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– Un brigand central, murmura Danton.

– C’est, poursuivit Robespierre, l’homme débarqué près de Pontorson le 2 juin. Vous avez vu ce qu’il est. Remarquez que ce débarquement coïncide avec l’arrestation des représentants en mission, Prieur de la Côte-d ’Or et Romme, à Bayeux, par ce district traître du Calvados, le 2 juin, le même jour.

– Et leur translation au château de Caen, dit Danton.

Robespierre reprit:

– Je continue de résumer les dépêches. La guerre de forêt s’organise sur une vaste échelle. En même temps une descente anglaise se prépare; Vendéens et Anglais, c’est Bretagne avec Bretagne. Les hurons du Finistère parlent la même langue que les topinamboux du Cornouailles. J’ai mis sous vos yeux une lettre interceptée de Puisaye où il est dit que «vingt mille habits rouges distribués aux insurgés en feront lever cent mille». Quand l’insurrection paysa

Robespierre posa le doigt sur la carte, et poursuivit:

– Les Anglais ont le choix du point de descente, de Cancale à Paimpol. Craig préférerait la baie de Saint-Brieuc, Cornwallis la baie de Saint-Cast. C’est un détail. La rive gauche de la Loire est gardée par l’armée vendée

– Qu’ils rafleraient, murmura Danton.

Robespierre continua:

– Je termine. De Re

– C’est-à-dire au roi d’Angleterre, dit Danton.

– Non, au roi de France.

Et Robespierre ajouta:

– Le roi de France est pire. Il faut quinze jours pour chasser l’étranger, et dix-huit cents ans pour éliminer la monarchie.

Danton, qui s’était rassis, mit ses coudes sur la table et la tête dans ses mains, rêveur.

– Vous voyez le péril, dit Robespierre. Vitré do

Danton redressa le front et rabattit ses deux grosses mains crispées sur la carte, comme sur une enclume.

– Robespierre, est-ce que Verdun ne do

– Eh bien?

– Eh bien, on chassera les Anglais comme on a chassé les Prussiens.

Et Danton se leva de nouveau.

Robespierre posa sa main froide sur le poing fiévreux de Danton.

– Danton, la Champagne n’était pas pour les Prussiens et la Bretagne est pour les Anglais. Reprendre Verdun, c’est de la guerre étrangère; reprendre Vitré, c’est de la guerre civile.

Et Robespierre murmura avec un accent froid et profond:

– Sérieuse différence.

Il reprit:

– Rasseyez-vous, Danton, et regardez la carte au lieu de lui do

Mais Danton était tout à sa pensée.

– Voilà qui est fort! s’écria-t-il, voir la catastrophe à l’ouest quand elle est à l’est. Robespierre, je vous accorde que l’Angleterre se dresse sur l’Océan; mais l’Espagne se dresse aux Pyrénées, mais l’Italie se dresse aux Alpes, mais l’Allemagne se dresse sur le Rhin. Et le grand ours russe est au fond. Robespierre, le danger est un cercle et nous sommes dedans. À l’extérieur la coalition, à l’intérieur la trahison. Au midi Servant entre-bâille la porte de la France au roi d’Espagne. Au nord Dumouriez passe à l’e

Et Danton, terrible, éclata de rire.

Le rire de Danton fit sourire Marat.

– Vous avez chacun votre dada; vous, Danton, la Prusse; vous, Robespierre, la Vendée. Je vais préciser, moi aussi. Vous ne voyez pas le vrai péril; le voici: les cafés et les tripots. Le café de Choiseul est jacobin, le café Patin est royaliste, le café du Rendez-Vous attaque la garde nationale, le café de la Porte-Saint -Martin la défend, le café de la Régence est contre Brissot, le café Corazza est pour, le café Procope jure par Diderot, le café du Théâtre-Français jure par Voltaire, à la Rotonde on déchire les assignats, les cafés Saint-Marceau sont en fureur, le café Manouri agite la question des farines, au café de Foy tapages et gourmades, au Perron bourdo

Danton ne riait plus. Marat souriait toujours. Sourire de nain, pire qu’un rire de colosse.

– Vous moquez-vous, Marat? gronda Danton.

Marat eut ce mouvement de hanche convulsif, qui était célèbre. Son sourire s’était effacé.

– Ah! je vous retrouve, citoyen Danton. C’est bien vous qui en pleine Convention m’avez appelé «l’individu Marat». Écoutez. Je vous pardo