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CHAPITRE VIII

Vers le soir, Pierre Huguenin arriva sur les bords de la Loire. À la vue de ce beau fleuve qui promenait mollement son cours paisible au milieu des prairies, il se sentit tout à coup comme soulagé de la pesante chaleur du jour, et il marcha quelque temps sur le sable fin, par un sentier tracé dans les oseraies de la rive. Il apercevait déjà, dans le lointain, les noirs clochers de Blois. Mais en vain il doubla le pas; il vit bientôt qu’il lui serait impossible d’arriver avant l’orage. Le ciel était chargé de lourdes nuées, dont les eaux reflétaient la teinte plombée. Les osiers et les saules du rivage blanchissaient sous le vent, et de larges gouttes de pluie commençaient à tomber, il se dirigea vers un massif d’arbres, afin d’y chercher un abri; et bientôt, à travers les buissons, il distingua une maiso

Il y entra, et à peine eut-il passé le seuil, qu’il fut accueilli par une exclamation de joie. – Villepreux [2] , l’Ami-du-trait! s’écria l’hôte de cette demeure isolée: sois le bienvenu, mon enfant! – Surpris de s’entendre appeler par son nom de gavot, Pierre, dont les yeux n’étaient pas encore habitués à l’obscurité qui régnait dans la cabane, répondit: – J’entends une voix amie, et pourtant je ne sais où je suis. – Chez ton compagnon fidèle, chez ton frère de liberté , répondit l’hôte en s’approchant de lui les bras ouverts: chez Vaudois-la-Sagesse!

– Chez mon ancien, chez mon vénérable! s’écria Pierre en s’avançant vers le vieux compagnon, et ils s’embrassèrent étroitement; mais aussitôt Pierre recula d’un pas en laissant échapper une exclamation douloureuse: Vaudois-la-Sagesse avait une jambe de bois.

– Eh mon Dieu oui! reprit le brave homme, voilà ce qui m’est arrivé en tombant d’un toit sur le pavé. Il a fallu laisser là l’état de charpentier, et ma jambe à l’hôpital. Mais je n’ai pas été abando

– Mon pauvre Vaudois! répondit Pierre, je vois avec plaisir que vous avez conservé votre courage et votre bonté. Mais je ne puis me faire à l’idée de cette jambe qui ne vous portera plus sur les échelles et sur les poutres de charpente. Vous, si bon ouvrier, si habile dans votre art, si utile aux jeunes gens de la profession!

– Je leur suis encore utile, répondit Vaudois-la-Sagesse; je leur do

– Un avenir de courage, de persévérance, de talent, de travail, de misère et de douleur! dit Pierre en s’asseyant sur un banc et en jetant son paquet sur la table avec un profond soupir.

– Qu’est-ce que j’entends là? s’écria la Jambe-de -bois; oh! oh! je vois que mon fils, l’Ami-du-trait manque à la sagesse! Je n’aime pas à voir les jeunes gens mélancoliques. Vous avez besoin de passer une heure ou deux avec moi, pays Villepreux; et, pour commencer, nous allons goûter ensemble.

– Je le veux bien; la moindre chose me suffira, répondit Pierre en le voyant s’empresser de courir à son buffet.

– Vous ne commandez pas ici, mon jeune maître, reprit avec enjouement le charpentier. Vous ne ferez pas la carte de votre repas; car vous n’êtes pas à l’auberge, mais bien chez votre ancien, qui vous invite et vous traite.

Alors la Jambe-de -bois, avec une merveilleuse agilité, se mit à courir dans tous les coins de sa maison et de son jardin. Il tira de sa poisso

Ils allaient se mettre à table, lorsqu’on frappa à la porte.

– Allez ouvrir, s’il vous plaît, dit Vaudois à son hôte, et faites les ho

Mais il faillit laisser tomber le plat fumant qu’il tenait dans ses mains, lorsqu’il vit l’Ami-du-trait et le nouvel arrivant sauter au cou l’un de l’autre avec transport. Ce voyageur, couvert de boue et trempé jusqu’aux os, n’était rien moins que l’excellent compagnon menuisier Amaury, dit Nantais-le-Corinthien , un des plus fermes soutiens du Devoir de liberté, l’ami le plus cher de Pierre Huguenin, en outre un des plus jolis garçons qu’il y eût sur le tour de France .

– C’est donc le jour des rencontres! s’écria Vaudois, à qui Pierre avait conté son aventure avec la Terreur des gavots de Carcasso

Aussitôt que le bon Vaudois sut que son hôte était l’ami de Pierre et l’enfant de son Devoir , il fit flamber son feu, invita le Corinthien à s’approcher, et lui prêta même une veste, de peur qu’il ne s’enrhumât, pendant qu’il faisait sécher la sie

[2] Les compagnons gavots ajoutent à un surnom significatif celui qu’ils tirent de leur pays, ou simplement le nom de leur village.