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– L’anarchie! interrompit Danton, qui la fait, si ce n’est vous?
Marat ne s’arrêta pas.
– Robespierre, Danton, le danger est dans ce tas de cafés, dans ce tas de brelans, dans ce tas de clubs, club des Noirs, club des Fédérés, club des Dames, club des Impartiaux, qui date de Clermont-To
– Ouiche! dit Danton.
Robespierre regardait attentivement la carte.
– Ce qu’il faut, cria brusquement Marat, c’est un dictateur. Robespierre, vous savez que je veux un dictateur.
Robespierre releva la tête.
– Je sais, Marat, vous ou moi.
– Moi ou vous, dit Marat.
Danton grommela entre ses dents:
– La dictature, touchez-y!
Marat vit le froncement de sourcil de Danton.
– Tenez, reprit-il. Un dernier effort. Mettons-nous d’accord. La situation en vaut la peine. Ne nous sommes-nous déjà pas mis d’accord pour la journée du 31 mai? La question d’ensemble est plus grave encore que le girondinisme qui est une question de détail. Il y a du vrai dans ce que vous dites; mais le vrai, tout le vrai, le vrai vrai, c’est ce que je dis. Au midi, le fédéralisme; à l’ouest, le royalisme; à Paris, le duel de la Convention et de la Commune; aux frontières, la reculade de Custine et la trahison de Dumouriez. Qu’est-ce que tout cela? Le démembrement. Que nous faut-il? L’unité. Là est le salut; mais hâtons-nous. Il faut que Paris pre
– L’autre mord, dit Danton, c’est vous, Marat.
– Toutes trois mordent, dit Robespierre.
Il y eut un silence. Puis le dialogue, plein de secousses sombres, recommença.
– Écoutez, Marat, avant de s’épouser, il faut se co
– Ceci me regarde, Robespierre.
– Marat!
– C’est mon devoir de m’éclairer, et c’est mon affaire de me renseigner.
– Marat!
– J’aime à savoir.
– Marat!
– Robespierre, je sais ce que vous dites à Saint-Just, comme je sais ce que Danton dit à Lacroix; comme je sais ce qui se passe quai des Théatins, à l’hôtel de Labriffe, repaire où se rendent les nymphes de l’émigration; comme je sais ce qui se passe dans la maison des Thilles, près Gonesse, qui est à Valmerange, l’ancien administrateur des postes, où allaient jadis Maury et Cazalès, où sont allés depuis Sieyès et Vergniaud, et où, maintenant, on va une fois par semaine.
En prononçant cet on , Marat regarda Danton.
Danton s’écria:
– Si j’avais deux liards de pouvoir, ce serait terrible.
Marat poursuivit:
– Je sais ce que vous dites, Robespierre, comme je sais ce qui se passait à la tour du Temple quand on y engraissait Louis XVI, si bien que, seulement dans le mois de septembre, le loup, la louve et les louveteaux ont mangé quatre-vingt-six paniers de pêches. Pendant ce temps-là le peuple est affamé. Je sais cela, comme je sais que Roland a été caché dans un logis do
– Verbiage, murmura Robespierre. Lasource n’est pas mon ami.
Et il ajouta, pensif:
– En attendant il y a à Londres dix-huit fabriques de faux assignats.
Marat continua d’une voix tranquille, mais avec un léger tremblement, qui était effrayant:
– Vous êtes la faction des importants. Oui, je sais tout, malgré ce que Saint-Just appelle le silence d’État …
Marat souligna ce mot par l’accent, regarda Robespierre, et poursuivit:
– Je sais ce qu’on dit à votre table les jours où Lebas invite David à venir manger la cuisine faite par sa promise, Elisabeth Duplay, votre future belle-sœur, Robespierre. Je suis l’œil énorme du peuple, et du fond de ma cave, je regarde. Oui, je vois, oui, j’entends, oui, je sais. Les petites choses vous suffisent. Vous vous admirez. Robespierre se fait contempler par sa madame de Chalabre, la fille de ce marquis de Chalabre qui fit le whist avec Louis XV le soir de l’exécution de Damiens. Oui, on porte haut la tête. Saint-Just habite une cravate. Legendre est correct; lévite neuve et gilet blanc, et un jabot pour faire oublier son tablier. Robespierre s’imagine que l’histoire voudra savoir qu’il avait une redingote olive à la Constituante et un habit bleu-ciel à la Convention. Il a son portrait sur tous les murs de sa chambre…
Robespierre interrompit d’une voix plus calme encore que celle de Marat.
– Et vous, Marat, vous avez le vôtre dans tous les égouts.
Ils continuèrent sur un ton de causerie dont la lenteur accentuait la violence des répliques et des ripostes, et ajoutait on ne sait quelle ironie à la menace.
– Robespierre, vous avez qualifié ceux qui veulent le renversement des trônes, les Don Quichottes du genre humain .
– Et vous, Marat, après le 4 août, dans votre numéro 559 de l’Ami du Peuple , ah! j’ai retenu le chiffre, c’est utile, vous avez demandé qu’on rendît aux nobles leurs titres. Vous avez dit: Un duc est toujours un duc .
– Robespierre, dans la séance du 7 décembre, vous avez défendu la femme Roland contre Viard.
– De même que mon frère vous a défendu, Marat, quand on vous a attaqué aux Jacobins. Qu’est-ce que cela prouve? rien.
– Robespierre, on co
– Marat, c’est ici, dans ce cabaret, que, le 29 octobre, vous avez embrassé Barbaroux.
– Robespierre, vous avez dit à Buzot: La République , qu’est-ce que cela?
– Marat, c’est dans ce cabaret que vous avez invité à déjeuner trois Marseillais par compagnie.