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– Vous avez raison, mon oncle, dit Théodule.
M. Gillenormand reprit:
– Des canons dans la cour du Muséum! pourquoi faire? Canon, que me veux-tu [99] ? Vous voulez donc mitrailler l’Apollon du Belvédère? Qu’est-ce que les gargousses ont à faire avec la Vénus de Médicis? Oh! ces jeunes gens d’à présent, tous des chenapans! Quel pas grand’chose que leur Benjamin Constant! Et ceux qui ne sont pas des scélérats sont des dadais! Ils font tout ce qu’ils peuvent pour être laids, ils sont mal habillés, ils ont peur des femmes, ils ont autour des cotillons un air de mendier qui fait éclater de rire les jea
– C’est évident, dit Théodule.
Et, profitant de ce que M. Gillenormand reprenait haleine, le lancier ajouta magistralement:
– Il ne devrait pas y avoir d’autre journal que le Moniteur et d’autre livre que l’A
M. Gillenormand poursuivit:
– C’est comme leur Sieyès! un régicide aboutissant à un sénateur! car c’est toujours par là qu’ils finissent. On se balafre avec le tutoiement citoyen pour arriver à se faire dire monsieur le comte. Monsieur le comte gros comme le bras, des assommeurs de septembre! Le philosophe Sieyès! Je me rends cette justice que je n’ai jamais fait plus de cas des philosophies de tous ces philosophes-là que des lunettes du grimacier de Tivoli! J’ai vu un jour les sénateurs passer sur le quai Malaquais en manteaux de velours violet semés d’abeilles avec des chapeaux à la Henri IV. Ils étaient hideux. On eût dit les singes de la cour du tigre. Citoyens, je vous déclare que votre progrès est une folie, que votre humanité est un rêve, que votre révolution est un crime, que votre République est un monstre, que votre jeune France pucelle sort du lupanar, et je vous le soutiens à tous, qui que vous soyez, fussiez-vous publicistes, fussiez-vous économistes, fussiez-vous légistes, fussiez-vous plus co
– Parbleu, cria le lieutenant, voilà qui est admirablement vrai.
M. Gillenormand interrompit un geste qu’il avait commencé, se retourna, regarda fixement le lancier Théodule entre les deux yeux, et lui dit:
– Vous êtes un imbécile.
[99] Parodie de Fontenelle: «Sonate, que me veux-tu?»
[100] Hugo adapte ici un souvenir de l'Assemblée législative de 1849-1851 qui sera raconté dans Le Droit et la Loi (éd. J. Massin, t. XV, p. 593): «Un député, ancien libéral rallié aux servitudes, demandait qu'il n'y eût plus qu'un seul journal, Le Moniteur , ce qui faisait dire à son voisin, l'évêque Parisis: Et encore! »