rien savoir. J’estime la discrétion, et ne veux point la confondre avec la méfiance en ce qui me concerne; quoique, après tout, quand on est du même Devoir, on pourrait bien se confier certaines choses… N’importe! l’affaire est encore secrète, et vous ferez bien de n’en pas causer avant qu’elle éclate. Au revoir donc, et le grand Salomon soit avec vous! La lune est levée; prenez à droite, et puis à gauche, et puis tout droit jusqu’à la chaussée.

Il leur serra la main, et reprit le chemin de sa baraque.

– J’ignore de quelle grande affaire et de quel grand secret il voulait parler, dit Pierre en s’arrêtant.

– Comment! s’écria Amaury, ignores-tu ce qui se passe à Blois entre les Dévorants et nous? Je pensais que tu avais reçu une lettre de convocation et que tu te rendais à l’appel de nos frères.

– Je vais à Blois pour une affaire toute perso

Ici Pierre expliqua au Corinthien le besoin qu’il avait de deux bons ouvriers pour l’aider dans son travail, et lui fit part du désir qu’il avait de commencer par lui son embauchage. Il lui vanta la beauté du travail auquel il désirait l’associer, lui fit des offres avantageuses, et le pria ardemment de ne pas le rejeter.

– Sans doute, ce serait un grand contentement pour mon cœur de travailler avec toi, lui répondit Amaury, et tes offres sont au-dessus de mes prétentions; mais tu vas juger toi-même si je puis user de ma liberté dans ce moment. Apprends donc que notre Devoir de liberté va jouer la ville de Blois contre le Devoir dévorant .

Comme tous nos lecteurs ne comprendront peut-être pas, aussi bien que Pierre Huguenin fut à portée de la faire, cette étrange révélation, nous leur expliquerons en peu de mots de quoi il s’agissait. Quand deux sociétés rivales ont établi leur Devoir dans une ville, il est rare qu’elles y puissent rester en paix. La moindre infraction à la trêve tacitement consentie amène d’éclatantes ruptures. Au moindre sujet, et parfois sans sujet, on se dispute l’occupation exclusive de la ville, et la discussion se poursuit souvent des a

On ne s’en remet pas au sort, mais au concours. De part et d’autre on exécute une pièce d’ouvrage équivalent à ce que, dans les antiques jurandes, on appelait le chef-d’œuvre . Tout le monde sait que, dans l’ancie

Telle était la crise décisive où se trouvaient les Devoirs de Blois à l’approche de Pierre et d’Amaury. Les Gavots n’occupant Blois que depuis quelques a

Ce ne fut pas sans un peu d’orgueil qu’il en fit la confidence à son ami; mais il ajouta aussitôt avec une modestie affectueuse et sincère:

– Je m’éto

– Je n’accepte cet éloge que comme une douce et généreuse illusion de ton amitié pour moi, répondit Pierre. Mais quand même je serais assez fou pour croire au mérite que tu m’attribues, je serais mal fondé à me plaindre de l’oubli où on me laisse. Cet oubli, je l’ai cherché, je te l’avoue, et j’en sortirais à mon corps défendant. Lorsque, après quatre ans de pèlerinage, j’ai repris le chemin du pays, j’ai agi de manière à ce que ma retraite ne fût point remarquée sur le tour de France. Je n’ai point fait d’adieux sole

– Pas même avec moi? dit Amaury d’un ton de reproche.

– Je comptais sur la Providence qui nous rassemble aujourd’hui, et j’éprouve un si grand besoin de vivre près de toi que je ne comprends pas de plus douce joie que celle de t’emmener, si je puis. Mais écrire à ceux qu’on aime quand on souffre n’est pas toujours un soulagement.

– Cela est vrai, dit Amaury; mais si ta conduite est naturelle en ceci, la tristesse qui l’a dictée et de plus en plus étrange à mes yeux. Je t’ai toujours co

– Je n’ai eu, au contraire, qu’à me louer de mes compagnons, répondit Pierre. J’estime presque tous ceux que j’ai co